Mitridate par Norrington, de l’ennui, certes, mais avec du style

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Mitridate, Rè di Ponto KV87. Bruce Ford, Mitridate ; Cyndia Sieden, Aspasia ; Christiane Oelze, Sifare ; Vesselina Kassarova, Farnace ; Heidi Grant Murphy, Ismene ; Toby Spence, Marzio ; Larissa Rudakova, Arbate. Camerata Salzburg, direction : Sir Roger Norrington. 2 CD Orfeo C 703 0621. Enregistré en public le 1er février 1997 au Kleines Festspielhaus de Salzbourg. Notice de présentation en allemand et anglais. Durée : 152’02

 

Cinquième opéra de Mozart, Mitridate, Ré di Ponto ne connut sa première exécution moderne qu’à Salzbourg en 1970. Entre la date de la création triomphale de l’œuvre en 1770 et cette représentation salzbourgeoise, l’œuvre traversa un véritable trou noir. C’est justement de la ville natale de Mozart que nous arrive ce coffret édité dans la prestigieuse collection « Festspieldokumente », qui est censée reprendre le meilleur des archives du plus prestigieux festival mondial.

Éditer une version de Mitridate semble évident tant cet opéra séria est apprécié des festivaliers. Au regard du succès de la recréation de la pièce, en concert, sous la baguette de Leopold Hager en janvier 1970, le festival s’empressa d’en produire une version scénique l’été suivant au Manège des Rochers dans une mise en scène de Peter Heyduck. Une nouvelle version de concert fut ensuite montée dans le cadre de la Semaine Mozart (évènement important se déroulant chaque janvier) en 1977. En 1997, la Semaine Mozart et le Festival collaborèrent pour produire un nouveau spectacle dans une mise en scène du rarement inspiré Jonathan Miller. Puis en 1995, la direction du festival commanda une nouvelle production à Günter Kramer avec Marc Minkowski au pupitre de ses Musiciens du Louvre-Grenoble. Ce spectacle, repris dans le cadre du projet Mozart 22, sera bientôt disponible en DVD.

C’est de la série de représentation de 1997 qu’est tiré le présent coffret. Force est de constater qu’en dépit du grand prestige de l’affiche, l’auditeur s’ennuie assez fermement. Premier fauteur de trouble : . Sa direction est convenable mais beaucoup trop amorphe et avare de tension pour transcender la partition. Dès les premières minutes de l’ouverture, on comprend que ce ne sera pas la pyrotechnie instrumentale que l’on pouvait attendre. C’est d’autant plus dommage que comme d’habitude, la Camerata Salzbourg, livre une prestation exemplaire de professionnalisme.

La distribution amène elle aussi de nombreuses réserves. Certes, comme pour la direction de Norrington, il n’y a pas de contre emploi, ni de fautes de goût, mais on décèle la même carence dramatique. Grand connaisseur du rôle, Bruce Ford tient le personnage, mais au prix de quelques instabilités dans la conduite du chant. Les femmes ne soulèvent pas non plus l’enthousiasme : si elles ne sont pas gênées par les tessitures de leur rôles (Cyndia Sieden, , Larissa Rudakova), elles sont bien banales ou sans séduction vocale particulière (Christiane Œlze). Seul le tempérament de feu de la mezzo Vesselina Kassarova met de temps à autre le feu aux poudres, même si la chanteuse est un peu juste avec les graves d’Arbate.

Il faut également regretter une prise de son embuée et peu précise assez surprenante pour un spectacle de 1997. On restera donc fidèle aux versions dirigées par Christophe Rousset (Decca) et Leopold Hager (Philips) sans oublier le film de la production légendaire de Jean-Pierre Ponnelle et Nikolaus Harnoncourt (DGG).

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