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Gerard Mortier. Le petit livre rouge de l’élitisme égalitaire ?

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Gérard Mortier, l’opéra réinventé. Serge Martin. Naïve, collection « Parcours musique ». 158 pages, 20 euros. ISBN : 2 35021 0421. Dépôt légal premier semestre 2006.

 

Le label discographique Naïve se lance dans l’édition d’une nouvelle collection intitulée « parcours musique », dont le premier volume est consacré à . On notera, intéressé mais plutôt circonspect, que le début de cette série dédiée aux musiciens est le portait d’un directeur d’opéra ! Contamination venue des arts plastiques où les commissaires des expositions sont devenus aussi importants, voir plus, que les artistes eux-mêmes ! Incontestablement Gérard Mortier est une personnalité attachante qui ne saurait se limiter à des réductions et caricatures hâtives.

Il est difficile de ne pas être admiratif devant le parcours d’un fils de boulanger arrivé aux sommets de l’administration de la musique avec des convictions politiques, des idées révolutionnaires et un caractère qui fait peu de place aux concessions. Fruit d’entretiens entre l’auteur et Gérard Mortier, ce livre se présente comme une biographie qui retrace chronologiquement les différentes étapes d’une carrière bien remplie : de l’association des jeunes de l’Opéra de Gand fondée par notre homme, jusqu’à l’Opéra de Paris, en passant par les années de formation dans des théâtres allemands et les mandats à Salzbourg et à la Ruhr Triennale. Un chapitre est consacré à la « méthode Mortier », étrange alchimie dont le résultat a souvent laissé dubitatifs trésoriers d’institutions, presse et public.

Didactique et fluide, le propos de Serge Martin ne dépasse pourtant pas le stade de la gentille complaisance. On sent l’auteur grand connaisseur de son sujet et fasciné par la personne de Gérard Mortier, mais au final, le lecteur se trouve en présence d’une sympathique hagiographie. Tout est merveilleux au royaume de maître Mortier qui apparaît comme le directeur idéal, celui qui démocratise l’opéra vers les jeunes et les nouveaux publics, celui qui accorde une grande intention aux indications des compositeurs, celui qui donne une actualité brûlante à des chefs d’œuvres considérés comme poussiéreux et surannés (le cas des Noces de Figaro de Mozart). Certes, Gérard Mortier a toujours œuvré pour les jeunes, mais comment passer sous silence l’augmentation du prix des places à l’Opéra de Paris et l’imposition de formules d’abonnements rigides à peine contrebalancées par quelques places debout proposées, à Bastille, à tout petit prix ?

Si les réussites sont nombreuses et incontestables, la méthode apparaît de plus en plus usée. Le public de l’opéra est souvent râleur (surtout quand il est Français comme le dit assez justement Gérard Mortier), mais comment passer outre les réactions du public face à certaines productions comme la sulfureuse ChauveSouris de Johann Strauss au festival de Salzbourg. Certes, Serge Martin reconnaît, que sur ce coup, l’homme a été un peu loin, mais pour mieux l’absoudre quelques lignes plus loin arguant qu’il s’agissait d’un signal fort envers l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite autrichienne de Jorg Haider. On regrette également le coup de griffe à Peter Ruzicka, l’actuel directeur de la manifestation salzbourgeoise à qui il est reproché l’absence de vision claire et un retour vers un opéra élitaire pour grands bourgeois. Certes l’ère Ruzicka est une époque de transition, mais ce directeur a eu le grand mérite de consacrer un cycle aux compositeurs dégénérés de Wellesz à Korngold en passant par Zemlinsky et Schreker.

Cet hommage au théoricien de « l’élitisme égalitaire », curieuse oxymore dont nous gratifie l’auteur, nous laisse sur notre faim. On passe un agréable moment, mais seulement du côté scène. Le commentateur aurait aimé en savoir plus sur le côté coulisses. Un livre à l’image du système Mortier : on est avec lui ou contre lui. La vérité étant toujours complexe, la grande biographie de Gérard Mortier se fait encore attendre.

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Gérard Mortier, l’opéra réinventé. Serge Martin. Naïve, collection « Parcours musique ». 158 pages, 20 euros. ISBN : 2 35021 0421. Dépôt légal premier semestre 2006.

 
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