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Walter Weller, le futur de l’ONB

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 22-IX-2006. Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77  ; Antonin Dvoràk (1841-1904) : Symphonie n°7 en ré mineur op. 70 ; Julia Fischer : violon ; Orchestre National de Belgique, direction : Walter Weller.

Arrivé à la tête de l’ âgé de seulement vingt-trois ans, Mikko Franck entame déjà la dernière saison de son mandat de cinq années. Ce vendredi, l’orchestre accueillait une nouvelle fois son futur directeur musical : Walter Weller destiné à prendre la tête de la formation à dater de 2007. A l’opposé du jeune chef, dont le travail n’aura guère été synonyme de constance (Franck ayant offert autant de grands moments musicaux que de concerts trahissant un cruel manque d’investissement), , né en 1939, est un artiste qui connait son métier sur le bout des doigts. Premier violon solo de la Philharmonie de Vienne en début de carrière, Weller fait ses débuts de chef d’orchestre à la tête de la même formation dès 1966. A l’aise avec les plus prestigieux orchestres, il possède également une expérience lyrique l’ayant conduits dans les plus grandes institutions, faisant de lui le chef idéal pour l’O. N. B. Ce concert nous a effectivement confirmé que avait des idées à partager tandis que la phalange belge était toute disposée à les recevoir.

Don Juan, premier poème symphonique de , est une œuvre idéale pour ouvrir un concert. En effet, cette pièce d’un Strauss de seulement vingt-quatre ans développe déjà ces phrasés dont la plasticité et la grandeur peuvent fasciner tout auditeur en l’espace de quelques mesures. Si Weller encombre les premières pages de la partition de quelques ritenuto artificiels, la sauce prend rapidement, et c’est un Strauss réellement lyrique que le chef nous offre à écouter, sublimant les masses tout en conservant la parfaite maîtrise d’une partition rythmiquement complexe, que Weller dirige sans même s’accorder l’assistance de la partition. L’orchestre affiche d’excellentes cordes ainsi que des cornistes qui assurent en tutti une sonorité d’une excellente homogénéité. Les clarinettes sont moins enthousiasmantes, dont la sonorité crispée abime malheureusement le travail de l’ensemble du pupitre des bois.

, jeune violoniste dont la carrière s’envole littéralement, (elle joue régulièrement avec les formations américaines les plus distinguées) interprète ensuite le Concerto pour violon de Brahms. Il ne s’agit pas de se laisser abuser par la grâce naturelle de l’artiste car dès sa première entrée, Julia Fisher se métamorphose, son violon devenant à la fois incarnation de violence et de passion. La lisibilité du jeu en doubles cordes est une grande qualité du travail de l’artiste, tout comme la clarté et l’intelligence qui se dégagent de ses cadences. S’il est évident qu’il reste encore des détails perfectibles, notamment pour conserver la justesse dans les parties les plus virtuoses, il est indéniable que Fischer est une artiste à suivre. Les deux premiers mouvements du concerto traduisent déjà une grande maturité, tandis que l’allegro final ne demande que la sagesse des années pour pouvoir se libérer et devenir « naturellement » giocoso. Soutenue tout au long de sa prestation par un orchestre attentif, Julia Fisher ne boude pas un public dissipé, offrant même à l’auditoire le Deuxième Caprice en si mineur de Paganini en bis.

En deuxième partie de concert, défend la Symphonie n°7 de Dvorak. La musique de Dvorak est faite de ces couleurs si particulières, promptes à dessiner d’envoutants tableaux. Pour matérialiser ces images, faut-il encore que tout l’orchestre avance dans la même direction. Malheureusement, confirmant les faiblesses perçues en début de concert, les bois ne parviennent pas à s’abandonner totalement. Là où l’on attend rondeur et générosité, on perçoit un trait soigné mais dénué de poésie. Reste que Weller est un grand chef, et celui-ci parvient à dresser un premier mouvement implacable, d’une grande sévérité, avant de distiller la légèreté et l’espièglerie caractéristique des danses slaves dans un troisième mouvement où s’illustre un lumineux pupitre de cordes.

Cette soirée, enthousiasmante par la perception sensible du riche potentiel de la collaboration entre Weller et l’O. N. B. a été, à juste titre, chaleureusement applaudie.

Crédits photographiques : © D. R

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 22-IX-2006. Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77  ; Antonin Dvoràk (1841-1904) : Symphonie n°7 en ré mineur op. 70 ; Julia Fischer : violon ; Orchestre National de Belgique, direction : Walter Weller.

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