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Bruckner version Sanderling

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 4 « Romantique » en mi bémol majeur. Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise, direction : Kurt Sanderling. 1 CD Profil 05020. Enregistrement radiophonique de 1994. Réédition 2005. Notice en allemand, anglais. Durée : 71’02

 

Dans le vaste panorama d’interprètes et d’interprétations, l’embarras nous saisit parfois, à l’image d’un professeur face à une bonne, voire très bonne copie…hors sujet. Le sujet traité est excellemment traité, mais ce n’est pas le bon et c’est dommage. Que dire alors, comment noter ? C’est ce que suggère cette republication de la Symphonie n° 4 de Bruckner, par Sanderling.

Cette réédition d’un concert public enregistré en 1994 est d’une qualité sonore relative, mais tout à fait acceptable. Les premières mesures sont un ravissement d’équilibre, de charme, même si le thème est exagérément poussif et trop vite grandiose, ce qui atténue le contraste avec la reprise finale du dernier mouvement. Au risque de d’entrer dans une guerre d’école, c’est cependant cet équilibre si présent qui est hors sujet, mais qui témoigne, entre autre, de la vision personnelle que Sanderling se fait de Bruckner.

Le style de Bruckner est d’une remarquable simplicité et de ce fait redoutablement déroutant pour l’interprétation. Bruckner privilégie les thèmes courts (sauf exception) qu’il articule les uns avec les autres, les uns par rapport aux autres. Ces thèmes sont prétextes, non à des harmonisations extrêmement colorées, mais au contraire à la mise en valeur des groupes d’instruments qui se suivent et se superposent. Cette combinaison si simple sur le papier et de fait dans l’harmonisation, sans doute issue de sa longue pratique d’organiste, influençant certainement sa conception par groupes de jeux, s’organise sur une sorte de fil rouge que les thèmes et leur reprise modulée et différenciée soutiennent instruments après instruments.

La richesse de Bruckner, particulièrement dans cette symphonie, considérée comme un des sommets de son œuvre, est de mettre ensemble chaque pupitre en leur donnant à chaque fois leur place, non pas en tant que membre de l’orchestre, mais comme une succession de soli enchâssés dans une symphonie qui serait une suite de concerti pour chacun d’eux. Or la remarquable unité que Sanderling impose à l’orchestre gomme toute cette richesse, pour nous donner une parfaite symphonie romantique parfois peut être un peu trop wagnérienne, ou viennoise.

On sait l’énorme influence que Wagner exerça sur Bruckner, mais de là à interpréter avec autant de puissance et d’harmonie l’ensemble de l’œuvre, il y a un pas qui, une fois franchi, relativise alors les belles fanfares récurrentes en colorant de façon trop soutenue les moments plus cantabile ou choraux. En revanche, une des richesses de cette interprétation est de faire ressortir par moment la coloration organiste de la partition, par un effet de tutti très approprié, compte tenu de l’esprit de composition de l’auteur.

En outre, pour un chef réputé pour ses mouvements lents, il est parfois presque un peu rapide, notamment dans le deuxième mouvement qui constitue un des rares andante de Bruckner. Mais Sanderling sait parfaitement nous faire entrer dans la lente procession méditative qu’il suggère, avec un final feutré des timbales, pour une procession moriendo. A sa façon, le troisième mouvement met en valeur le pupitre de cuivres et particulièrement de cors qui joue remarquablement bien sa partition, mais dans une version plus chasse que fanfare, adoucissant ainsi avec harmonie ce qui était prévu comme une fanfare triomphante et que les trompettes trop poussives dans l’apothéose qui précède le sol bémol majeur, ne parviennent pas à rehausser. Au demeurant, du fait de cette absence d’esprit brucknérien, ce sol bémol parait incongru entre les deux scherzos. Enfin le quatrième mouvement s’appesantit de façon languissante, en écrasant les nombreuses rondes au lieu de les poser avec majesté et assurance. Ce dernier mouvement, pourtant typique de la composition de Bruckner, riche de diversités simples, en bonne conclusion, fait appel à l’ensemble des motifs de l’œuvres, non comme un récapitulatif, mais comme une géniale réminiscence, presque subliminale.

Il est dommage que l’interprétation ait choisi la version récapitulative, du coup trop lourde, non pas en soi, mais dans l’interprétation. Au final, cet enregistrement demeure un bon moment d’agrément et de qualité réelle. Mais pour entendre du Bruckner, il vaut tout de même mieux en rester à la version de Jochun /Tahra de 1939.

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