Václav Talich, ou l’Assurance et l’Humilité

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Antonín Dvořák (1841-1904) : Danses slaves, séries I & II, op. 46 & 72. Václav Talich (1883-1961) : L’Assurance et l’Humilité, documentaire sur la vie du chef d’orchestre tchèque. Orchestre Philharmonique Tchèque, direction : Václav Talich. Réalisation : Télévision tchèque (Danses slaves, 1955) ; Martin Suchánek (L’Assurance et l’Humilité, 2004). Sous-titrage en français, anglais, allemand. 1 DVD Supraphon. Réf. : SU 7010-9. Zone 0. Durée : 36’21’’- 34’19’’- 45’36’’

 

Si l’enregistrement Supraphon en juillet 1950 des deux cycles de Danses slaves d’ par est le plus connu et célèbre à juste titre, il convient de ne pas oublier qu’il est le témoignage médian de l’évolution de l’illustre chef d’orchestre tchèque dans ce répertoire : déjà auparavant en novembre 1935, il léguait à la firme « His Master’s Voice – Electrola » sa toute première vision, fulgurante et vitale, de cette musique tantôt fougueuse, tantôt poétique ou nostalgique, version heureusement transférée en CD sous le label américain Music & Arts (CD-4658).

Mais voici de Supraphon, par la magie du DVD, une offre bien plus précieuse encore : car c’est bien par magie que se déroule, sous nos yeux émerveillés autant que nos oreilles, le film de l’intégralité de ces seize Danses slaves sous la direction du vieux maître, captées en 1955 pour une télévision tchèque encore bien rudimentaire, mais qui nous donne la curieuse sensation d’être à la fois en face d’un rêve d’une époque hélas révolue, mais aussi témoin d’un moment privilégié, primordial et incontournable, de l’histoire de notre civilisation musicale au 20e siècle. Bien sûr, le son manque cruellement de basses, et conséquemment à ce déséquilibre, donne souvent une impression de stridence qu’il est toutefois relativement aisé de contrebalancer par des réglages adéquats de tonalité ; bien sûr, on peut être agacé par ces craquements intempestifs de début de certaines Danses, tels des « claps » de début de scènes de film, mais fort heureusement la musique n’en est en aucun cas affectée ! Par contre, l’image en noir et blanc est impeccable, remarquablement préservée, et nous offre le privilège d’observer le vénérable chef vraiment attendrissant devant sa partition de poche, perdu dans son monde intérieur, donner les impulsions strictement nécessaires à son orchestre d’élite – la philharmonie Tchèque – rompu à cette musique qui chante leur patrie avec amour, et de se demander ce qu’il pouvait bien se passer dans l’esprit du vieux maître : peut-être en dirigeant ces Danses se remémorait-il sa prime jeunesse où Dvořák l’avait aidé dans ses moments de difficultés matérielles… Et sans doute est-ce pour cela que cette interprétation nous touche et, plus encore que les deux précédentes, se révèle irremplaçable, vision d’un sage, à la fois plus terrestre – il s’agit après tout de danses ! – et décantée, sublimée, fruit de toute une existence consacrée avec ferveur, conviction et honnêteté à l’art musical.

Le DVD est complété non seulement par une série de photos représentant le chef à diverses époques de sa vie, mais surtout par l’excellent documentaire écrit et réalisé en 2004 par Martin Suchánek sous forme de biographie de Václav Talich intitulé à juste titre L’Assurance et l’Humilité, et diffusé en 16/9 selon la mode actuelle, ce qui donne parfois une grotesque allure de bibendum ventru aux personnages, car on a souvent omis la correction verticale d’» aplatissement », témoin cette scène « écrasée » où l’on voit, à Londres, Talich véritablement assailli par des « fans » exclusivement féminines ! Le titre L’Assurance et l’Humilité fait allusion au fait que dans une lettre, Talich écrivit ces mots plein de sagesse : « Nous autres chefs d’orchestre sommes des hommes à double face : devant l’orchestre, il faut se montrer sûrs, voire vaniteux, pour montrer qu’on est le chef et qu’on sait ce qu’on fait. Mais dans l’intimité de notre bureau, il faut être très humbles devant le compositeur qui est un maître infiniment plus grand. » Cette biographie visuelle très émouvante du chef tchèque est souvent ponctuée de témoignages, notamment ceux de Charles Mackerras qui fut, au lendemain de la guerre 40-45, l’élève de Talich exilé à Beroun, près de Prague ; ceux d’Antonín Kohout – violoncelle de la Philharmonie Tchèque et du Quatuor Smetana – qui fait montre d’une véritable vénération pour le vieux maître en racontant avec frémissement les circonstances de l’enregistrement de Maturation (Zrání), poème symphonique pour chœur de femmes et orchestre de Josef Suk, associé à l’indépendance de la Tchécoslovaquie en octobre 1918 ; ceux de Jan Talich senior – neveu de Václav – qui fonda en 1964 le célèbre Quatuor Talich en hommage à son oncle ; et enfin ceux de Víta Dejmalová-Talichová, la fille du chef d’orchestre, née en 1920, vieille dame toute fripée qui nous accompagne tout au long des dernières années de son père.

Ce DVD Supraphon nous apporte donc indubitablement un témoignage émouvant et sensible de la plus haute importance sur l’art de la direction d’orchestre dans la première moitié du 20e siècle, maîtrisé par l’un de ses plus illustres représentants, , chef souvent qualifié, avec raison, de Furtwängler tchèque.

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