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Deux concertos pour violon britanniques néo-romantiques

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Douglas Coates (1898-1974) : Concerto pour violon et orchestre en ré. Ernest John Moeran (1894-1950) : Concerto pour violon et orchestre. Colin Sauer, violon ; BBC Northern Orchestra, direction : Sir Charles Groves (Coates). Alfredo Campoli, violon ; BBC Symphony Orchestra, direction : Sir Adrian Boult (Moeran). 1 CD Divine Art. Réf. : 27806. ADD. Enregistré en public par la BBC le 15 mars 1951 (Coates) et en 1954 (Moeran). Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 59’46’’.

 

Amateurs de beaux Concertos pour violon néo-romantiques, ce disque superbe d’œuvres britanniques vous est particulièrement destiné, et cela en des enregistrements historiques qui tiennent du miracle. (1898-1974), n’ayant aucun lien de parenté avec le chef d’orchestre Albert Coates (1882-1953) ni avec le compositeur de musique légère Eric Coates (1886-1957), nous était parfaitement inconnu jusqu’à l’audition de ce CD. Par contre reçut dès 1942 les honneurs de l’enregistrement qui révéla sa superbe Symphonie en sol mineur (1937) par le patronage du British Council (Dutton CDAX8001). Depuis, le disque a popularisé ses œuvres, notamment symphoniques, et grâce surtout aux labels Chandos et Naxos, nous disposons d’enregistrements récents de la Symphonie précitée, de la Sinfonietta (1945), du Concerto pour violoncelle (1945), de la Sérénade en sol (1947), et du Concerto pour violon (1942) sous rubrique.

D’ascendance irlandaise, (1894-1950) appartient à ce cercle de compositeurs britanniques essentiellement lyriques et fortement influencés par le folklore, tels que Frederick Delius (1862-1934), John Ireland (1879-1962), Ralph Vaughan Williams (1872-1958), et bien sûr Arnold Bax (1883-1953) dont il fut l’ami très proche. Musique évoquant immanquablement les vastes paysages et la vie en Irlande et dans le Norfolk où Moeran passa son enfance. Si dans sa grandiose Symphonie en sol mineur, sombre et dramatique, on ne peut nier l’influence de Jean Sibelius pour qui la plupart des musiciens anglais du XXe siècle ont toujours affiché une prédilection particulière, cette influence s’estompe dans le Concerto pour violon pour faire place à un côté « irlandais » plus marqué – notamment dans le deuxième mouvement – et caractérisé par des intervalles typiques de quarte. Œuvre essentiellement lyrique, le Concerto pour violon est la réponse apaisée aux tourmentes de la Symphonie avec laquelle il forme un diptyque parfaitement équilibré. Bien qu’en trois parties, la structure en est plutôt rhapsodique, avec un premier mouvement Allegro moderato flanqué non seulement de sa cadence finale traditionnelle, mais également d’une autre à 2’25’’de son début ; en outre les deuxième et troisième parties sont inversées par rapport au schéma classique : le deuxième mouvement est un Rondo : Vivace – Alla valse burlesca vif, tandis que le troisième est un Lento confirmant le caractère serein de toute la partition, à la manière d’un épilogue. Le violoniste (1906-1991), artiste associé au label Decca pendant plus de quarante ans, et dédicataire du Concerto pour violon d’Arthur Bliss (1891-1975), nous offre de celui de Moeran une interprétation chaleureuse, exaltée et passionnée : des quatre versions existantes, c’est la plus intense émotionnellement. De cet admirable Concerto il existe effectivement deux versions « modernes » : celles des violonistes John Georgiadis (1979, Lyrita LP SRCS105 non réédité en CD) et Lydia Mordkovitch (1989, Chandos CD CHAN10168X) ; par ailleurs, en plus de la version sous rubrique, une autre version historique est disponible : l’enregistrement de la BBC du violoniste Albert Sammons le 28 avril 1946, également sous la direction de Sir (Symposium CD 1201).

