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Approche philosophique du geste dansé

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Approche philosophique du geste dansé. Anne Boissière, Catherine Kintzler. Editions Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq. 205 pages. 16 euros. N° ISBN : 2-85939-937-2. Dépôt légal : deuxième trimestre 2006.

 

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Il est bien difficile de résumer et de critiquer un livre qui porte sur une approche multidisciplinaire d’un art. La psychanalyse s’est très vite arrogée le droit de parler de la danse, car portant sur le corps, la danse interrogeait directement l’humain spectateur et le danseur. Qu’est-ce qui relie celui qui voit et celui qui danse ? On se souvient de différents auteurs ayant écrit sur la danse sous un angle métapsychologique, par exemple Daniel Sibony (le Corps et sa Danse), version lacanisante, et surtout Pierre Legendre (la Passion d’être un Autre). La philosophie est moins labile sur ce sujet, ou sinon de manière détournée. Anne Boissière, avec le concours de cinq autres philosophes et trois chorégraphes, met en discussion les deux matières. Participant à un séminaire au Collège International de Philosophie à Paris sur la philosophie pour la danse (dirigé par Véronique Fabbri), elle développe ici une pensée sur le vide, le fait de se départir totalement de toutes les idées préconçues, différenciant ainsi le démiurge du créateur (qui, lui, ne part de rien). Cela rejoint le texte de Jacques Gaillard, qui désire montrer le déterminisme de la danse, obéissant à des stéréotypes appris, et que l’improvisation n’est jamais réellement possible sans l’expérience de se vider de ce que l’on sait. François Raffinot fait appel à l’objet transitionnel, le Fort-da ; imprégnation du vide pour faire du plein ?

La deuxième partie du livre s’intéresse justement à l’improvisation, qui se fait dans un cadre prédéterminé dont on doit se libérer pour vraiment improviser, à la seconde même d’où le cerveau fait jaillir la commande du geste. C’est l’attachement au mouvement qui entraîne l’expression, et non son intentionnalité. Le texte d’Anne Boissière met en opposition deux auteurs : Strauss, dont le mouvement serait plus en relation avec le sensoriel auditif, alors que Benjamin le met en relation avec le jeu langagier à l’origine de la créativité pure (une idée très proche de la psychanalyse, mais est-ce que pour autant, l’infans ne peut pas improviser ?).

Le dernier texte enfin, est très intéressant sur l’optique que l’on peut adopter sur l’art et la danse : le corps du danseur, sans cesse déstabilisé, mis en déséquilibre, fragile, est finalement un intermédiaire d’émotion, c’est le principe de l’art, mais, bien que sublimé, on ne peut l’engager au-delà : autant l’art se passe du langage, autant le corps ne peut amener un « plus » à l’art, dont cependant il est le support.

Livre complexe, mais riche d’informations sur la manière d’appréhender un art que l’on regarde parfois sans se douter de l’expérience à l’inattendu qu’il peut nous offrir.

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Approche philosophique du geste dansé. Anne Boissière, Catherine Kintzler. Editions Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq. 205 pages. 16 euros. N° ISBN : 2-85939-937-2. Dépôt légal : deuxième trimestre 2006.

 
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