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Namur, Théâtre Royal. 30-X-2005. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en si bémol majeur KV333 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en ré majeur « L’alouette » op. 64 n°5 ; Robert Schumann (1810-1856) : Variations sur le nom « Abegg » op. 1 ; Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 44. Edna Stern, piano ; Quatuor Ebène : Pierre Colombet, 1er violon ; Gabriel Le Magadure, 2nd violon ; Mathieu Herzog, alto ; Raphaël Merlin, violoncelle.

et le Quatuor Ebène

Le lundi n’est pas un jour très habituel pour un concert, ce qui explique peut-être que le public ait quelque peu boudé ce concert d’ouverture de la Philharmonique, alors que pourtant, les salles sont généralement bien remplies à Namur. Le programme était accessible, et l’affiche fort belle, avec de brillants représentants de la jeune génération musicale. La musique de chambre n’attire pas les foules malheureusement…

Au piano, livre une sonate de Mozart au premier mouvement assez maniéré, manquant de rythme et de tonicité, et au tempo bien lent. L’Andante cantabile résiste mieux à cette lenteur et à ces phrasés un peu lâches, la pianiste y installe même un climat de rêverie intéressant, malgré quelques effets trop appuyés. Finalement, l’Allegretto va nous réconcilier avec cette interprétation : le tempo est un poil trop retenu, mais le jeu de la pianiste est théâtral et espiègle, plus simple, et bien rythmé.

C’est ensuite au tour du Quatuor Ebène de se présenter face au public, avec le Quatuor « L’alouette » de Haydn. Le Quatuor Ebène en donne une version vigoureuse et radicale, aux contrastes très affirmés et au dramatisme intense et parfois même douloureux. C’est une interprétation au climat ouvertement Sturm und Drang assez inattendue mais très prenante. Elle aurait cependant été plus convaincante si les musiciens avaient été techniquement plus à l’aise. L’oreille relève d’assez fréquents problèmes d’intonation, les sonorités manquent d’ampleur, et le premier violon maîtrise imparfaitement les longs ornements de l’Adagio (il se rattrapera toutefois dans un Finale Vivace très véloce).

La seconde partie est dévolue à Schumann, qui semble mieux convenir à l’humeur des interprètes ce soir. Après des Variations Abegg souples, chantantes et pleines de charme au piano, les musiciens se réunissent enfin pour ce qui restera certainement le grand moment de ce concert, le Quintette pour piano et cordes de Schumann. Ils abordent cette grande œuvre crânement, avec toute la fougue et la passion de la jeunesse, et donnent parfaitement au premier mouvement le ton triomphal, l’urgence et la vigueur qu’il réclame. Avec la Marche funèbre faisant office de deuxième mouvement, on entre véritablement au cœur du drame : toute la détresse du compositeur, toutes les meurtrissures et les tensions y sont exacerbées par des musiciens qui mettent tout leur cœur dans leur interprétation et semblent jouer leur vie, notamment l’altiste, dont les phrasés puissants et douloureux sont particulièrement éloquents. L’auditoire en reste le souffle coupé : presque pas un bruit lors de la coupure avec un Scherzo assez terrestre, aux sonorités un peu rauques, mais à l’énergie indéniable. Quant au mouvement final, il est tout simplement parfait : passionné, viril, corsé, et tout à fait lisible ! Beau triomphe pour les musiciens, qui ont eu droit à un public connaisseur, silencieux et passionné.

C’était prévisible, l’anniversaire Schumann n’a pas fait le poids, médiatiquement et au nombre de concerts face à la déferlante Mozart, mais des concerts comme celui de ce soir, puissant et inspiré, lui ont quand même heureusement pleinement rendu justice.

Crédit photographique : © Julien Mignot

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Namur, Théâtre Royal. 30-X-2005. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en si bémol majeur KV333 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en ré majeur « L’alouette » op. 64 n°5 ; Robert Schumann (1810-1856) : Variations sur le nom « Abegg » op. 1 ; Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 44. Edna Stern, piano ; Quatuor Ebène : Pierre Colombet, 1er violon ; Gabriel Le Magadure, 2nd violon ; Mathieu Herzog, alto ; Raphaël Merlin, violoncelle.

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