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Frédéric Antoun en récital et L’esthétique du flabellum

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Joliette. Église de Saint-Paul. 13-VII-2006. Franz Liszt (1811-1886) Deux sonnets de Pétrarque, (Sonnet n° 104 : « Pace non trovo », Sonnet n° 123 : « I vidi in terra angelici costumi »). Reynaldo Hahn (1875-1947) À Chloris, Le rossignol des lilas, Dans la nuit, L’énamourée. Richard Strauss (1864-1949) Heimliche Aufforderung, op. 27 n°. 3, Die Nacht, op. 10 n°. 3, Morgen !, op. 27, n°. 4, Cäcilie op. 27 n°. 2. Sergeï Rachmaninov (1873-1943) Un rêve, op. 8 n°. 5, Ma belle, ne chante pas devant moi, op 4, n°. 4, Arion, op. 34 n°. 5, Les eaux du printemps, op. 14 n°. 11. Ottorino Respighi (1879-1936) Nebbie. Stefano Donaudy (1879-1925) O del mio amato ben, Vaghissima sembianza. Franco Paoli Tosti (1846-1916) Lasciami ! Lascia chio respiri, L’alba sepàra dalla luce l’ombra. Avec : Frédéric Antoun, ténor. Martin Dubé, piano.

Festival de Lanaudière

Le ténor , doté d’une voix claire et émouvante, secondé au piano par , – accompagnateur émérite dans le domaine de la mélodie – nous a offert un florilège de mélodies un peu «carte postale» passant des lieder de Strauss à Rachmaninov, des chansons italiennes à la mélodie française. Le fil conducteur en est sûrement la poésie qui nous amène dans les sentiers de la reconnaissance de l’être cher. Nous aurions aimé retrouver la même volonté d’épuration de style chez le jeune ténor que chez l’auteur des Années de pèlerinage. D’ailleurs, on se demande un peu pour quelle raison, retrancher des Tre sonetti di Petrarca de Liszt, «Benedetto sta ‘l giorno» ? De cette trilogie intime de l’amour humain transmuté en amour divin, il ne nous reste que deux sonnets, «Pace non trovo» (Je ne trouve point le repos) et «I vidi in terra angelici costumi» (Il m’a été donné de voir sur terre un ange) deux mélodies aux accents madrigalesques et aux effusions amoureuses ardentes, malencontreusement expurgée de sa partie centrale. Doit-on y percevoir le renoncement de la chair – nonobstant la Laura de Pétrarque et la Marie de Liszt – à la seule ferveur divine ? Telle que présentée, l’œuvre devient bancale.

Dans le cadre intime d’un récital, ce sont d’abord quatre miniatures de Reynaldo Hahn, dont les textes sont secrètement liés à la prosodie de la langue française qui font, en quelque sorte, pendant aux poèmes dantesques. La première mélodie, «À Chloris», sur les vers de Théophile de Viau, nous mène à une autre aventure amoureuse, suivie par «Le rossignol des lilas» sur un poème de Léopold Dauphin, contemporain du compositeur. «Dans la nuit», sur un texte de Jean Moréas, nous retrouvons la destinée de l’homme apostrophant la mer trouble dans laquelle le poète désire se dissoudre. Toutes les mélodies sont redevables d’un romantisme discret ou exalté, mais exigeant une déclamation spécifique. Nous avons déjà entendu dans ce répertoire des interprètes mieux inspirés, c’est sans doute une question de style difficilement définissable, mais que l’on reconnaît dès le premier son émis. L’appétence pour la mélodie française passe par la sensibilité et le raffinement dans l’art du chant est toujours lié à l’élocution.

D’un chant raffiné, intense et pur et sans doute le sommet de la soirée, Quatre lieder de Richard Strauss dont trois sont extraits des Vier Lieder, (Quatre Lieder) sont tous brillamment interprétés. Retenons «Heimliche Aufforderung» (Invitation secrète), page tristanesque et surtout «Cäcilie», sans doute la plus passionnée des mélodies straussiennes, hymne à l’amour tout autant que «Morgen !» (Demain !), elle-aussi sur des poèmes de Mackay, avec un prélude pianistique frissonnant de , d’une intensité schumanienne qui en rehausse la teneur. «Die Nacht», (La Nuit) plus ancienne encore, retient notre attention par une atmosphère qui rappelle le cycle des Vier Lieder.

De Sergeï Rachmaninov, «Son» (Un rêve) est une mélodie des Chest Romansov (Six Mélodies) écrites en 1893. Elle fait environ une minute, d’un laconisme qui nous laisse quelque peu interdit. Mieux inspirée, «Nié poï krasavitsa pri mnié» (Ma belle, ne chante pas devant moi) sur un poème de Pouchkine, mêle habilement dans un lacis inextricable, le jeu pianistique intrépide à la voix en arabesque. On pourrait en dire tout autant d’»Arion», toujours du même poète. Retenons surtout l’accompagnement qui galbe «Les Lilas» et «Les eaux du printemps» ; somptueuses mélodies plus connues par les arrangements ou retranscriptions du compositeur.

Enfin les chansons italiennes de Tosti à Respighi, en passant par le moins connu Donaudy, déplacées en début de deuxième partie, retenons «Nebbie» (Brouillards) d’Ottorino Respighi, mélodie de jeunesse aux belles lignes lyriques et expressives. De la production immense de Tosti, «Lasciami ! Lascia chio respiri» et «L’alba sepàra dalla luce l’ombra» tirées des Quattro canzoni d’Amaranto sur des textes de Gabriele D’Annunzio, comptent parmi les plus achevées du compositeur. Nous n’avons pas d’opinion pour les chansons de «l’illustre inconnu» Stefano Donaudy. Art facile, confortable comme une chaise curule, meublant agréablement un salon bourgeois.

En rappel, tiré de l’opéra Eugène Onéguine de Piotr Ilyitch Tchaïkovski, le très bel air de Lenski devient envoûtant, le ténor retrouve miraculeusement son aplomb, la voix s’affermit, tout intériorisée dans le duel entre mélodies et opéra. On se demande si ne s’est pas trompé de chemin.

Crédit photographique : © DR

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Joliette. Église de Saint-Paul. 13-VII-2006. Franz Liszt (1811-1886) Deux sonnets de Pétrarque, (Sonnet n° 104 : « Pace non trovo », Sonnet n° 123 : « I vidi in terra angelici costumi »). Reynaldo Hahn (1875-1947) À Chloris, Le rossignol des lilas, Dans la nuit, L’énamourée. Richard Strauss (1864-1949) Heimliche Aufforderung, op. 27 n°. 3, Die Nacht, op. 10 n°. 3, Morgen !, op. 27, n°. 4, Cäcilie op. 27 n°. 2. Sergeï Rachmaninov (1873-1943) Un rêve, op. 8 n°. 5, Ma belle, ne chante pas devant moi, op 4, n°. 4, Arion, op. 34 n°. 5, Les eaux du printemps, op. 14 n°. 11. Ottorino Respighi (1879-1936) Nebbie. Stefano Donaudy (1879-1925) O del mio amato ben, Vaghissima sembianza. Franco Paoli Tosti (1846-1916) Lasciami ! Lascia chio respiri, L’alba sepàra dalla luce l’ombra. Avec : Frédéric Antoun, ténor. Martin Dubé, piano.

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