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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n°35 et 41 ; Sérénade « Une petite musique de nuit ». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon op. 61. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°5 D. 485. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7. Max Reger (1873-1916) : Variations et fugue sur un thème de Mozart op. 132. Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20. Hans Pfitzner (1869-1949) : Symphonie en ut majeur op. 46. Christian Ferras, violon. Orchestre philharmonique de Berlin, Orchestre philharmonique de Vienne, Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, Orchestre symphonique de la radio de la Hesse, direction : Karl Böhm. 4 CD Membran Artone 222333-354. Enregistré entre 1938 et 1951. ADD. Texte de présentation en allemand et anglais. Durée : 4h23’

 

Membran

Après avoir publié un premier coffret de dix disques plus ou moins audibles du chef, Membran en extrait quelques-uns dans ce boîtier joliment présenté sous l’étiquette « Artone ». L’art de , bien documenté par ailleurs, est majeur, et l’on est heureux de retrouver ici des documents anciens parfois rares, même si la plupart avaient déjà été publiés par d’autres labels, avec des dates différentes ou plus précises (la Symphonie N° 35 de Mozart, datée ici de 1951, ressemble comme une sœur jumelle à celle donnée ailleurs comme étant de 1943). « Auraient été heureux » serait plus juste, tant le « high end mastering 24 bits 96 khz » fièrement annoncé sur la pochette s’apparente à du pur foutage de gueule. Déjà, la Symphonie n°5 de Schubert ne tourne pas à la bonne vitesse ; on a ainsi le plaisir de l’entendre exactement un demi-ton en dessous du diapason, ce qui ralentit d’autant le tempo : l’œuvre dure une minute et demie de plus que chez Tahra.

Surtout, un filtrage au bazooka enlève toutes les fréquences aiguës au gré des variations de dynamique, ce qui induit une saturation constante des forte avec des cordes stridentes, des nuances piano boueuses et glauques et la très curieuse impression que le son est électroniquement avalé dans les silences. De plus, certains documents parmi les plus récents ont été stéréophonisés dans un halo de réverbération au son de boîte. Ajoutez à cela l’absence de blanc entre les plages – bonjour le choc entre les mouvements du Bruckner ! – et vous comprendrez aisément qu’il vaut mieux se tourner en priorité vers des éditeurs plus sérieux, comme Tahra ou Preiser. Bref, appréhender l’art du chef à travers ces disques revient à peu près à juger de la qualité d’un tableau de Raphaël à partir d’une photocopie en noir et blanc à quatre centimes.

D’autant, et c’est la leçon de ce coffret, que a presque partout fait mieux, et dans de bien meilleures conditions techniques. Les Mozart sont loin de valoir ses enregistrements ultérieurs, dans les années 50 chez Philips ou à trois reprises pour Deutsche Grammophon (deux fois en audio et une fois en vidéo). En effet, la sévérité naturelle du chef s’y mue en raideur, avec de curieuses lourdeurs absentes de ses autres versions, qui bénéficient d’une captation incomparable. Ici, les bois, au rôle primordial chez lui, sont totalement rabotés par le report. La Symphonie n°7 de Bruckner, plus intéressante malgré quelques curieuses embardées rythmiques, pâtit avant tout d’un son à peine supportable. La version viennoise de 1977 (Deutsche Grammophon) est à la fois plus patiente, plus régulière, et infiniment mieux enregistrée. On trouvera le meilleur du coffret dans les œuvres plus rares à son répertoire, qui constituent d’intéressants approfondissements. Le Concerto pour violon de Beethoven montre un Ferras souverain, très à l’aise dans le cadre strict que lui dessine le chef, mais le report est nettement préférable chez Tahra. Le quatrième disque, entièrement consacré à la , est sans doute le plus réussi, c’est aussi le plus audible : le son reste très filtré mais au moins n’est-il pas trop tripatouillé, sauf le Pfitzner, à nouveau stéréophonisé. Le Don Juan de Strauss, capté en 1938 (l’année même où Böhm créait Daphne !) est plein d’une énergie bouillonnante que le chef n’a pas retrouvée par la suite en studio. Le Reger est magnifique, d’une chaleur incomparable, mais, là encore, la version avec Berlin en 1956 (DG) n’est pas moins belle et mieux enregistrée. La symphonie de Pfitzner n’est pas à proprement parler un chef-d’œuvre. C’est même un modèle de conservatisme musical bruyant et souvent pompeux. Défendue avec cette conviction, l’œuvre reste tout de même un intéressant témoignage d’une certaine esthétique germanique monumentale – en 1942, tout le monde aura suivi l’idée …

Bref, un coffret qu’il est, hélas, préférable d’oublier, sachant que les documents les plus intéressants (Bruckner, Reger et Strauss) ne sont en rien négligeables, mais qu’il vaut mieux les chercher ailleurs, dans des reports moins hasardeux.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n°35 et 41 ; Sérénade « Une petite musique de nuit ». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon op. 61. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°5 D. 485. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7. Max Reger (1873-1916) : Variations et fugue sur un thème de Mozart op. 132. Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20. Hans Pfitzner (1869-1949) : Symphonie en ut majeur op. 46. Christian Ferras, violon. Orchestre philharmonique de Berlin, Orchestre philharmonique de Vienne, Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, Orchestre symphonique de la radio de la Hesse, direction : Karl Böhm. 4 CD Membran Artone 222333-354. Enregistré entre 1938 et 1951. ADD. Texte de présentation en allemand et anglais. Durée : 4h23’

 
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