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Ennio Morricone, le Verdi du 7e art …

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Ennio Morricone a fait rêver plusieurs générations de cinéphiles et est considéré aujourd’hui comme l’une des plus grandes figures musicales du vingtième siècle. Ses thèmes pour Mission, Il était une fois dans l’Ouest et Le Professionnel sont connus de tous : peu de compositeurs de films peuvent s’enorgueillir d’être aussi célèbre dans le monde

VIIe Festival International de Musique de Film d’Auxerre

a fait rêver plusieurs générations de cinéphiles et est considéré aujourd’hui comme l’une des plus grandes figures musicales du vingtième siècle. Ses thèmes pour Mission, Il était une fois dans l’Ouest et Le Professionnel sont connus de tous : peu de compositeurs de films peuvent s’enorgueillir d’être aussi célèbre dans le monde. Morricone a travaillé avec les plus grands metteurs en scène, exploré tous les genres, accompagnant avec une exigence d’écriture peu commune les plus belles séquences de l’histoire du Septième Art, sur plus de 500 films. Morricone, c’est la magie des films de Sergio Léone, l’harmonica de Charles Bronson, le hautbois mélancolique de Jeremy Irons dans Mission, les larmes de Jacques Perrin dans Cinéma Paradiso

La septième édition du Festival d’Auxerre, grand messe des béophiles, a mis à l’honneur cette année le Maestro en proposant deux conférences au Théâtre et un concert exceptionnel d’ à Auxerrexpo. Une façon de (re)découvrir un maître de la musique de film sous trois angles différents : celui du compositeur, celui du réalisateur et celui de l’auditeur.

La leçon de cinéma d’Ennio Morricone

La première conférence (vendredi à 17h) a pris la forme d’un dialogue inattendu entre Ennio Morricone et Stéphane Lerouge, programmateur musical du Festival. Un jeu de questions-réponses qui aurait pu être passionnant si la traductrice – une autochtone qui a fait ce qu’elle a pu – avait pu traduire plus fidèlement les propos du compositeur. Malgré ces quelques ratés, la conférence a permis de mettre en lumière une partie du travail d’Ennio Morricone, compromis subtil entre l’expérimentation la plus folle et la mélodie qui émeut. Stéphane Lerouge a ainsi surpris tout le monde en choisissant de projeter un extrait du film de Francis Girod, Le Trio Infernal : une séquence étonnante au cours de laquelle la musique ironique de Morricone a permis de rendre joyeuse un événement particulièrement macabre. Une façon de montrer, comme le soulignera ensuite un spectateur qui s’interroge sur le poids des étiquettes, qu’Ennio Morricone est loin de n’avoir écrit que pour des westerns « spaghettis ». Le réalisateur Francis Girod s’exprime ainsi par enregistrement interposé : « J’aime votre musique, j’aime aussi beaucoup l’être humain ». Et de rajouter avec humour que le Maestro, collectionneur de clefs d’hôtel ne pourrait plus assouvir sa passion à Auxerre : « Maintenant, on utilise des cartes magnétiques ! ».

La conférence a permis également de pénétrer dans le laboratoire de Morricone et de dévoiler quelques-uns de ses secrets de fabrication. Nombreux sont les spectateurs qui ont été surpris lorsque Morricone a expliqué comment est née la sublime mélodie du « Gabriel’s Obœ » de Mission (Roland Joffé) : « Cet instrument, c’était un objet imposé. Le metteur en scène avait demandé à l’acteur de jouer du hautbois. La ligne mélodique s’est trouvée conditionnée par les mouvements de doigts de l’acteur, qui ne savait pas jouer ! ».

Pourtant, la conférence n’a fait qu’esquisser le parcours et le travail technique du maestro. Beaucoup sont sortis frustrés par une leçon de musique qui sur le papier s’annonçait exceptionnelle…

Comment collabore-t-on avec Ennio Morricone ?

Le lendemain à 11 heures, les réalisateurs Yves Boisset et Edouard Molinaro, qui ont collaboré avec le maître, , compositeur international dont Morricone a suscité la vocation, et l’incontournable Stéphane Lerouge, ont eu la lourde responsabilité de faire mieux. Pari réussi : les témoignages des deux réalisateurs (ainsi que celui de Francis Girod en différé) a permis de montrer de quelle façon Morricone travaille avec les réalisateurs. Ces derniers ont d’ailleurs gardé un souvenir impérissable de leur collaboration avec un homme qui a su apporter quelque chose de plus à leurs images : plusieurs exemples le démontrent. Tous s’accordent à saluer la marque que le compositeur a laissé dans l’histoire du septième art et du western : dans La Cage aux Folles, la séquence du saloon repose d’ailleurs sur cette mémoire collective. L’humour est accentué par la musique du Maestro, qui rappelle celle qu’il a écrite auparavant pour Sergio Léone ! Tous soulignent également à quel point l’instrumentation chez Morricone peut être insolite et novatrice. Elle est mise en valeur par une écriture souvent complexe, comme aime à la rappeler  : dans Peur Sur la Ville, la basse chromatique est tout sauf statique. Ce dernier le prouve en diffusant un enregistrement de l’arrangement qu’il a effectué pour le Trafic Quintet.

