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Berlioz transcrit par Liszt : Harold en strings

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Hector Berlioz (1803-1869) : Harold en Italie, transcription pour alto et piano de Franz Liszt ; Franz Liszt (1811-1886) Romance oubliée, pour alto et piano. Diederik Suys, alto ; Jean-Claude Vanden Eynden, piano. 1 CD UT3. Records. Réf. : UT3-004. DDD. Enregistré au « Kloosterkapel » à Wichelen en décembre 2003. Notice en anglais, disponible en français sur le site du label. Durée : 45’11’’

 

L’histoire et la partition d’Harold en Italie abondent en rocambolesque et en pittoresque. Aussi transcrire la liberté rythmique et la brillance de la couleur orchestrale aux seules cordes du piano, instrument aussi peu berliozien que possible, est une gageure. Pourquoi un Harold réduit à une grosse poignée de cordes, et pour quoi faire?

Tout commence par l’admiration du célébrissime violoniste Niccolò Paganini (1782-1840) pour la Symphonie Fantastique. Il vient d’acquérir un alto Stradivarius, et commande à Berlioz une œuvre du même genre. Le compositeur s’exécutera à la lettre par une Symphonie avec un alto principal, dont le héros est le personnage byronien Harold. Berlioz pressentit que Paganini n’apprécierait pas que la partie d’alto serve plus le propos dramatique de l’œuvre que la gloire de son interprète. Un pressentiment à la fois juste, dans la mesure où Paganini s’abstint d’en assurer la création, et erroné car lorsque Paganini entendit finalement Harold le 16 décembre 1838 sous la direction de Berlioz, il se produisit une des moments les plus fameux de la musique. A la fin du concert, Berlioz était à la porte de l’orchestre quand Paganini, gesticulant vivement vint arrêter Berlioz. Paganini chuchota à l’oreille de son fils Achille qui lui servait d’interprète depuis qu’un cancer de la gorge avait rendu sa voix inaudible. Le garçon de 12 ans expliqua à un Berlioz stupéfait : «Mon père m’ordonne de vous assurer, monsieur, que de sa vie il n’a éprouvé dans un concert une impression pareille ; que votre musique l’a bouleversé et que s’il ne se retenait pas il se mettrait à genoux pour vous remercier». Berlioz protesta, mais Paganini l’entraîna sur la scène, se mit à genoux et lui baisa la main devant nombre de musiciens. Deux jours plus tard, Berlioz reçut un mot de Paganini et ce billet destiné à M. de Rothschild : «Monsieur le baron, Je vous prie de vouloir bien remettre à M. Berlioz les vingt mille francs que j’ai déposés chez vous hier». Grâce à ce don inespéré, Berlioz se consacra sept mois durant à la composition de sa symphonie Roméo et Juliette, œuvre phare dont la Scène d’amour est la pierre fondatrice du Tristan und Isolde de Wagner, et dont la scène de la mort des amants est d’une intensité et d’une violence lapidaire qui préfigure Webern avec 70 ans d’avance.

Avant Harold, Liszt avait assuré la transcription de la Symphonie Fantastique en 1833. Jeune musicien de 22 ans, il s’isola durant le printemps et l’été, refusant toute visite sauf celle de sa mère et de Berlioz, puis publia la transcription à ses propres frais. Jusqu’en 1845, date de la publication de la partition complète de la Fantastique, cette transcription fut la seule partition imprimée qui circula. La transcription d’Harold, effectuée en 1836 par un Liszt de 25 ans, n’eut pas la même importance historique dans la diffusion de la musique de Berlioz car elle ne fut publiée qu’en 1879. Elle n’en est pas moins le témoignage d’une immense amitié, et la virtuosité transcendantale lisztienne est aisément reconnaissable. La Romance oubliée, pièce intimiste de Liszt inspirée de la Marche des pèlerins d’Harold, est un complément parfait. Elle laisse entendre ce qu’un musicien chambriste peut faire de ce mouvement poétique mémorable composé en 1880. c’est aussi le témoignage d’une relation artistique et amicale. Conformément au dessein berliozien, anime et commente l’action menée au piano par . Tous deux servent Harold en Italie avec sincérité et respect mutuel. La transcription de Liszt a plus de valeur artistique qu’on pourrait le penser, d’une œuvre qui joua un rôle déterminant dans l’Histoire de la musique.

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