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Bruges, Concertgebouw. 03-X-2006. Sofia Gubaidulina (née en 1931) : Concordanza. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n°1 en mi bémol majeur op. 107. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36. Quirine Viersens, violoncelle. SymfonieOrkest Vlaanderen, direction : Etienne Siebens.

Initiative peu habituelle, le chef prend la parole avant le concert pour exprimer d’abord la satisfaction de l’orchestre à voir des salles toujours bien remplies, et un public qui le soutient avec enthousiasme. Il explique ensuite les enjeux du concert, les liens qu’on peut tracer entre les compositeurs, et donne une brève description des œuvres. Visiblement à l’aise dans cet exercice, Siebens utilise un langage clair et concis, et communique bien la joie qu’il ressent à diriger ces œuvres. Au vu de l’effet que produit cette petite allocution, on ne peut qu’encourager le SOV à poursuivre dans cette voie, qui permet de diminuer la distance qui existe durant un concert entre les musiciens et le public.

Première œuvre au programme, Concordanza est une œuvre sévère et complexe, qui date de 1971. y oppose un orchestre de cordes et percussions à cinq instruments à vent solistes : flûte, hautbois, clarinette, basson et cor. La musique est assez froide et difficile d’accès, mais elle procure des sensations intenses grâce à des interventions de solistes (vents et cordes) très élaborées, et la confrontation incessante entre harmonie (la Concordanza !) et dissonances est fascinante.

Le Concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch nous permet ensuite de découvrir Quirine Viersens, jeune violoncelliste originaire des Pays-Bas, déjà réputée dans son pays et en Allemagne, mais qu’on ne connaît pas encore beaucoup dans le monde francophone. Sa prestation mêle le chaud et le froid, avec un premier mouvement assez distant, manquant d’âpreté, dont elle ne parvient pas à transmettre la pulsation et la force motrice. Fine musicienne, elle rétablit la situation dans la suite, et offre un Moderato très poignant, traduisant ses déchirures et son désespoir avec une justesse et une maturité saisissantes. Elle enchaîne ensuite par une Cadenza pugnace et contrastée, avant un final, urgent, rythmé et flamboyant. La sonorité de la violoncelliste peut paraître frêle, mais ses déficiences en ampleur sont compensées par sa musicalité, sa finesse et sa luminosité, qui rendent son interprétation de ce concerto très convaincante malgré les réserves. L’orchestre est mené d’une poigne de fer par son chef, qui ne lui autorise aucun relâchement et aucune affèterie. Sa direction tranche dans le vif, l’ironie est glaçante, le climat sévère et lourd de menaces.

Après deux œuvres ardues, le concert se termine avec une œuvre bien plus connue et populaire, et on pouvait penser que le public se trouverait en terrain de connaissance. Cependant, , fidèle à ses habitudes, revisite les grands classiques en bousculant la tradition, et sa Symphonie n°4 de Tchaïkovski, jouée avec un minimum de vibrato, cause un choc. A part la fanfare de cuivres initiale, pas trop en place d’ailleurs, on peut même dire que le premier mouvement, froid et sec, est presque méconnaissable. Petit à petit cependant, l’oreille s’habitue, reconstitue ses repères, et se fait à ces phrasés abrupts et coupants, à cette interprétation sans pathos ni complaisance morbide, à cette mise à nu de la partition, à ces équilibres nouveaux, et y trouve un plaisir certain. Le problème de cette interprétation vivifiante est que la confusion est parfois dans la clarté, et qu’on a, à certains endroits, du mal à percevoir la ligne principale tant il y a de choses à entendre. De plus, le tempo très vif met la cohésion de l’orchestre à rude épreuve, et on assiste parfois à des télescopages de thèmes. Rien à reprocher par contre au deuxième mouvement, qui, sans vibrato aux cordes, apparaît dans sa pureté originelle, et qui enchante par la limpidité de ses lignes et la fermeté du tempo. Tout en pizzicato, le Scherzo n’est pas trop concerné par l’absence de vibrato des cordes, il n’est donc pas aussi audacieux que les autres mouvements, mais est néanmoins vif et aéré, scintillant et drôle, et est un intermède tout à fait satisfaisant avant un final enflammé et spectaculaire, dans lequel l’orchestre suit avec un ensemble admirable le tempo effréné du chef.

Avant le concert, on pouvait penser que le titre Glasnost avait été choisi un peu pour faire couleur locale, et que le mot fait partie, depuis Mikhaïl Gorbatchev, des quelques mots russes, comme vodka ou spoutnik, qui sont entrés dans le vocabulaire universel. A l’écoute du concert, et surtout de la symphonie de Tchaïkovski, on se rend compte que ce titre n’a pas été choisi par hasard, et qu’il désigne à merveille les principes qui ont inspirés les musiciens : transparence, clarté et allègement. On en redemande.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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Bruges, Concertgebouw. 03-X-2006. Sofia Gubaidulina (née en 1931) : Concordanza. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle n°1 en mi bémol majeur op. 107. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36. Quirine Viersens, violoncelle. SymfonieOrkest Vlaanderen, direction : Etienne Siebens.

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