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Schubert, Symphonies : « J’ai du bon tabac… »

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Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 1 en ré majeur D. 82 ; Symphonie n° 2 en si bémol majeur D. 125 ; Symphonie n° 3 en ré majeur D. 200 ; Symphonie n° 4 en ut mineur « Tragique » D. 417 ; Symphonie n° 5 en si bémol majeur D. 485 ; Symphonie n° 6 en ut majeur D. 589 ; Symphonie n° 8 en si mineur « Inachevée » D. 759 ; Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande » op. posthume D. 944. Staatskapelle de Dresde, direction Herbert Blomstedt. 4 CDs Edel Classics LC 06203. Enregistrement 1982/84. Deuxième réédition. ADD. Absence de notice. Durée totale : 4h 11’41’’.

 

L’arithmétique et la réalité musicologique, appliquées à Schubert, ne font pas bon ménage ; car les neuf symphonies de l’attachant et génial Viennois se réduisent en fait à huit. On dira que c’est mieux ainsi, et le plus communément admis. Les intégrales du modèle Marriner (chez Philips), l’une des rares à proposer dix symphonies ( !) faisant la part belle aux travaux conjugués des J. F. Barnett (1881), Félix Weingartner (1934) et Brian Newbould (1978) qui nous « fabriquent » une hypothétique Symphonie n°7 à partir des cent dix mesures orchestrées par le compositeur ; et de même, une n°10 à partir d’esquisses et fragments, par le même Newbould. Mais cela se complique encore si l’on s’en tient à la stricte chronologie des symphonies orchestrées effectivement par le seul Schubert. On voit parfois (ainsi Harnoncourt, dans son intégrale avec le Concertgebouw d’Amsterdam) l’Inachevée, partout considérée aujourd’hui comme la n°8, désignée sous le n°7 et, par voie de conséquence, la Grande en ut, sous le n°8 ! Le plus sage ne serait-il pas, finalement, de ne considérer que la numérotation du catalogue Deutsch ?

L’excellente , qui n’en est pas à sa première intégrale des symphonies de Schubert (rappelons celles réalisées avec Wolfgang Sawallisch, chez Philips, au début des années 60, ou plus récemment avec Colin Davis, chez RCA) renouvelle donc l’entreprise sous la baguette d’un Blomstedt presque aussi viennois qu’un Joseph Krips de plaisante mémoire, et en cela plus proche encore de Schubert, se dit-on (de style, d’esprit) que Karl Böhm ou Günter Wand. Les quatre premières symphonies se voient délivrées ici de la réputation par trop chambriste qu’on leur fait encore trop souvent ; en dépit de leur destination initiale, pour les besoins du petit orchestre du Konvikt, le grand orchestre romantique, certes allégé, s’accommode fort bien de leur forme classique à la Mozart / Haydn et les fait accéder à « la cour des grands ». On appréciera particulièrement la suprême élégance et la légèreté de l’Allegretto, de même que la superbe netteté d’articulation du Presto vivace dans la symphonie n° 3, D. 200. Quant à la symphonie n° 6, D. 589, en dépit de son appellation – imméritée – de Petite, pour la distinguer de l’autre (la Grande) symphonie en ut, elle n’est pas en reste de consécration dans cette interprétation, exemplaire à tout point de vue.

Des œuvres le plus souvent jouées et enregistrées du corpus : la D. 759 Inachevée, la D. 944 dite La Grande, en ut et la D. 485, n° 5, sans doute la plus « mozartienne », cette dernière peut compter parmi les grandes réussites de cette « intégrale ». De même le premier mouvement de l’Inachevée, véritable symphonie tragique à lui seul, que Blomstedt et ses musiciens s’entendent à rendre tel (magnifiques cordes graves, tout de sombre rondeur), et globalement, car c’est aussi la plus attendue, la grande symphonie en ut, particulièrement peaufinée, qui devrait recueillir bien des suffrages. Soulignons tout spécialement le splendide Andante con moto, où des cordes souveraines rythment le serein cheminement du Wanderer au son d’un lumineux hautbois bientôt interrompu par des appels de cors d’une grande pureté. Blomstedt sollicite – et obtient – de cet orchestre des contrastes de dynamique et de coloris qui nous font traverser ces fameuses « célestes longueurs » dans un olympien ravissement.

La réunion d’un tel orchestre, d’une belle homogénéité dans la qualité des pupitres et d’un chef à ce point concerné, investi, aboutit à ce qu’on peut considérer comme l’une des meilleures versions de la discographie, et à un prix (moins de quinze euros) vraisemblablement sans concurrence sur le marché.

Outre l’absence de toute notice de présentation, qu’il convient de signaler, le seul handicap – de taille – pour cet alléchant coffret, c’est sa non distribution, actuellement, en France. Cela revient un peu à chanter au mélomane tenté : « j’ai du bon tabac…tu n’en auras pas ! » Enfin, grâce à Internet on pourra toujours s’adresser en Belgique ou en Allemagne.

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Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 1 en ré majeur D. 82 ; Symphonie n° 2 en si bémol majeur D. 125 ; Symphonie n° 3 en ré majeur D. 200 ; Symphonie n° 4 en ut mineur « Tragique » D. 417 ; Symphonie n° 5 en si bémol majeur D. 485 ; Symphonie n° 6 en ut majeur D. 589 ; Symphonie n° 8 en si mineur « Inachevée » D. 759 ; Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande » op. posthume D. 944. Staatskapelle de Dresde, direction Herbert Blomstedt. 4 CDs Edel Classics LC 06203. Enregistrement 1982/84. Deuxième réédition. ADD. Absence de notice. Durée totale : 4h 11’41’’.

 
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