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Jean-Henry d’Anglebert proposé par Michel Bernstein

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Jean-Henry d’Anglebert (1635-1691) : Pièces de clavessin en manuscrits. Paola Erdas, clavecin Louis Denis, 1658. 1 CD Arcana A 337. Enregistrement réalisé au Temple Farel, La Chaux-de-Fonds, Suisse, du 12 au 14 mai 2006. Notice quadrilingue (français – anglais – italien – allemand). TT : 68’45’’.

 

Fondateur d’Astrée, de Valois, et enfin d’Arcana, l’éditeur de musique Michel Bernstein nous a quittés en octobre 2006. Il s’était spécialisé dans l’enregistrement de la musique ancienne jouée sur instruments d’époque. Il a réalisé les premiers enregistrements de Jordi Savall chez Astrée. Il nous laisse une discographie incomparable. La dernière réalisation de Michel Bernstein, remarquable, nous livre plus d’un secret, ou d’un arcane, non seulement du style, joliment appelé « brisé », de la musique française pour clavecin, de ce que à quoi pouvaient ressembler les clavecins prisés à par la Cour de Louis XIV, mais aussi de ce que l’on peut, de ce que l’on devrait toujours attendre d’un enregistrement de qualité. La prise de son est sans artifice, elle rend honneur à ce superbe instrument, une rareté, un instrument français d’origine hollandaise, de 1658, tout juste rénové, rendant une sonorité claire, légère, qui permet de retrouver, au clavecin, ce qui faisait le charme du luth.

Le nec plus ultra au XVIIe siècle, alors que le luth disparaît au profit du clavecin, c’est d’en reconstituer, par le jeu et la sonorité, le souvenir sonore. Pas de mélodie à proprement parler dans cette musique de danse, pas de contrepoint, pas de ces lignes que l’esprit suivra docilement, plus tard, chez Bach, peut-être au détriment de la danse, d’une certaine mobilité du corps et de l’esprit. Mais, au contraire, des danses toutes d’une « gaie mélancolie », nous offrant, par une certaine façon de briser les harmonies en les arpégeant, un art de vivre l’instant présent que l’on dirait oriental.

La claveciniste, , joue ici des pièces tirées d’un recueil, un unicum, qui nous délivre le secret des préférences de Jean-Henry d’Anglebert, c’est-à-dire que l’on entend certaines de ses pièces mais aussi celles de ses confrères ou de ses maîtres, pièces qu’il « double » à sa façon. C’est une sorte de livre de chevet que nous tenons là, pas une anthologie ou une intégrale, mais un cahier intime musical qui nous donne à voir, selon les termes de , « à travers le trou d’une serrure dans les appartements de d’Anglebert ». Au cœur même de l’interprétation délicate de , on trouve la nostalgie sonore du luth, instrument impossible à jouer mais infiniment délicat, instrument idéal d’une musique très libre, qu’on ne peut fredonner, mais qui, brisant les accords, paradoxalement, nous redonne le sentiment, rêveur, idéal, d’une continuité perdue. Tout un art que le clavecin maintient vivant, à condition de ne pas être trop lourd, trop grave, ou trop péremptoire, ce que l’on pourrait reprocher aux enregistrements de Scott Ross du même compositeur.

C’est d’une redécouverte qu’il s’agit ici, celle d’un compositeur, Jean-Henry d’Anglebert, qui traînait la réputation d’être difficile, ennuyeux et qui est littéralement libéré, ici, grâce au bon goût de Michel Bernstein qui a su rassembler le bon instrument, la bonne interprète, pour une dernière alchimie musicale, de celle qui transforme la pierre en or.

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