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Triple dernière pour une géniale inachevée

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Leonard Bernstein. Réalisateur : Humphrey Burton. 1 DVD Euroarts 2072018. Enregistré au Musikvereien, Vienne, du 26 février au 2 mars 1990. Pas de sous titrage. Zone 0. Durée : 74’00’’

 

Voilà un DVD propre à attiser la curiosité de tout mélomane brucknérien, ou tout admirateur de l’art de , et qui mérite qu’on y jette une oreille attentive. On y trouve en effet une des très rares incursions de ce chef dans l’œuvre de Bruckner, puisqu’il semble n’avoir interprété que deux des neufs symphonies, la 6 et la 9. L’intéressante notice nous rappelle que Bernstein, qui avait enregistré la n°9 avec le New York Philharmonic dès 1969, n’a joué cette même œuvre avec les viennois qu’après la mort de Karajan, lors de la série de concerts qui servit de base aussi bien au CD (DGG) qu’au présent DVD. « Il avait le sentiment qu’il ne pouvait surpasser les interprétations du chef allemand » nous dit-on dans la version française de la brochure, oubliant au passage que Karajan était autrichien. Néanmoins il semble que les deux chefs se soient voués une mutuelle et sincère admiration, évitant, sciemment ou pas, de se concurrencer, sauf à la tête des Wiener Philharmoniker que fréquente depuis avril 1966, lors d’un concert Mozart-Mahler où le chef tenait la partie de piano du Concerto n°15 en si bémol K 450, avant de diriger Le Chant de la Terre. La fructueuse collaboration du chef avec les Philharmoniker s’acheva justement par ces concerts Bruckner quelques jours après ces sessions viennoises, au Carnegie Hall de New York, coïncidence troublante car le dernier concert de Karajan eu lieu avec le même orchestre à peine un an plus tôt (le 23 avril 1989) toujours avec , cette fois la Symphonie n°7. C’est donc la dernière fois que Bernstein a dirigé Bruckner, dans sa dernière symphonie, et pour sa dernière collaboration avec la Philharmonie de Vienne.

Entendre – et voir ! – Bernstein diriger cette œuvre présente donc un intérêt affectif, mais aussi musical, car s’il est un chef imprévisible capable de tout, c’est bien lui. Comment donc aborde t-il cette monumentale et géniale symphonie, qui s’ouvre par le plus grand premier mouvement jamais écrit par Bruckner, constituant à lui seul un fabuleux chef d’œuvre, se poursuit par un Scherzo terrifiant, et s’achève (n’oublions pas qu’il manque le final) par un Adagio bouleversant.

Comme on pouvait s’y attendre, Bernstein nous offre ici une lecture personnelle, manifestement très pensée et cohérente, impressionnante et monumentale, mais peut-être est-ce ici le manque de pratique de cette musique, légèrement statique, retenue et précautionneuse, parfois un peu pesante.

On pourra relever quelques tic mahlériens (ici un portamento, là une façon d’appuyer certains accords) qui, s’ils peuvent être jugés bien inutiles, ne sont pas trop envahissants. L’orchestre, qui joue cette musique depuis toujours et mieux que personne (à l’exception de la Philharmonie de Berlin d’antan), suit le chef comme un seul homme, avec un son moins puissant et dense qu’avec Karajan.

Si on fait abstraction des géniaux Furtwängler et Abendroth, extraordinaires dans cette œuvre qu’ils jouent dans un style nettement plus vivant contrasté et animé dont ils avaient le secret, ainsi que le toujours à l’aise Jochum (excellent avec Berlin) là encore dans un style non statique qu’il est permis de préférer, ou Karajan plutôt bon dans cette symphonie, la version de Bernstein grâce à sa ferveur, sa sincérité, sa précision, grâce à l’orchestre, s’imposera pour tous ceux qui cherchent une version lente, monumentale, implacable, largement au-dessus des Celibidache et autres imitateurs. Pour tous, cela reste néanmoins un témoignage très intéressant.

La réalisation visuelle, parfaitement bien éclairée, est très classique donc sans surprise, mais suit très bien la partition, alternant les plans du chef, toujours expressif, sans rater ses fameux bonds, avec ceux des instrumentistes. On s’amusera à relever la succession de certains plans montrant Bernstein en sueur, puis parfaitement sec, enfin avec des lunettes lui ayant poussé par magie sur le nez. C’est ici la rançon d’un montage réalisé sur plusieurs concerts.

Le son PCM est bon, assez clair, à l’image sonore réaliste. On n’en dira pas autant de la bien inutile piste DD 5. 1 virant rapidement au brouhaha. Quant à la piste DTS 5. 1, si elle est meilleure que la DD, la répartition du son multi canal est parfois curieuse, procurant une image sonore inadaptée à l’usage d’enceintes arrières, faisant largement préférer la piste PCM.

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Leonard Bernstein. Réalisateur : Humphrey Burton. 1 DVD Euroarts 2072018. Enregistré au Musikvereien, Vienne, du 26 février au 2 mars 1990. Pas de sous titrage. Zone 0. Durée : 74’00’’

 
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