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Les Alpes dans toute leur splendeur par Antoni Wit

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Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie, op. 64. Staatskapelle Weimar, direction : Antoni Wit. 1CD Naxos 8. 557811. Enregistré à la Weimarhalle de Weimar le 4-6/07/2005. Bonne notice en langue anglaise et allemande uniquement. Durée totale : 54’14’’.

 

Un hommage à la magnificence des Alpes, à la grandeur et à la puissance de la Nature dans tout ce qu’elle a de plus beau et de plus extrême, telle est l’ambition de Strauss dans son dernier grand poème symphonique, Eine Alpensinfonie, un des derniers chef-d’œuvres du romantisme tardif du début du siècle dernier, et un monument orchestral qui requiert un effectif instrumental énorme, proportionnel au gigantisme de la chaîne alpine toute entière…! Composée entre 1914 et 1915, c’est la remémoration d’une expédition montagnarde effectuée dans la jeunesse de Strauss qui lui servit de principale inspiration, mais le compositeur a aussi été influencé par la philosophie nietzschéenne de l’Antechrist, l’idée selon laquelle l’humain peut s’affranchir de sa condition individuelle et se libérer à travers la Nature.

Divisée en 22 sections mais jouée d’un seul trait, la symphonie (qui est en réalité davantage un poème symphonique, ou une symphonie à programme) illustre l’excursion héroïque d’un randonneur jusqu’au sommet d’un glacier alpin. Des sonorités ténébreuses et « minérales » du début (magnifique clin d’œil à Schopenhauer et au prélude de l’Or du Rhin de Wagner…) jaillit un thème puissant et éclatant qui marque le lever du jour et le commencement de l’expédition. Le randonneur passe par différents paysages (bois, prairies, cascade, chemins escarpés, etc. ) et états d’âme auxquels sont associés divers motifs et couleurs orchestrales, avant d’atteindre les hauteurs de sa destinée, d’où il contemple sereinement tout le sublime qui se dégage de l’immensité montagnarde. L’arrivée de brumes, de nuages sombres puis d’un orage violent, précipite le retour forcé du promeneur dans la vallée du contrebas. L’orage éloigné, le soleil réapparaît dans ses couleurs du soir, invitant le crépuscule et le retour inévitable de la nuit. Ainsi la musique de Strauss se fait-elle cyclique, finissant comme elle l’avait commencée, mais en ayant généré des climats intermédiaires d’une très grande richesse orchestrale, des leitmotivs subtilement déclinés, des couleurs et des textures tout à fait fascinantes.

On a souvent critiqué Strauss d’avoir composé une « peinture musicale » fortement descriptive et suggestive, avec des références nettes et explicites à certains aspects de la nature (cascade, troupeau de vaches, orage, etc. ). C’est là une lecture très superficielle d’une des œuvres les plus géniales et les plus profondes du compositeur allemand. Strauss n’est pas un impressionniste, mais il est un des derniers représentants de la tradition du romantisme germanique, et les sous-titres qu’il donne aux différentes étapes de l’ascension ne sont là que pour donner à l’auditeur des repères qui permettent une immersion plus facile dans la musique, une musique où l’imagination est tout à fait libre de s’évader à sa guise, une musique qui, par essence, n’est en rien descriptive ou représentative, qui n’exprime rien du monde, des images et des phénomènes ; si description il y avait, le paysage ou l’évènement serait clairement reconnaissable, or la musique de Strauss convient à une infinité de paysages différents. Mais Strauss ne cherche pas du tout à peindre ; ce qui l’intéresse, c’est l’impact émotionnel et psychologique de l’expédition sur le randonneur (et par conséquent l’auditeur) ; les émotions purement musicales couplées aux impressions visuelles (imaginaires ou réelles qui naissent de la musique) sont une tentative pour remettre l’homme en contact plus immanent (mystique ?) avec tout le sublime, toute la puissance que constitue l’esprit de la Nature.

nous offre une version très réussie de la Symphonie à la tête d’un orchestre tout à fait dans son élément. On le sent dès les premières notes, avec le tempo si adéquat choisi par le chef dans ce début si mystérieux, et combien est bouleversante cette progressive montée en puissance orchestre jusqu’à l’apparition du soleil… A tous moments on ressent cette puissance symphonique voulue par Strauss, cette insistance sur l’émotion, qui donne à l’auditeur le sentiment qu’il effectue lui-même l’épique aventure. La Staatskapelle de Weimar jouit d’une longue et riche histoire, sa création remonte en effet à 1491, un orchestre pour lequel ont travaillé Bach, Liszt, et plus remarquablement encore lui-même… Ce n’est autre que cet orchestre qui donna les premières des poèmes symphoniques du jeune compositeur Don Juan et Mort et Transfiguration. , qui est à l’heure actuelle un des chefs polonais les plus hautement considérés, vient dont enrichir et prolonger cette formidable tradition de l’orchestre germanique en enregistrant pour Naxos une grandiose Symphonie Alpestre.

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Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie, op. 64. Staatskapelle Weimar, direction : Antoni Wit. 1CD Naxos 8. 557811. Enregistré à la Weimarhalle de Weimar le 4-6/07/2005. Bonne notice en langue anglaise et allemande uniquement. Durée totale : 54’14’’.

 
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