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Marin Marais, éloge de la Folie

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Marin Marais (1656-1728) : Les Folies d’Espagne. Accademia Strumentale Italiana : Alberto Rasi (viole de gambe), Patrizia Marisaldi (clavecin), Béatrice Pornon (théorbe). 1 CD Stradivarius « Echo series » 11004. Enregistré en février 1997 en Italie. DDD. Livret en italien et en français de 12 pages. Durée : 58’24’’.

 

Depuis le film d’Alain Corneau avec Gérard Depardieu, Tous les matins du monde, sorti en 1990, on connaît désormais le nom de , ce compositeur et gambiste de l’époque de Louis XIV, éminent représentant du style baroque français. Du côté instrumental, la fin du XVIIe siècle voit progressivement la famille du violon supplanter celle de sa cousine la viole de gambe (six cordes, frettes et sonorité moins éclatante). Dans un premier temps, en France, les joueurs de violon sont considérés comme des bateleurs juste bons à faire danser la populace tandis que les violistes sont, quant à eux, de véritables musiciens et les destinataires d’une musique plus « évoluée ». Mais l’arrivée de Lully à la Cour renverse la tendance et les violistes doivent alors résister pour cœxister avec l’envahisseur et survivre. C’est ainsi que – très apprécié de Louis XIV – joue de la viole au sein de l’orchestre de l’Opéra, qui comprend donc forcément des violons, dirigé par Lully.

Les Folies d’Espagne sont des variations instrumentales écrites sur la base d’une célèbre danse connue sous le nom de la Folia. Le procédé est le suivant : à chaque nouvel exposé, il est demandé de plus en plus de virtuosité à l’interprète pour finir dans une folie musicale totale. Marais publie ses propres variations sur ce thème en 1701 au sein de son opus 2, vaste recueil de près de cent cinquante pièces. L’année précédente, c’était Corelli qui en avait fait de même pour le violon. Et jusqu’à preuve du contraire, on peut sans doute croire le Français lorsqu’il affirme dans la préface qu’il avait écrit ses pièces depuis longtemps. L’antériorité de la composition n’est donc pas à attribuer forcément à l’Italien. Quoi qu’il en soit, ce qui est demandé à la viole vaut largement ce qui l’était au violon !

Ce disque nous propose ces fameux Couplets de folies mais également treize autres pièces dont certaines sont jouées en solo par le clavecin ou le théorbe. C’est bien joué, la sonorité des instruments est agréable, la prise de son est très correcte mais on sent bien que les interprètes font tout ce qu’ils peuvent pour éviter à l’auditeur une certaine monotonie (au sens propre du terme) qui se dégage forcément d’un tel programme, ceci posé sans que cela n’enlève quoi que ce soit à leur mérite. Même les Couplets ont parfois du mal à décoller et on y cherche la folie en vain ! On peut dire que c’est un disque de saison : à écouter un dimanche soir d’une journée pluvieuse d’automne, dans un bon fauteuil, en sirotant une tisane, les enfants couchés et le chien dormant paisiblement devant la cheminée qui crépite. Ce n’est pas un beau programme pour écouter Les Voix humaines, ça ?

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Marin Marais (1656-1728) : Les Folies d’Espagne. Accademia Strumentale Italiana : Alberto Rasi (viole de gambe), Patrizia Marisaldi (clavecin), Béatrice Pornon (théorbe). 1 CD Stradivarius « Echo series » 11004. Enregistré en février 1997 en Italie. DDD. Livret en italien et en français de 12 pages. Durée : 58’24’’.

 
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