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La Cenerentola avec Joyce DiDonato : Le bonheur était si proche…

À emporter, CD, Opéra

Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola. Joyce DiDonato, Angelina ; José Manuel Zapata, Don Ramiro ; Paolo Bordogna, Dandini ; Bruno Pratico, Don Magnifico ; Patrizia Cigna, Clorinda ; Martina Borst, Tisbe ; Luca Pisaroni, Alidoro. Prague Chamber Choir, SWR Radio Orchestra Kaiserslautern, direction : Alberto Zedda. 2 CD Naxos 8. 660191-92. Enregistré le 13 novembre 2004 au festival de Bad-Wilbad. Notice en anglais et allemand, pas de livret. Durée 79’53 et 74’50.

 

Le festival de Bad-Wilbad, station thermale située en Forêt Noire, est « l’autre » festival Rossini. Bien loin des fastes et des distributions luxueuses de Pesaro, il propose chaque année avec courage les œuvres les plus oubliées du maître : Aureliano in Palmira, Eduardo e Cristina, Matilde di Shabran, Lequivoco stravagante, la version alternative pour Venise de Maometto secondo

Dérogeant à ses principes, le festival a proposé en 2004 un des opéras les plus célèbres de Rossini, La Cenerentola, et pour le présenter honorablement, à fait appel à des chanteurs plus célèbres qu’à son accoutumée. C’est ainsi que nous retrouvons avec bonheur dans le coffret CD, écho live de ces représentations, la meilleure titulaire actuelle du rôle-titre, . La meilleure titulaire actuelle ? Ou bien la meilleure titulaire tout court ? Car ce ne sera pas faire injure aux excellentes Cenerentola passées, de dire que nous semble posséder dans beaucoup de domaines le petit plus qui rend son interprétation proche de la perfection : plus souple, plus homogène, plus timbrée, plus féminine, plus coquette, plus mutine… Quant au timbre, à la sûreté des vocalises, au goût dans les ornementations, ils sont tout simplement sans reproche. Oui, vraiment, est LA Cenerentola.

En père indigne, on retrouve un autre chanteur de dimension internationale, en la personne de . Son Don Magnifico a fait le tour de toutes les grandes scènes mondiales. En pleine forme, il en fait, comme très souvent, des tonnes dans le registre comique, sans perdre un instant de vue la qualité de son chant, à l’instar de ses glorieux prédécesseurs, de Sesto Bruscantini à . On est ravi, on rit et on en redemande. Alidoro est interprété par le toujours excellent , qui se tire avec grande classe et toute l’autorité, la souplesse et l’étendue vocale requise de son air « Là del ciel ». Les autres noms de la distribution sont moins connus. Le prince Ramiro est chanté par le ténor . Il en possède le joli timbre clair, qui rappelle par moments, de façon assez étrange, celui de Juan Diego Florez, vocalise sans problème et nous gratifie de forts beaux aigus en voix mixte. Malheureusement, les aigus en force se nasalisent et deviennent strident. est un Dandini souple, vivant et enlevé, malheureusement doté d’un timbre assez commun, et même plutôt dur, affligé de surcroît d’un vibratello un peu désagréable. On est toujours étonné de ce qu’ parvient à obtenir de n’importe quel orchestre, fût-il le plus modeste, comme ici le SWR Radio Orchestra Kaiserslauten. L’introduction manque de punch, de verve, et ce défaut de nervosité plombe le début du premier acte. Mais petit à petit, sous la main de fer de son chef, l’orchestre trouve ses marques, et récupère allant et vivacité.

Petite curiosité, et coquetterie de la part du festival de Bad-Wilbad pour mériter son estampille rossinienne : l’acte II s’ouvre sur un chœur de , collaborateur de Rossini pour la création en 1817. Il composa ce chœur, un air pour Alidoro « vasto teatro è il mondo » remplacé en 1820 par un autre de la main de Rossini, « Là il ciel » et l’air de la méchante sœur Clorinda « Sventurata ! mi credea », omis dans le présent enregistrement (on peut l’entendre dans le coffret live de Pesaro).

Cette Cenerentola, fort bien interprétée, aurait pu rejoindre le peloton des enregistrements de référence. Hélas ! elle est disqualifiée par une prise de son vraiment peu soignée, faisant entendre un raccord vraiment sale dans le récitatif précédent le duo Angelina/Ramiro, le changement de CD étant quant à lui parfaitement indigne, mal placé entre l’ensemble « Zitto, zitto » et le chœur suivant qui sont censés parfaitement s’enchaîner, et faisant même disparaître quelques notes au passage ! On se consolera par le prix très doux du coffret.

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