Edition officielle Evgeny Svetlanov

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Warner, via sa filiale française, se lance dans l’aventure d’une colossale édition consacrée au non moins imposant legs du chef d’orchestre Evgeny Svetlanov. Près de deux cents titres sont envisagés pour rendre hommage à l’héritage hors du commun de l’un des géants des podiums du siècle dernier.

 

Warner, via sa filiale française, se lance dans l’aventure d’une colossale édition consacrée au non moins imposant legs du chef d’orchestre . Près de deux cents titres sont envisagés pour rendre hommage à l’héritage hors du commun de l’un des géants des podiums du siècle dernier.

Immensément charismatique, loué des orchestres à travers le monde, possédait deux atouts essentiels dans ce métier si particulier : un charisme hors norme et une curiosité sans égal. Cet homme qui dirigeait «comme si sa vie en dépendait» ne s’économisait pas au pupitre, allant jusqu’à utiliser un petit ventilateur pour se donner un peu d’air frais, et n’hésitait pas à s’épuiser en entraînant frénétiquement des musiciens galvanisés. Côté répertoire, le seul qualificatif valable pour décrire la somme de partitions ingurgitées par le maestro reste : infinie. Outre la musique russe dont il a enregistré une anthologie qui n’a pas d’équivalent, Svetlanov fréquentait Mahler, Elgar, Villa-Lobos, Messiaen, Honegger, Respighi, Alfven, Falla, Fibich….

Suite aux déboires de Melodyia, l’éditeur officiel des temps soviétiques, et de Canyon, celui des dernières années, l’amateur était obligé de suivre le chemin d’éditeurs plus ou moins pirates à la disponibilité plus qu’aléatoire. C’est donc l’un des grands mérites de cette édition officielle : mettre enfin à disposition des mélomanes et dans des conditions éditoriales dignes, ce testament artistique magistral. De plus, la discographie officielle sera renforcée d’archives issues des divers orchestres que le maestro a dirigés. ResMusica explore pour vous des titres issus de la seconde fournée sortie à ce jour.

(1873-1943) : Danses symphoniques op. 45  ; Prince Rostislav ; Vocalise op. 34. Orchestre symphonique d’Etat de la Fédération de Russie, direction : Evgeny Svetlanov. 1 CD Warner Classics 5101 14505-2. Enregistré en octobre 1995 dans la grande salle de la Radio à Moscou. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 65’47’’.

Ce beau programme anthologique est caractéristique de la dernière manière du chef d’orchestre, qui réussit à habiter et à faire surgir de véritables lames de fond émotionnelles des musiques qu’il dirige. Fasciné par les Danses Symphoniques, dernier opus de Rachmaninov, Svetlanov se hisse ici à la hauteur du légendaire enregistrement de Kirill Kondrashin. Evitant toute mièvrerie sentimentale, le musicien rend grâce à ce chant du cygne de son auteur. Les thèmes suspendus dans le temps dégagent ici une infinie nostalgie, traversée par des orages orchestraux saisissants. Composé en 1891 sur un texte d’Alexei Tolstoi, le poème symphonique Prince Rostislav, ne fut créé qu’en 1945 à Moscou. Cette musique à programme, épique et généreuse, témoigne d’une belle maîtrise, mais elle manque encore trop de personnalité pour frapper l’esprit. Il en va tout autrement de l’illustre Vocalise qui clôt ce programme.

(1865-1936) : Raymonda, ballet en trois actes op. 57. Orchestre du Théâtre du Bolshoï, direction : Evgeny Svetlanov. 2 CD Warner Classics 5101 15591-2. Enregistré en 1961 à Moscou. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 2h16’16’’

Autre merveille de cette livraison, l’interprétation sans égale du ballet Raymonda. On connaît l’inconstance de Glazounov, véritable génie de l’orchestration, capable comme ici d’une inventivité géniale mais souvent empêtré dans les plus condamnables facilités et banalités. Dans cette musique dansante, pétaradante de bonne humeur et de beauté, Svetlanov est comme un poisson dans l’eau et il fait rutiler un orchestre du Bolchoï en parade. La discographie ne compte, pour l’instant, aucune alternative à cet enregistrement, et il n’en est guère besoin face au succès de celui-ci.

(1872-1960) : Symphonie n°4 en ut mineur op. 39. Claude Debussy (1862-1918) : la Mer. Orchestre Symphonique d’Etat de la Fédération de Russie, direction : Evgeny Svetlanov. 1 CD Warner 5101 14509-2. Enregistré dans la grande salle du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou en 1989 (Alfven) et 1993 (Debussy). Notice de présentation en français et anglais. Durée : 66’57’’.

Considérée comme le chef d’œuvre absolu de son auteur, la Symphonie n°4 d’, est dédiée à la mer. Composée en quatre mouvements enchaînés, cette symphonie était l’une des favorites de Svetlanov qui la dirigea autant dans son pays natal que lors de ses apparitions à Stockholm et Paris. Energique, mais musicale, l’interprétation de Svetlanov nous convainc sans peine de la valeur de cette musique. Admirateur de la musique française qu’il conduisait fréquemment, le maestro livre une prestation intéressante de la Mer de Debussy. Si cette vision est pugnace et précise, elle manque de fluidité et de fondu dans les phrasés. Il en va autrement de l’exceptionnelle version enregistrée en public avec l’Orchestre National de France en 2001 (Naïve).

Alexandre Scriabine (1872-1915) : Intégrale des symphonies ; Rêverie en ut majeur op. 24  ; Le poème de l’Extase en mi bémol majeur op. 54  ; Prométhée, le poème du feu op. 60. Olga Alexandrova, soprano ; Andreï Salkinov, ténor ; Vladimir Zykov, trompette ; Ales Barta, orgue ; Peter Izotov, piano ; Grand chœur de la Radio de Moscou, direction : Ludmila Ermakova. Orchestre Symphonique d’Etat de la Fédération de Russie, direction : Evgeny Svetlanov. 3 CD Warner 5101 14508-2. Enregistré en 1996 dans la grande salle de la radio de Moscou. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 3h37’

Le cas de la seconde intégrale des symphonies de Scriabine par Svetlanov est problématique. Inconditionnel de ces vastes fresques symphoniques particulières mais envoûtantes, Svetlanov s’englue un peu dans des tempi trop lents. Les mouvements apparaissent haché et souvent sans élan. Le chef d’orchestre accorde trop d’importance aux détails, au détriment de la forme et du fond. La Symphonie n°1, est le point faible du coffret, elle semble ici conforme à l’image caricaturale que l’on retient de cette musique : longue et très développée. De plus, la concentration de l’orchestre pour cette série d’enregistrements réalisés en quelques jours se relâche considérablement par rapport à son niveau habituel. On gardera donc la première intégrale du chef, même si ce second essai mérite le détour pour une Symphonie n°3 très intéressante par son pointillisme assumé, qui lui sied à merveille. Quant à Prométhée et au Poème de L’extase, deux partitions dont Svetlanov s’était fait une spécialité, sans démériter, ces deux interprétations doivent s’incliner devant les autres versions du maestro. Pour Prométhée, il faut considérer la fameuse rencontre de Richter et du chef d’orchestre (Melodyia ou Russian Disc), alors que pour le Poème de l’Extase, on restera fidèle à l’incroyable concert londonien de 1968 (BBC Legends).

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