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Marie Jaëll (1846-1925). Sonate pour violoncelle et piano, lieder, mélodies. Lara Erbès, piano ; Lisa Erbès, violoncelle ; Catherine Dubosc, soprano. 1 CD Solstice SOCD 227. Enregistré du 11 au 14 avril 2005 en l’Espace Belle Epoque de Breintenbach. Notice français, anglais. Durée 75’53.

 

solstice_marie_jaell-300x271Quelle femme extraordinaire que (1846-1925) ! Ce fut l’une des pianistes les plus virtuoses de son temps, considérée par la critique de l’époque comme l’égale de son époux, le pianiste d’envergure internationale Alfred Jaëll, fait rarissime en ce XIXe siècle bien misogyne. Ils donnèrent ensemble de nombreux concerts en Europe : France, Allemagne, Angleterre, Italie, Scandinavie, Irlande, Hollande, Belgique, Hongrie, Russie… et firent œuvre de pionniers en interprétant la musique « moderne » de leur époque, Saint-Saëns, Brahms, Liszt…

Amie de Franz Liszt, qui fit éditer ses Valses à quatre mains et les joua à Bayreuth, elle séjourna plusieurs fois chez lui, à Weimar, de 1883 à 1885. Ils poursuivirent toute leur vie une correspondance abondante. Elle acheva pour lui la troisième Mephisto-Walz et relut les épreuves de la Faust-Sinfonie.

Car était également compositrice. Elève de Fauré et de Saint-Saëns pour la composition, elle fut l’une des toutes premières femmes admises à la Société des Compositeurs de Paris, et ses œuvres furent généralement bien accueillies par la critique. Elle en écrivit environ 70, toutes empreintes de sa forte personnalité.

Cependant, elle abandonna peu à peu la composition, mobilisée par ce qui devint sa préoccupation principale : la pédagogie du piano. Elle se posa en véritable chercheuse, expérimentant en laboratoire une méthode d’enseignement scientifique, étudiant la physiologie, la neurologie, la psychologie. En 1895 elle publia le Toucher, enseignement du piano basé sur la physiologie. Sa pédagogie, révolutionnaire pour son époque, est encore enseignée de nos jours. « Plus d’un grand pianiste, de Dinu Lipatti hier à Pascal Amoyel aujourd’hui, a dit sa dette envers l’éclairement de soi procuré par ces recherches unissant foi profonde et rigueur scientifique » (Christian Fruchart, plaquette de présentation)

Son activité de pédagogue a occulté le talent de compositrice de Marie Jaëll. Le label Solstice cherche à réparer cette injustice, et après une première anthologie de pièces pour piano en 1997, nous propose aujourd’hui une Sonate pour violoncelle et piano et un florilège de lieder et de mélodies.

On est d’emblée saisi par la personnalité, l’originalité profonde qui se dégage de chacune de ces œuvres, bien que toutes fassent appel à des modèles éprouvés. Quel autre compositeur(e) est-il parvenu à écrire à la fois des lieder et des mélodies, en conservant les caractéristiques propres à chacun des deux genres, sans tomber dans l’imitation, la parodie, le décalquage ?

Il faut préciser que Marie Jaëll était née en 1846 en Alsace, qu’elle suivit ses premiers cours de piano avec un français professeur à Stuttgart, puis avec un viennois au conservatoire de Paris, que la guerre de 1870 exacerba ses sentiments nationaliste, et mit fin aux concerts en Allemagne et aux projets de son mari d’enseigner au Conservatoire de Leipzig en succession à Moschelès ou de prendre la direction la Neue Zeitschrift für Musik, fondée par Schumann. Elle fut amie de Liszt, mais également de Saint-Saëns, interprète de Mendelssohn, Schumann et Brahms, mais aussi et toujours de Saint-Saëns. Fanatique de Parsifal, elle évitait ostensiblement Wagner chaque fois qu’elle le croisait. Qui mieux qu’elle pouvait réaliser cette formidable réunion des influences françaises et germaniques ?

Pianiste jusqu’au tréfonds de l’âme, ses lieder comme ses mélodies font appel à un accompagnement nourri, profond. Sa sonate est d’un romantisme incandescent, ne tombant jamais dans l’excès, le bavardage ou la mièvrerie.

Pour servir ces œuvres rares, Solstice a fait appel à trois interprètes probes, bien en situation, qui savent parfaitement rendre le climat et faire ressortir la grande personnalité de ces partitions. Merci à (chant), (piano) et (violoncelle).

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Marie Jaëll (1846-1925). Sonate pour violoncelle et piano, lieder, mélodies. Lara Erbès, piano ; Lisa Erbès, violoncelle ; Catherine Dubosc, soprano. 1 CD Solstice SOCD 227. Enregistré du 11 au 14 avril 2005 en l’Espace Belle Epoque de Breintenbach. Notice français, anglais. Durée 75’53.

 
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