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Le violon de Diego Tosi, un gala à la Beckett ?

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Paris. L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 23-X-2006. Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate posthume ; Kaddisch ; Sonate ; Pièce en forme de habanera ; Tzigane. Luciano Berio (1925-2003) : Sequenza VIII pour violon seul. Pablo de Sarasate (1844-1908) : Danses espagnoles (extraits). Diego Tosi, violon. Nathalie Juchors, piano.

La grande salle de l’Athénée est si prestigieuse, tellement pittoresque, le récital d’un brillant jeune violoniste ne peut qu’y prendre une tournure théâtrale. C’est en effet dans le décor de Giulio Lichtner, pour Fin de partie de Beckett, que le violoniste , accompagné par au piano, donnait un concert (suivi d’une dédicace) pour le lancement de son disque, Le violon de Ravel (lire l’article de Jean-Christophe Le Toquin).

Comme dans la pièce de Beckett, l’envie de drame peut pousser jusqu’à troubler le cours normal du propos, en solliciter l’excitation plus que de raison. Dans Kaddisch notamment, courait après une sensualité débordante, à faire pâlir une partition qui n’en peut sûrement pas tant. Comme dans la pièce de Beckett, quand Hamm demande : « Qu’est-ce qui se passe ? », Clov lui répond : « Quelque chose qui suit son cours. » Et un peu plus tard, Hamm de lui rendre la pareille, quand Clov s’inquiète : « Qu’est-ce que tu as aujourd’hui ? », en lui répliquant : « Je suis mon cours. » Ainsi, la gestuelle de semblait guetter un drame là où, du coup, la musique évoluait manifestement plus simple. De même, les attitudes du violoniste dans la Sonate de Ravel pouvaient souligner, en négatif, le caractère approximatif des caractères de la partition. Alors que, dans le troisième mouvement, à servir un contrepoint plus ludique avec une sorte de contre-humour, à peine sérieux, la fin de la première partie était tout à fait charmante, sans être vraiment joueuse.

Dans la deuxième partie, allant de Berio à Sarasate, au lieu de virtuosité grimaçante, un grand écart impeccable. Dans la Sequenza, Diego Tosi suivait le cours de la partition, chacune de ses aspérités, sans avoir à négocier avec la facture réputée aride de la structure. Et les passages plus directement concertants, de ne pas être excessivement radicalisés. Immédiatement après, la Habanera de Maurice Ravel et les Danses espagnoles de Pablo de Sarasate pouvaient sonner comme autant d’airs de concert, flatteurs et chaleureux, peut-être un peu cabots, mais à volonté. Dans Tzigane, à nouveau, pouvait-on soupçonner des mimiques encore plus excessives que le grain qu’elles voudraient racer toujours plus.

Crédit photographique : © Eric Manas

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Paris. L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 23-X-2006. Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate posthume ; Kaddisch ; Sonate ; Pièce en forme de habanera ; Tzigane. Luciano Berio (1925-2003) : Sequenza VIII pour violon seul. Pablo de Sarasate (1844-1908) : Danses espagnoles (extraits). Diego Tosi, violon. Nathalie Juchors, piano.

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