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L’irrésistible Angelina de Karine Deshayes

La Scène, Opéra, Opéras

Tours. Grand Théâtre. 28-I-2007. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola, dramma giocoso en 2 actes, sur un livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène : Elsa Rooke. Décors : Lili Kendaka. Costumes : Bruno Fatalot. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Karine Deshayes, Angelina ; Mary Saint-Palais, Clorinda ; Nicole Boucher, Tisbe ; François Harismendy, Don Magnifico ; Bradley Williams, Ramiro ; Riccardo Novaro, Dandini ; Nicolas Cavallier, Alidoro. Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Cyril Diederich.

C’est avec La Cenerentola, dans une production de l’Opéra de Bordeaux créée au mois de mars 2004, que l’Opéra de Tours a décidé d’ouvrir sa saison scénique, après une période de fermeture pour travaux de rénovation. La mise en scène d’Elsa Rooke méritait-elle cet honneur ? Dans un décor unique plutôt dépouillé, essentiellement occupé par un escalier massif qui règle – parfois périlleusement – les entrées et sorties des personnages, et où la transition entre la maison de Magnifico et le palais princier est suggérée par un simple tulle, celle-ci nous livre une lecture très cursive de l’ouvrage, sans contresens mais sans réelle originalité. Surtout, elle juge nécessaire d’appuyer la fantaisie rossinienne par des gags qui ne brillent pas toujours par leur subtilité. A son actif néanmoins, nous inscrirons un traitement intelligent de la scène d’orage et l’attention apportée au personnage d’Alidoro, ange gardien omniprésent et véritable maître d’œuvre de l’intrigue ; le conte se rapproche ainsi de la féerie de Perrault, largement occultée dans le livret de Ferretti. Nous soulignerons encore l’inventivité et la joyeuse fantaisie des costumes de et les éclairages poétiques de .

A la tête d’un Orchestre Symphonique de Région Centre–Tours que nous avons connu plus discipliné dans ses attaques et plus généreux dans ses sonorités, offre de la partition une lecture très professionnelle et attentive aux chanteurs. Nous en saluerons la précision rythmique ainsi que l’énergie apportée aux ensembles, en regrettant toutefois un certain manque de malice et d’épice. Le Chœur de l’Opéra de Tours apporte pour sa part une joyeuse contribution à la matinée.

C’est toutefois des chanteurs que nous viennent les plus belles sources de satisfaction de cette représentation. Passons sur deux sœurs dont l’abattage scénique ne masque pas toujours la modestie vocale, pour saluer la prestation de , inattendu dans ce répertoire mais qui impose un instrument sonore et une bonne maîtrise du chant syllabique pour signer une performance bien plus qu’honorable. Il rivalise de plus en vis comica avec , hilarant Dandini. Valeur montante du chant rossinien, le baryton italien cabotine à merveille et chante d’une voix homogène et joliment timbrée, en se jouant de l’écriture de son rôle avec une grande aisance. Une valeur à suivre, sans aucun doute. Malgré une raideur inhabituelle dans certaines vocalises, déploie dans Alidoro une voix de basse en pleine maturité et un jeu très convaincant dans son emploi d’ordonnateur de toutes les péripéties du livret.

nous laisse partagés. L’acteur est handicapé par une certaine gaucherie et le chanteur par un timbre parfois ingrat, mais il connaît et maîtrise les règles du chant rossinien et s’affirme avec une belle autorité vocale dans son air de bravoure, « Si ritrovarla io giuro ». Le ténor abandonne cependant les lauriers de cette matinée à la remarquable , qui se révèle mois après mois comme l’un des plus beaux fleurons du chant français. L’engagement interprétatif de la mezzo est irréprochable : tour à tour modeste et lumineuse, elle traduit toutes les facettes du personnage d’Angelina avec une irrésistible humanité. Elle s’impose pareillement sur le plan vocal avec un timbre corsé, une technique parfaitement maîtrisée et une musicalité sans faille. Nous savons, depuis un « Non piu mesta » qui valut à le premier prix du Concours des Voix nouvelles en 2002, que le rôle de la Cendrillon rossinienne lui porte bonheur, ceci s’est vérifié ce dimanche pour le plus grand bonheur d’un public tourangeau ravi.

Crédit photographique : © François Berthon

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