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D’Indy ressuscité par le Quatuor Joachim

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Vincent d’Indy (1851-1931) : Quatuor à cordes n°1 en ré majeur ; Quatuor à cordes n°2 en mi majeur ; Quatuor à cordes n°3 en ré bémol majeur ; Sextuor à cordes en si bémol majeur. Quatuor Joachim : Zbigniew Kornowicz, 1er violon ; Joanna Rezler, 2nd violon ; Marie-Claire Méreaux, alto ; Laurent Rannou, violoncelle. François Méreaux, 2nd alto ; Michel Poulet, 2nd violoncelle. 2 CD Calliope CAL 9891. 2. DDD. Enregistré en la Chapelle de la Sainte Famille d’Amiens, en 2001. Notices bilingues (français-anglais) excellentes (Jean Gallois). Durée : 71’01’’- 57’57’’.

 

Bien souvent tel compositeur est considéré par le commun des mortels comme l’homme d’une seule œuvre : Vivaldi, Les Quatre Saisons ; Bach, « la » Toccata et Fugue (devinez laquelle !) ; Beethoven, la Symphonie n°5 ; Brahms, la Danse hongroise n°5 ; Wagner, la Chevauchée des Walkyries ; Chabrier, España ; Debussy, le Prélude à l’après-midi d’un Faune ; Ravel, le Boléro ; Dukas, L’Apprenti Sorcier ; Honegger, Pacific 231 etc… etc… Et  ? Eh bien, la Symphonie Cévenole, voyons !… Comme si tout compositeur ne désirait être reconnu et apprécié que pour une seule de ses pages !… D’Indy, lui, a rédigé quelque 105 partitions englobant tous les genres, parmi lesquelles le mélomane curieux pourrait aisément en citer une dizaine en plus de la Cévenole (comme un témoigne un récent CD Timpani) ; par ailleurs on attend toujours un enregistrement intégral de Fervaal, action musicale en 3 actes et 1 prologue de 1895 (bonjour, Timpani !)…

Le , quant à lui, s’est lancé dans le domaine plus intime de la musique de chambre, et du coup, nous offre une intégrale des trois Quatuors à cordes, qui, en tant que telle, est assurément une première mondiale ; pour faire bonne mesure, il nous gratifie également du Sextuor à cordes composé par le maître au crépuscule de sa vie. De cette formation franco-polonaise qui a reçu l’enseignement inestimable des Quatuors Amadeus, Lasalle et Julliard, nous avons déjà commenté les interprétations suprêmes des Quatuors de Franck et de Samazeuilh, et l’audition de ces œuvres de nous confirme que la France – et le monde musical en général – détient là une des formations les plus parfaites en ce domaine : cohérence d’ensemble, précision rythmique, netteté du trait, générosité mélodique et chaleur de l’interprétation, tout y est et de manière péremptoire. Si l’architecture des deux premiers Quatuors et leurs méandres mélodiques ne sont pas si aisés à saisir à la première audition, le est le meilleur guide pour une immersion et une approbation totales par la suite, et ce qui transparaît à l’évidence dans ces imposants chefs-d’œuvre de la forme la plus noble et pure de la musique de chambre, c’est la tendresse d’un être réputé bien à tort austère et sévère ; il est vraiment temps de rectifier notre appréciation de ce grand compositeur : l’éducation fait peut-être l’homme, mais pas nécessairement l’œuvre.

1920 est une date charnière dans la vie de Vincent d’Indy : celle de son mariage avec son élève Caroline Janson, suivi de sa résidence à Agay sur la Côte d’Azur varoise. Comme l’écrit Jean Gallois dans le texte remarquable accompagnant le CD, « … jamais d’Indy ne se montra aussi créatif : s’il avait signé 75 partitions en 50 ans (1870-1920), il en écrivit 30 en 12 ans (1920-31). Et toutes marquées par la liberté, la jeunesse et la joie. » Le Quatuor à cordes n°1 en ré majeur dédié à Eugène Ysaÿe et au Quatuor Ysaÿe, et le Quatuor à cordes n°2 en mi majeur dédié à Guy Ropartz furent composés respectivement en 1891 et 1897, tandis que le Quatuor à cordes n°3 en ré bémol majeur dédié au Quatuor Calvet, et le Sextuor à cordes en si bémol majeur dédié à Pierre de Bréville en 1929 et 1928, c’est-à-dire en pleine « période d’Agay » (1920-31). Dans ces deux dernières œuvres, le compositeur presque octogénaire, plus jeune que jamais, fait éclater son bonheur et sa joie de vivre en une construction d’une simplicité épurée et d’une maîtrise absolue. Plus encore que dans les deux premiers Quatuors, c’est une véritable tendresse qui y transparaît. Dans la plaquette de l’album, le Quatuor Joachim tient ces propos : « L’humour du Sextuor teinté de nostalgie, la subtilité intime du Quatuor n°3, œuvres juvéniles d’un octogénaire toujours curieux et inventif, complétèrent bientôt notre première impression en la transformant en un profond bonheur. Puissions-nous avoir rendu justice à cette musique et à son infinie tendresse… » Ils y ont parfaitement réussi, et cela avec une maîtrise digne des œuvres qu’ils ont si brillamment défendues et honorées.

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Vincent d’Indy (1851-1931) : Quatuor à cordes n°1 en ré majeur ; Quatuor à cordes n°2 en mi majeur ; Quatuor à cordes n°3 en ré bémol majeur ; Sextuor à cordes en si bémol majeur. Quatuor Joachim : Zbigniew Kornowicz, 1er violon ; Joanna Rezler, 2nd violon ; Marie-Claire Méreaux, alto ; Laurent Rannou, violoncelle. François Méreaux, 2nd alto ; Michel Poulet, 2nd violoncelle. 2 CD Calliope CAL 9891. 2. DDD. Enregistré en la Chapelle de la Sainte Famille d’Amiens, en 2001. Notices bilingues (français-anglais) excellentes (Jean Gallois). Durée : 71’01’’- 57’57’’.

 
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