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Jongen défendu brillamment par l’ensemble du même nom

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Joseph Jongen (1873-1953) : Trio pour piano, violon et violoncelle op. 10 ; Aquarelles pour violon et piano op. 59 ; Deux pièces en trio op. 95. Ensemble Joseph Jongen : Diane Andersen, piano ; Eliot Lawson, violon ; Mark Drobinsky, violoncelle. 1 CD Fuga Libera FUG518. DDD. Enregistré en avril et juin 2006 au Studio The Right Place, Bruxelles. Notices trilingues (français-anglais-allemand) excellentes (Michel Stockhem). Durée : 61’24’’.

 

Nous retrouvons avec le plus grand plaisir la pianiste , cette « Grande Dame du piano belge », ainsi que ses collègues de la formation portant avec dignité, inspiration et talent le nom du compositeur, à savoir l’Ensemble . Déjà pour le label Cyprès cet ensemble avait enregistré magnifiquement le Quatuor à clavier op. 23 et le Trio pour piano, violon et alto op. 30, et il était tout naturel, voire impérieux, que ces mêmes interprètes nous livrent des versions tout aussi exhaustives des autres pages pour trio avec piano du grand compositeur liégeois.

Qu’il nous soit permis de citer d’emblée le début du texte remarquable que Michel Stockhem, le producteur de ce CD, a rédigé à cette occasion. Il éclaire admirablement la position de Jongen dans le paysage musical de son époque : « Depuis 2003, lors du cinquantenaire de sa mort, a repris rang parmi les maîtres. Il ne s’agit pas, en écrivant cela, d’en faire l’égal des géants : sa personnalité faite de mesure et de distinction, son attachement à la perfection du geste artisanal, les tiraillements dus à une situation géographique particulière, entre deux blocs culturels puissants et souvent antagonistes, l’ont éloigné des coups d’éclat, des innovations hardies, des ruptures, de tout ce qui a assuré leur place aux plus grands créateurs de la première moitié du XXe siècle. Ce qui a changé, c’est notre regard : dans toute l’Europe, on réévalue aujourd’hui les maîtres du calibre de Jongen. Cette réévaluation, qui sait en général se départir des travers de la restauration ou de la réaction, ne diminue ni les mérites, ni le génie de Debussy, Schœnberg, Bartók ou Stravinsky ; elle enrichit au contraire notre vision globale… »

Le Trio pour piano, violon et violoncelle op. 10 (1896/97) ne nous est pas inconnu, puisque l’Ensemble Erard chez Phaedra nous l’avait déjà proposé avec son compagnon de l’op. 30, et l’intérêt de ces versions était de nous faire découvrir un superbe Grand Piano Érard de 1877, magnifiquement restauré par Frits Janmaat d’Amsterdam : du coup les œuvres séduisaient par la transparence des textures et l’expression diaphane des lignes mélodiques. C’était une option. Celle de d’utiliser un piano actuel l’incite à donner plus de poids à cette composition d’envergure qui, tout en étant encore ce qu’on appelle une « œuvre de jeunesse » (dédiée « À mon père / Hommage d’affectueuse reconnaissance »), n’en contient pas moins des éléments dramatiques évidents, mettant en évidence la capacité du musicien à maîtriser les structures les plus élaborées.

Composé en 1931 pour ses amis du Trio de la Cour de Belgique, Émile Bosquet, Alfred Dubois et Maurice Dambois, les Deux pièces en trio pour piano, violon et violoncelle op. 95 ne sont évidemment plus des œuvres de jeunesse, mais témoignent de la maturité épurée et rayonnante d’un musicien en pleine possession de son style : ce merveilleux diptyque fait contraster la rêverie ravélienne de l’Élégie nocturnale avec la joie à l’état pur de l’Allegro appassionato en une œuvre à la maîtrise jaillissante, l’une des plus parfaites du compositeur. Dans ces deux chefs-d’œuvre, l’ a su trouver le ton juste et le parfait équilibre des voix ; en outre, Eliot Lawson et Diane Andersen ont idéalement inséré entre les œuvres pour trio ces subtiles Aquarelles pour piano et violon op. 59 (1917) dont il semble bien que ce soit une première au disque, et dont les deux parties, Légende naïve et Valse libre, ne sont pas sans évoquer Eugène Ysaÿe.

Voilà donc encore un disque essentiel pour affiner notre perception et notre appréciation de l’œuvre attachante d’un grand compositeur liégeois qui ne l’est pas moins.

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Joseph Jongen (1873-1953) : Trio pour piano, violon et violoncelle op. 10 ; Aquarelles pour violon et piano op. 59 ; Deux pièces en trio op. 95. Ensemble Joseph Jongen : Diane Andersen, piano ; Eliot Lawson, violon ; Mark Drobinsky, violoncelle. 1 CD Fuga Libera FUG518. DDD. Enregistré en avril et juin 2006 au Studio The Right Place, Bruxelles. Notices trilingues (français-anglais-allemand) excellentes (Michel Stockhem). Durée : 61’24’’.

 
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