Ennio par Morricone

Après une conférence plus confidentielle de la FFACE, groupement européen qui a vocation à défendre le statut du compositeur de films dans les pays de l’UE, 3600 spectateurs ont eu la chance d’entendre le concert exceptionnel d’Ennio Morricone à Auxerrexpo. Un concert d’autant plus exceptionnel que le maestro se fait rare en France et que les deux concerts prévus à Paris en novembre ont été annulés. montera d’ailleurs sur scène pour lui remettre la médaille de commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres. Deux légendes sous la lumière des projecteurs : le public est servi !

Pendant plus de trois heures, Ennio Morricone, qui dirigeait les 180 musiciens de l’orchestre Roma Sinfonietta et du Chœur de l’Ecole Nationale de Musique d’Auxerre, a proposé un panorama édifiant de sa carrière cinématographique. La première partie est introduite par le thème du film français, Le Professionnel. La musique est alors plus introspective, et rappelle combien le maestro est passé maître dans l’art de la mélodie. La deuxième partie est consacrée aux films de Léone. La soprano Susanna Rigacci, qui succède à Edda Del’Orso, transcende littéralement le thème d’Il Etait Une Fois dans l’Ouest : habitée, son interprétation extatique et hallucinée est saluée par une salle surchauffée, qui, en plein concert, offre au Maestro et à sa divine interprète une standing ovation. Cette deuxième partie se poursuit avec la musique que Morricone a signée pour des films engagés et s’achève sur trois extraits du plus grand succès discographique du compositeur : Mission.

Si l’on peut regretter quelques choix de programmation hasardeux (pas de transition entre des morceaux de Mission de tonalités différentes) et une spatialisation de l’amplification scénique médiocre (un problème récurrent à Auxerre que les ingénieurs sons italiens ont pourtant pérennisé !), difficile de ne pas succomber à l’émotion incommensurable qu’il y a à entendre un concert de cette qualité sous la baguette d’Ennio Morricone. Le public conquis ne s’y est pas trompé en l’applaudissant très longuement à la fin du concert. Ennio Morricone, bon joueur, a eu la générosité de ne pas se faire prier et de proposer aux spectateurs trois rappels (parmi lesquels Sacco et Vanzetti).

Avec ce concert, le compositeur italien a montré que plus que jamais, la musique au cinéma est une musique vivante et de qualité. Le Festival est devenu un événement musical incontournable qu’il serait bien dommage de manquer. D’autant qu’on nous a chuchoté à l’oreille que pour la 8e édition du festival Stéphane Lerouge et ses amis nous auraient concocté une surprise de taille, encore plus impressionnante ! Motus : on ne dira rien de plus : rendez-vous l’année prochaine à Auxerre.

Programme du concert de Ennio Morricone

Quatre Adagios : Chi Mai (Le Professionnel), Thème de Deborah (Il était une fois en Amérique), Addio monti (I promesi sposi), Vatel

1900 (Novecento) : Romanzo, Quarto Stato

Cinéma Paradiso / Malena

Fogli sparsi : H2S, Le Clan des Siciliens, Disons un soir à dîner (Metti una sera a cena / Uno che grida amore), Come Maddalena

Modernité du mythe dans le cinéma de Sergio Leone : Le Bon, la Brute et le Truand (Thème principal), Il était une fois dans l’Ouest, Il était une fois la Révolution, Le Bon, la Brute et le Truand (L’Extase de l’Or)

Le Cinéma de l’engagement : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Sostiene Pereira, La classe ouvrière va au Paradis, Outrages, Abolissao (Queimada)

Mission : Gabriel’s Obœ (hautbois soliste : Carlo Romano), Falls, On Earth as it is in Heaven

On les a aperçus au Festival cette année :

Ennio Morricone, Mireille Matthieu, Claude Bolling, Bernard Montiel, Nelson Montfort, Richard Bohringer, Gregori Derangère, Claude Zidi, Yves Boisset, Edouard Molinaro, Mylène Delmongeot, Philippe Caroit, , Alexandre Desplat, Philippe Sarde, Francis Lai, Christian Gaubert, Etienne Perruchon, Bernard Farcy, Louise Monot, Philippe Muyl, Anne Richard, , Pascal Knœrr, Alexandre, Desplat , Francis Lai

Un grand merci aux organisateurs du festival et à toutes les personnalités qui ont accepté de répondre à nos questions.

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Ennio Morricone a fait rêver plusieurs générations de cinéphiles et est considéré aujourd’hui comme l’une des plus grandes figures musicales du vingtième siècle. Ses thèmes pour Mission, Il était une fois dans l’Ouest et Le Professionnel sont connus de tous : peu de compositeurs de films peuvent s’enorgueillir d’être aussi célèbre dans le monde

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