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Les Abencérages : tout se mérite !

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Luigi Cherubini (1760-1842) Les Abencérages. Margherita Rinaldi, Noraïme ; Francisco Ortiz, Almanzor ; Jean Dupouy, Gonzalve de Cordoue ; Andrea Snarski, Alamir ; Ermanno Lorenzi, Kaled ; Jacques Mars, Alemar ; Mario Machi, Abderame ; Carlo Schreiber, Octaïr. Chœur (chef de chœur Mino Bordignon) et Orchestre Symphonique de la RAI de Milan, direction : Peter Maag. 2 CD Arts Archives « collection Maag » 43066-2. Enregistré le 15 janvier 1975 à la RAI de Milan. Notice et livret indignes bourrés de fautes de frappe, quadrilingue (allemand, anglais, français, italien). Durée 57’05’’et 69’38’’

 

La découverte d’une œuvre rare est comme beaucoup d’autres bonheurs : une récompense qu’il faut savoir mériter, en dénichant au détour d’une interprétation hasardeuse la beauté d’une musique jusqu’ici inconnue. Ainsi en est-il de ces Abencérages.

Avant-dernier opéra de Cherubini, les Abencérages furent créés le 6 avril 1813 à l’Opéra de Paris. Le compositeur n’était plus à l’époque le jeune loup qui cherchait à se faire un nom en proposant des œuvres novatrices à l’Opéra-Comique, mais une figure importante du monde musical officiel sous l’Empire. Les Abencérages ne possèdent donc pas la fulgurante violence de sa Médée, mais se veulent une tragédie lyrique typique du lieu où ils furent créés. Ils se placent de ce fait à mi-chemin entre les œuvres de Gluck d’avant la Révolution Française, et le Grand Opéra tel qu’il se dessinera une décennie et demi plus tard. Un chaînon qui allie un certain classicisme de la forme : de longs airs fermés, une nécessaire déclamation héritée de Lully, des ballets et réjouissances convoquant rameaux et zéphyrs, même un petit épisode de style «troubadour», joint à un regard vers l’avenir : importance accordée aux chœurs, livret basé sur le récit d’un destin individuel dans la tourmente d’un évènement historique. Car le titre, mystérieux à souhait, aurait pu tout aussi bien être : les Wallons, ou les Québécois, c’est à dire celui d’un peuple mêlé à un autre à l’intérieur d’une même nation. Le livret, de Victor-, qui commettra plus tard celui, abominable, de Guillaume Tell, fait référence (sans aucun lien avec Chateaubriand) à une tribu maure, les Abencérages, en conflit latent avec une autre, les Zégris, le tout sous l’égide du roi de Castille. Si ce n’est cette mise en place historique, l’intrigue est on ne peut plus conventionnelle : le gentil ténor, Almanzor (c’est pratique, Almanzor, ça rime avec «toi que j’adore», «je t’aime encore», «prends pitié de mon sort» et autres «vois mes transports») est amoureux d’une gentille princesse soprano, Noraïme, tandis qu’un vilain Zégris basse, Alemar, complote contre lui, mais verra ses manigances déjouées par un noble roi ténor. Encore quelques années et le personnage du roi disparaîtra, tout ce petit monde n’aura plus qu’à mourir dans d’épouvantables souffrances morales, mais nous sommes encore ici dans l’esthétique du XVIIIe siècle, la fin est morale et heureuse.

La musique, si elle n’atteint pas le sublime de La Vestale presque contemporaine (1807) la rappelle plus d’une fois (l’ouverture, l’ensemble «laissons respirer la victoire»…) et est vraiment remarquable, avec une place prépondérante accordée aux chœurs, des moments énergiques intercalés avec d’autres très élégiaques (un beau duo d’amour, en particulier) des finales spectaculaires pour chacun des trois actes, une partie orchestrale d’une grande richesse symphonique.

Les créateurs des rôles principaux étaient les stars de leur époque : , (père d’Adolphe) et . Il fallait bien cela pour rendre justice aux beautés d’une telle partition. Hélas, la distribution réunie à la RAI de Milan le 15 janvier 1975 dans les conditions d’un concert, mais sans public, est bien loin de relever le défi.

est un Almanzor pénible, aux aigus criés et absolument pas couverts, au français incompréhensible et sans la moindre notion de ce que peut être la déclamation lyrique. Le timbre est cependant agréable et le format héroïque : de bons moyens naturels gâchés par manque de travail. est une assez belle Noraïme, avec un joli timbre frais, une belle énergie dans le phrasé, une bonne tenue de souffle et un français qui, s’il n’est pas très clair, ne sonne au moins pas ridiculement exotique. On retrouve enfin des exemples de déclamation et de style dans l’autoritaire Alemar de et le Gonzalve de , figures reconnues du chant français des années 60-70. De tous les autres comparses, on ne retiendra que le français rédhibitoire.

Ce coffret CD est réédité dans le cadre d’une «collection » et c’est bien le moins, car le chef se montre plein de conviction, et emporte avec lui les chœurs et l’orchestre de la RAI qui se montrent, de loin, les meilleurs protagonistes, et dont on peut apprécier l’importance. Bref, une exécution très inégale, mais dans l’ensemble assez médiocre, qui peut quand même laisser lointainement savourer les beautés de l’œuvre.

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Luigi Cherubini (1760-1842) Les Abencérages. Margherita Rinaldi, Noraïme ; Francisco Ortiz, Almanzor ; Jean Dupouy, Gonzalve de Cordoue ; Andrea Snarski, Alamir ; Ermanno Lorenzi, Kaled ; Jacques Mars, Alemar ; Mario Machi, Abderame ; Carlo Schreiber, Octaïr. Chœur (chef de chœur Mino Bordignon) et Orchestre Symphonique de la RAI de Milan, direction : Peter Maag. 2 CD Arts Archives « collection Maag » 43066-2. Enregistré le 15 janvier 1975 à la RAI de Milan. Notice et livret indignes bourrés de fautes de frappe, quadrilingue (allemand, anglais, français, italien). Durée 57’05’’et 69’38’’

 
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