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Réhabilitation éclatante du Breton Joseph-Guy-Marie Ropartz

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Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : Symphonie n°1 « Sur un Choral breton » ; Symphonie n°4. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction : Sebastian Lang-Lessing. 1 CD Timpani 1C1093. DDD. Enregistré Salle Poirel à Nancy en septembre 2004. Notices bilingues français-anglais excellentes (Mathieu Ferey et Benoît Menut). Durée : 71’05’’.

 

Le temps n’est pas si lointain où Albéric Magnard (1865-1914) et Guy Ropartz (1864-1955), unis de leur vivant par une amitié indéfectible, étaient malheureusement, pour la plupart des mélomanes, également unis dans l’oubli, faisant partie de toute une génération de musiciens que l’on méconnaissait ou que l’on ignorait ; d’aucuns déguisaient cette injustice en considérant ces créateurs comme des épigones, mais sans preuves, et surtout sans même les avoir écoutés ! Heureusement, peu à peu, les opinions évoluèrent et restituèrent à ces personnalités authentiques et caractérisées la place qui leur revient et qui n’aurait jamais du leur faire défaut. Dans les années 60, parmi un désert discographique inadmissible, un petit éditeur belge courageux, sous l’impulsion de Thierry Grisar et Harry Halbreich, réunissait les deux compositeurs-amis en un microsillon révélant deux de leurs Sonates pour violon et piano interprétées par Hyman Bress et Olivier Alain (Alpha CL4018) ; puis vint un splendide « Florilège du Piano Français » par Jean Doyen, comportant notamment les Promenades de Magnard et les Jeunes filles de Ropartz (Erato STU70470/72) ; et enfin, surtout, la mémorable gravure de la Symphonie n°3 de Magnard par Ernest Ansermet à la tête de son Orchestre de la Suisse Romande (Decca SXL6395, à rééditer impérativement en CD !), véritable testament de fin de vie d’un chef admirable qui propulsa le nom du compositeur chez les discophiles, ce qui engendra par après plusieurs intégrales de ses symphonies.

La musique de Guy Ropartz (ou Joseph-Guy-Marie Ropartz, pour citer tous les prénoms), à l’exemple même de celle d’Albéric Magnard, allait connaître également un regain d’intérêt, mais plus tard : parmi des gravures sporadiques, mentionnons en 1962 les Prélude, Marine et Chansons pour flûte, harpe et trio à cordes, par Osian Ellis et le Melos Ensemble (Decca 452891-2), et surtout, en juillet 1985, la Symphonie n°3 en mi majeur, pour soli, chœurs et orchestre, par Michel Plasson et son Orchestre du Capitole de Toulouse (EMI 7646892)… et Timpani de faire le reste ! Quand on constate qu’au catalogue de ce label français entreprenant, il n’existe actuellement pas moins de huit CDs de Guy Ropartz couvrant la musique symphonique, la musique de chambre et l’opéra, on ne peut que se réjouir du fait qu’au moins hommage aura de la sorte été dignement rendu au grand musicien français à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition.

Le disque sous rubrique comporte les Symphonies n°1 et n°4 du compositeur breton et est le premier d’une série de trois CDs qui offriront l’intégrale des cinq Symphonies ainsi que la Petite Symphonie. La Symphonie n°1 en la mineur « Sur un Choral breton » (1895), par son sous-titre, plante d’office le décor des rêveries du compositeur : l’œuvre est en trois mouvements dont le premier est en forme-sonate précédée d’une introduction lente dans laquelle sont exposées les quatre versets du choral ; ce n’est toutefois que dans le dernier mouvement que ce choral breton surgit enfin, tel que du fond des âges il était chanté dans les églises armoricaines. Le deuxième mouvement, véritable cœur de l’œuvre, est divisé en cinq sections alternant Adagio et Scherzo imbriqué par deux fois, selon une technique déjà pratiquée chez certains romantiques, notamment Franz Berwald. Paul Dukas a commenté cette symphonie avec une justesse pénétrante : « Cette œuvre de grande importance et de haute tenue musicale est une des plus intéressantes que nous ayons entendues depuis longtemps ; elle nous semble devoir être remarquée, autant pour sa valeur propre qu’en raison de l’espèce de tendance dont elle est un des indices parmi la présente génération de compositeurs. M. Ropartz est de ceux qui semblent vouloir maîtriser avec le plus de décision les difficultés du langage musical abstrait. » L’audition de l’œuvre dans sa globalité permet d’apprécier le langage musical de Guy Ropartz comme synthèse de ceux de Franck, d’Indy et Magnard, le premier quant à la forme, les deux autres quant aux tournures mélodiques et rythmiques, même si Ropartz est par nature moins inquiet, moins tourmenté que son ami Magnard ; mais à certains moments, l’influence de Franck est loin de n’être que purement formelle : il suffit d’entendre le second groupe thématique de l’exposition du premier mouvement (solo de clarinette, à 4’05’’) – de même à la réexposition, à 12’18’’– pour constater qu’on est totalement dans l’univers de Psyché et de la Symphonie en ré mineur du Pater Seraphicus !

De cette esthétique franckiste, Ropartz se sera affranchi en un langage plus personnel et dépouillé lorsqu’il compose sa Symphonie n°4 en ut majeur (1911), bien qu’il reste fidèle au principe cyclique, accentué par le fait que la symphonie est en trois mouvements s’enchaînant cette fois sans interruption : suivant une structure apparentée à celle de la Symphonie n°1, deux formes-sonates Allegro encadrent un mouvement lent où s’imbrique par deux fois un Scherzo d’allure populaire bretonne. Rarement satisfait de lui-même, Ropartz appréciait pourtant son œuvre en ces termes : « Le public fut plutôt chaud et la quasi-unanimité des articles parus lundi est plus que favorable. Personnellement je n’ai pas été mécontent de moi-même : l’œuvre est beaucoup plus puissante que je n’avais pensé – puisque j’ai été sur le point de l’intituler Symphoniette, vous vous le rappelez, et elle ne donne pas l’impression d’une petite symphonie. Je crois aussi qu’elle m’a fait du bien dans les esprits. »

L’ est dirigé avec une ferveur toute de raffinement et de noblesse par . Rappelons-le, notre compositeur fut nommé directeur du Conservatoire et des Concerts de Nancy en 1894 et le resta durant vingt-cinq ans, marquant ces années de sa personnalité attachante et de son empreinte autant sur la conduite du Conservatoire que sur la vie musicale nancéienne. Comme de coutume chez Timpani, l’enregistrement est d’une transparence et d’une lisibilité parfaites, nimbé de cette aura sonore si caractéristique des prises de son exceptionnelles ; il a été effectué à Nancy, en la Salle Poirel dont les murs se souviennent encore de tant d’œuvres révélées par la baguette de Guy Ropartz.

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Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : Symphonie n°1 « Sur un Choral breton » ; Symphonie n°4. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction : Sebastian Lang-Lessing. 1 CD Timpani 1C1093. DDD. Enregistré Salle Poirel à Nancy en septembre 2004. Notices bilingues français-anglais excellentes (Mathieu Ferey et Benoît Menut). Durée : 71’05’’.

 
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