Festivités du neuvième centenaire de l’Abbaye de Fécamp

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Fécamp, Abbatiale de la Sainte-Trinité, le 20-V-2006, André Gouze (né en 1959) : Cantate de l’Apocalypse, sur une adaptation du texte biblique de Pierre Prigent. Béatrice Gaussorgues, Marie Ghohen, sopranos ; Tim Watson, Alexandre Précastin, ténors ; Guy Lathuraz, basse  ; Samuel Regimbaud, baryton ; Gilles Frenée, Bertrand d’Asain, altos ; Jacques Risacher, récitant. Les Chantres d’Ile-de-France, direction Jean-François Capony.

Ouverture en demi-teinte

Dans le cadre des festivités du neuvième centenaire de l’abbaye de Fécamp, l’abbatiale de la Sainte-Trinité recevait samedi 20 mai 2006, Les chantres d’Ile-de-France, sous la direction de Jean-François Capony, pour un concert qui leur est cher, la Cantate de l’Apocalypse d’André Gouze. Composée en 1995 par le Père dominicain de Sylvanès, cette cantate suit le texte biblique attribué à l’apôtre saint Jean, dans une relecture de Pierre Prigent. L’essai n’est, honnêtement, pas très concluant. Même s’il s’est effectivement perfectionné en écriture musicale, André Gouze se reconnaît encore à ses multiples erreurs d’écriture, ses mélanges de style byzantin que les dominicains aiment à appeler le « gouzantin ». La partition ne vient pas réellement souligner le texte, ni le mettre en valeur. Musique atonale, dissonante, certes, et les défenseurs de Gouze en feront le fer de lance d’un nouveau style, mais l’amateurisme demeure malgré tout trop présent. Amateurisme certain aussi du chœur d’Ile-de-France.

Cheveux de tous âges se côtoient dans un ensemble trop nombreux pour la partition, où les voix, poussées à l’extrême, respirent de façon sonore, rajoutant à la confusion de l’exécution des vides incongrus. La partition, comme toute écriture de Gouze, est pourtant relativement simple, des accords de tierce pour la plupart, viennent apaiser la dissonance de certaines secondes. Bien sûr, on ne peut demander à des amateurs d’avoir le niveau d’excellence que certains professionnels n’ont pas. Mais dans ce cas, il faut adapter le répertoire à ses capacités. Si quelques belles voix se discernent au milieu d’une psalmodie qui n’est pas en place, on peut regretter que les sopranos forcent leur voix, que le récitant, dont le timbre et l’âge de la voix restituent agréablement le vieillard de l’Apocalypse, ne prononce pas les géminées. La langue française possède un rythme et une mélodie propres que les tentatives d’intonation de Jacques Risacher malmenaient d’autant plus désagréablement que son texte trop long coupait un rythme que ne parvenait pas à insuffler le chœur.

Jean-François Capony, visiblement passionné et animé par sa foi, trahissait par des gestes vagues et parfois risibles, qu’il ne maîtrisait pas son ensemble. Les soli d’octuor, de trio, ou de quatuor, dénaturés par la sonorisation, n’étaient pas davantage imprégnés du style byzantin qu’ils chantaient à l’occidentale. André Gouze ne s’est pas non plus tellement embêté dans sa composition reprenant pour les chœurs, la liturgie vespérale des frères dominicains qu’il composa pour la liturgie de l’Ordre. Il faut reconnaître que les frères dominicains du couvent de Toulouse ou de Marseille chantent admirablement mieux ces parties que le chœur de ce soir. Il est probable qu’avec plus de travail ou de technique le résultat eu put être meilleur, malgré une partition sans intérêt. Reprenant le principe des passions de Bach (entre autre) cette cantate avait le mérite de vouloir faire participer dans des chants simples, l’auditoire. Un peu surpris au départ, celui-ci se laissa faire peu à peu.

Un autre chœur eut-il pu de toute façon rendre agréable cette composition ? Reconnaissons à Gouze le mérite de mettre en musique la liturgie, à ce chœur d’être animé de foi et de joie, à ce chef de croire à ce qu’il fait, mais ne cherchons pas davantage ce soir. En revanche, les festivités à venir du neuvième centenaire de l’abbaye de Fécamp sont plus prometteuses, avec notamment les concerts du brillant organiste titulaire, Régis Feuilloley, de l’organiste titulaire de la cathédrale de Rouen, Lionel Coulon, de Marie Andrée Morisset, éternelle amoureuse de son orgue de l’abbatial Saint Ouen de Rouen, accompagnée à la trompette par son époux, ou encore de l’orchestre de chambre du New Philarmonic Orchestra de Cologne, mais surtout vendredi 26 mai 2006, le duo orgue et trombone avec Jacques Mauger de renommée internationale.

 

Crédit photographique : © DR

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.