Si cela paraît peu pour une œuvre de cette ampleur, que dire alors du Concerto pour violon en ré de , qui ne fut apparemment exécuté qu’une seule fois lors d’un concert de la BBC, et dont il ne survit miraculeusement que ce seul enregistrement ! Ce Concerto, écrit en 1934, fut accepté en 1945 par le staff musical de la BBC pour exécution qui eut lieu… six années plus tard !… Ce fut pour le compositeur natif du Yorkshire et essentiellement autodidacte une expérience si traumatisante, suite aux nombreuses critiques négatives, qu’il considéra sa partition comme un échec, et qu’il est supposé l’avoir détruite, puisqu’on ne l’a jamais retrouvée… Une fois de plus, le disque s’avère donc un témoignage culturel inestimable vis-à-vis d’une œuvre qui n’existe plus jusqu’à preuve du contraire. D’autres partitions de Douglas Coates comme son Concerto pour violoncelle et sa Sonate pour violon et piano semblent avoir subi le même sort de destruction, avec la circonstance aggravante de n’avoir été ni jouées ne fut-ce qu’une seule fois, ni par la force des choses captée par la radio ou le disque. Il faut bien avouer que le Concerto pour violon de Douglas Coates, tout en étant d’une esthétique relativement proche de celle de Moeran par son lyrisme direct et chaleureux, quoi que plus datée, est loin d’en avoir la même envergure : par sa sincérité et sa naïveté désarmantes, cette œuvre de vingt-cinq minutes est absolument charmante et contient des moments de poésie de pure beauté et qui nous touchent, surtout concentrés en un premier mouvement d’une belle ampleur ; les deux mouvements suivants, chacun de cinq minutes à peine, semblent vouloir s’épanouir, mais curieusement tournent court et mettent mal à l’aise l’auditeur conscient de la disproportion structurelle de l’œuvre. C’est dommage, car, nous le répétons, la partition est parsemée de beautés musicales séduisantes et sincères. Il nous revient en mémoire les propos suivants du grand critique belge Marcel Doisy, qui nous paraissent particulièrement bien convenir à cette œuvre : « On dira peut-être avec condescendance que tout cela n’est pas de la très grande musique. Qu’on nous permette de répondre d’avance que la musique n’a pas nécessairement à être « grande », mais que si elle nous touche notre sensibilité sans complaisance et si elle est constamment attachante, elle mérite notre audience. Et c’est très exactement le cas de celle-ci. » Digne de son collègue musicien , tout en étant moins célèbre que lui, le violoniste Colin Sauer interprète le Concerto pour violon de Douglas Coates avec un belle nature de musicien et toute l’autorité et la conviction nécessaires à le valoriser en une première (et hélas ! dernière) mondiale ; il est en outre brillamment et efficacement soutenu par le regretté Sir Charles Groves.

Il convient finalement de féliciter Stephen Sutton, de Divine Art, pour la publication en CD de ces deux Concertos typiques du courant de renaissance de la musique tonale britannique au XXe siècle, ainsi que Andrew Rose, de Pristine Audio, grande autorité concernant Ernest John Moeran, pour l’accomplissement de miracles dans la restauration de ces documents sonores historiques en piteux état parce qu’uniques dans tous les sens du terme. S’il en était encore besoin, plus que jamais, la sauvegarde d’un patrimoine sonore confirme le statut véritablement culturel du disque dit classique.

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Douglas Coates (1898-1974) : Concerto pour violon et orchestre en ré. Ernest John Moeran (1894-1950) : Concerto pour violon et orchestre. Colin Sauer, violon ; BBC Northern Orchestra, direction : Sir Charles Groves (Coates). Alfredo Campoli, violon ; BBC Symphony Orchestra, direction : Sir Adrian Boult (Moeran). 1 CD Divine Art. Réf. : 27806. ADD. Enregistré en public par la BBC le 15 mars 1951 (Coates) et en 1954 (Moeran). Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 59’46’’.

 
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