Éditos

Zones d’ombre sur l’éducation musicale

L’Esprit critique

La loi Fillon du 23 avril 2005 dite du « socle commun de connaissances et compétences » écarte soigneusement toute référence à l’enseignement artistique. Le texte prévoit que « la scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences » (article 9) parmi lesquels :

  • La maîtrise de la langue française

  • La maîtrise des principaux éléments de mathématiques

  • Une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté

  • La pratique d’au moins une langue vivante étrangère

  • La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication

    Evidemment si la musique (entre autres) n’est pas directement citée, elle peut être appliquée très facilement dans cet ensemble de connaissances. Il est évidemment regrettable qu’une culture artistique et le développement de l’esprit critique ne soient pas plus mis en avant. Là où le bât blesse, c’est que cette loi s’accompagnait d’une réforme du cycle d’orientation du collège (la classe de 3ème), qui prévoit… la mise en option de l’Education Physique et Sportive (EPS), la technologie, les arts plastiques et l’éducation musicale ! Une mobilisation des professeurs d’EPS a permis de rétablir cette matière dans le « socle », ce qui ne fut pas le cas pour les autres… Suspendue depuis l’arrivée de Gilles de Robien à l’Education Nationale, cette loi n’est pas pour autant abrogée. Un projet de décret prévoit bien de valoriser les matières artistiques, il ne les place pas pour autant dans le « socle » …

    L’éducation musicale en France n’a vraiment pas de beaux jours devant elle. Forte de 8000 enseignants, c’est à l’heure actuelle le corps professoral d’Etat le plus jeune en raison d’un vaste recrutement dans les années 90, suivi d’une vague de titularisation des maîtres-auxiliaires et contractuels. Mais ce métier n’attire pas : 4% des postes ne sont toujours pas pourvus, faute de candidats. Les postes offerts au concours baissent dangereusement, malgré la pénurie : en moins de 4 ans nous sommes passés de 300 places à 90 au CAPES externe, et de 55 à 17 à l’agrégation externe. Pire : le CAPES interne est suspendu pour 2006 et 2007, et l’agrégation interne a bien failli connaître le même sort l’an prochain. Au concours de professeur des écoles, la musique a manqué de peu d’être associée à la littérature jeunesse, qui n’est pas une matière mais un complément de formation des Lettres. D’enseignement, elle passe peu à peu au statut d’animation, de « supplément d’âme », sans la notion d’acquis, de progrès, de savoir. L’éducation musicale se bornerait-elle à ne devenir que des productions de spectacles scolaires, qui sont à considérer en réalité comme des prolongements d’un enseignement jusqu’alors obligatoire et transversal ? Ou bien le Ministère considère-t-il qu’il a 8000 Benjamin Castaldi potentiels pour de futures Stars Academy destinées à divertir plus que cultiver les collégiens ? La suppression massive d’options en lycée tendrait à le confirmer : les bacs L-Musique ferment les uns après les autres. Quant à l’option facultative, elle n’a jamais bénéficié du volume horaire équivalent à celui du latin, du grec ou des langues vivantes III, qui sont pourtant des matières elles aussi optionnelles, hors bac littéraire spécialisé. Enfin tous les lycées ne proposent pas l’option musique, il suffit de voir le nombre ridiculement petit d’établissement sur l’Académie de Paris l’ayant inscrit dans leur offre de formation. Les effectifs de candidats libres sont en progression constante, surtout dans les lycées techniques. Résultat, ces futurs bachelier au lieu d’engranger quelques points perdent du temps à passer une option dont ils n’ont pas la moindre idée, faute de préparation et surtout de renseignements…

    La situation chez nos voisins européens est dramatique. En Belgique francophone l’éducation musicale se borne à 45 minutes hebdomadaires de cours les deux premières années du secondaire (contre 55 minutes pendant 4 ans en France), et va bientôt être supprimée. Le cri d’alarme – via entre autre ResMusica – a été lancé. En espérant qu’il ne soit pas trop tard.

    Est-ce utile de préciser que seuls 5% des élèves scolarisés dans le premier cycle du secondaire en France (collège) sont aussi dans un conservatoire ? Les 95 % restants n’ont donc pas besoin de musique…

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