Éditos

Affaire Alagna, la suite

20 décembre 2006

Mieux que les Feux de l’Amour, Alagna et la Scala ferait sans doute un excellent sitcom. Sur TF1 bien sûr, pas sur Arte.

Résumé des épisodes précédents :

– 07/12/2006 : Première dite « de gala » d’Aida à la Scala (vieille tradition de cette grande maison de ne commencer sa saison que le 7 décembre, jour de la Saint Ambroise, saint patron de Milan). Distribution : Violetta Urmana (Aida), (Radamès), Ildiko Komlosi (Amneris), Orlin Atanassov (Ramfis), Marco Spoti (le Roi d’Egypte), Carlo Guelfi (Amonasro). Mise en scène :  ; direction musicale : Riccardo Chailly (excusez du peu).

– 08/12/2006 : parution des premières critiques, défavorables à Alagna. Celui-ci s’écrie publiquement « la Scala ne me mérite pas » (en revanche Michel Drucker le dimanche après-midi oui). , critique musical du « Corriere della Sera », attaque la mise en scène de Zeffirelli, félicite Riccardo Chailly et Bruno Casoni (le chef de chœur), chante les louanges de certains chanteurs, se récuse pour d’autres et… ignore la prestation d’Alagna ! (site du Corriere)

– 10/12/2006 : Alagna quitte la scène de la Scala après son grand air du 1er acte « Celeste Aida » suite aux huées du public.

– 11/12/2006 : l’affaire fait les choux gras des journaux, reléguant dans l’ombre la nomination de Nicolas Joël à l’Opéra National de Paris (pas assez glamour).

– 12/12/2006 : Déclaration sur RTL d’Alagna, dénonçant un complot à son encontre. Le même jour sur « Libération » il annonce qu’il va attaquer le théâtre en justice. Walter Fraccaro le remplace dans Aida le soir même. La terre entière sait maintenant que les huées lui ont provoqué un malaise. La presse italienne se déchaîne, parlant d’un « ténor de marketing », « hybride laid de Pavarotti et Bocelli ». Riccardo Chailly quant à lui déclare « je n’ai jamais vu une telle chose depuis tant d’années à la Scala » (La Stampa – 11/12/2006 – article d’Alberto Mattioli). Le site Internet du théâtre de la Scala reste d’une discrétion de violette (souvenez-vous de l’affaire Riccardo Muti).

– 13/12/2006 : Dans « Le Monde » Alagna en rajoute dans la confusion : « Tout le monde n’apprécie peut-être pas que la Scala soit dirigée par un français » (ndlr : Stéphane Lissner, ancien administrateur du Châtelet et du Festival d’Aix). Lissner a en effet dit à l’intéressé qu’il ne « pouvait pas » le réengager.

– 14/15/2006 : Alagna convoque des photographes et journalistes devant la Scala et chante « Addio fiorito asil » (Adieu sanctuaire fleuri) de Madame Butterfly de Puccini.

– 15/12/2006 : interviewé par le quotidien italien « La Stampa », le journaliste lui soumet ce paradoxe : le 3 mars il sera simultanément à San Remo (près de la frontière franco-italienne, en bord de mer) pour l’ouverture du festival de variétés et à l’Opéra de Vienne pour la première de Manon Lescaut de Puccini. Réponse de l’intéressé : « vous savez ce que vous ferez le 3 mars vous ? ». Curieux paradoxe pour une star dont les engagements sont prévus au mieux 3 ans à l’avance.

– 19/12/2006 : Dans « il Corriere della Sera », Zeffirelli déclare « la folie d’Alagna est impardonnable ». Il mettra en scène à l’Opéra de Rome en avril La Traviata, avec le couple infernal dans les rôles principaux. « Entre temps Alagna sera passé par le Festival de San Remo où il triomphera sûrement. Cependant la variété est un autre métier, s’il veut retrouver sa crédibilité dans l’art lyrique il devra s’y engager durablement ». Le vieux regista (83 ans) est impitoyable. (entretien avec Giuseppina Manon)

En attendant « Madame » (Angela Gheorghiu) est attendue pour juillet à la Scala dans cette même Traviata, mise en scène par Liliana Cavani, dirigée par Lorin Maazel, avec Ramon Vargas (Alfredo) et Roberto Frontali (Germont). Annulera-t-elle comme d’habitude ? Sera-t-elle sifflée si elle vient ? Et supportera-t-elle les huées, s’il y en a ? « Monsieur » quant à lui est depuis muet … sur les conseils de son avocat. Sage décision. Et fin de l’affaire.

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