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Mélodies de Mozart par Sophie Karthäuser & Stephan Loges

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Nantes. Théâtre Graslin. 20-XII-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Mélodies. Sophie Karthäuser, soprano ; Stephan Loges, baryton ; Eugène Asti, piano.

L’année Mozart s’achevant, risquions-nous l’indigestion ? Ce récital agit en tous cas comme un apaisant sorbet à la fin de longues agapes : savoureux et rafraîchissant. Non que ce programme de 33 mélodies soit dépourvu de gravité ! C’est au baryton allemand qu’il revient ainsi de détailler, d’une voix homogène et joliment timbrée, des pièces aussi exigeantes que Das Lied der Trennung (KV 519) ou Das Traumbild (KV 530). Le récital respecte l’ordre chronologique des pièces, à quelques arrangements près lorsqu’il s’agit de regrouper les textes d’un même auteur. Ceci nous permet de suivre l’évolution créatrice du musicien, de An die Freude (KV 53), œuvrette légère et gentiment mélodique d’un jeune homme de douze ans que les muses ont déjà visité, à la très accomplie et très maçonnique cantate Die ihr des unermesslichen Weltalls (« Vous qui révérez le créateur de l’univers immense », KV 619).

Par delà une évolution et une maturation, ainsi qu’une grande diversité d’humeurs, d’ambiances et d’intentions, nous restons frappés par la constance d’un talent, son aisance à accorder la note au verbe, sa fluidité, la persévérance de son imagination mélodique et le subtil équilibre entre gravité et légèreté qu’il parvient à établir, les plus noirs sentiments restant teintés d’une douce ironie et la gaieté ne se départissant jamais d’un voile mélancolique. L’unité comme la diversité du programme sont remarquablement servis par deux interprètes très investis : , concentré et grave, alternant et parfois dialoguant avec la légère et gracieuse Sophie Karthaüser. La soprano déploie toutes les moirures de son timbre pour nous offrir un Sei du mein Trost (KV 391) céleste, après avoir prêté les moyens d’une prochaine Susanna (à l’Opéra de Lyon en juin 2007) au très opératique Ridente la calma (KV 152). Derrière le précurseur du lied romantique allemand se manifeste en effet en permanence dans ce programme l’homme de théâtre, nous en voulons pour preuve Warnung (KV 433) qui s’insèrerait si aisément dans la Flûte enchantée.

La grâce et la naturel qui illuminent ce programme, servi par l’acoustique intimiste du Théâtre Graslin, la fraîcheur et le talent des interprètes, parmi lesquels nous n’omettrons pas de citer le pianiste , attentif et subtil, concourent au succès d’une soirée clôturée en bis par un exquis « Bei Männern, welche Liebe fühlen », extrait de la Flûte Enchantée, nous rappelant que les deux interprètes vocaux ont récemment rencontré un grand succès dans l’ouvrage sur la scène de la Monnaie de Bruxelles, dans la passionnante production de Wiliam Kentridge.

Crédit photographique : © Sylvain Godefroid

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Nantes. Théâtre Graslin. 20-XII-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Mélodies. Sophie Karthäuser, soprano ; Stephan Loges, baryton ; Eugène Asti, piano.

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