Sur les routes des musiques tsiganes

Festivals, La Scène, Spectacles divers

Ifs (Caen) Espace Jean Vilar. 27-I-2007. Première partie : Daniel Casarès, guitare flamenca ; Morenito de Illora, chant ; Juan Heredia Cortès, percussions ; José Marin, guitare acoustique. 2ème partie : Juan Ogalla, danse ; Rafaël Rodriguez « El Cabeza » & Andrès Cuesta, guitares flamencas ; Moisès Cano Rodriguez & Antonio Campos, chant.

La VIIe édition de ce festival dédié aux mondes tziganes fut celui de la maturité. Un programme d’une grande qualité mené avec maitrise par une équipe aguerrie entre les mains d’Archipels et de l’Espace Jean Vilar. Le concert de clôture fut à l’image des quinze jours de manifestations durant lesquels expositions, conférences, projections et concerts de qualité s’enchaînèrent. Une soirée de clôture entièrement consacrée au flamenco selon la même configuration que les années précédentes : deux concerts en un, séparés par un long entracte autour de tapas organisé en collaboration avec l’amicale franco-espagnole.

Le guitariste Daniel Casarès ouvrit la soirée avec une granaina montrant d’ores et déjà les signes de son évolution. Une technique complète qui se fait oublier car au service d’une belle musicalité. Après cette entrée, il fut rejoint par ses complices pour offrir au public un spectacle plaisant entre tradition et fusion avec l’Amérique du Sud et surtout le jazz. Et c’est là que se trouve la limite car on a le sentiment que Casarès cherche une route dans le flamenco qui a déjà été largement foulée et qui a montré la nécessité de retourner à la tradition. Le meilleur exemple en a été le maître Paco de Lucia qui, dans les années 70 puis 80 a fait quelques excursions dans ces domaines musicaux avec le succès indéniable que l’on sait.

Depuis, il est revenu à la source de sa musique et peu ont renouvelé cet exploit musical avec bonheur. Casarès ne fait pas exception, la musique est là, le plaisir des artistes, semble-t-il, et du public aussi mais ce qui fait la magie du flamenco, son authenticité et sa force d’attraction a disparu. Cela ne nous a toutefois pas empêché d’apprécier Juan Heredia Cortés dont les percussions furent un parfait complément et soutien au discours guitaristique et compensa le chant de Morenito de Illora qui manquait quelque peu de force. Il faut dire que le cantaor n’a pas vraiment eu le temps de s’exprimer pleinement. Quant à la guitare acoustique, indépendamment des quelques remarques faites sur la fusion, on a pu apprécier un excellent jazzman qui a su se mêler intelligemment à la musique de Casarès. On retiendra de cette première partie un Daniel Casarès qui peut largement intéresser les afficionados en espérant qu’à terme il revienne à l’origine de sa musique et de sa culture.

Après quelque tapas, c’était à Juan Ogalla de faire montre de son talent. Formé par Concha Baras, Angelita Gomez, Manolo Marin, Manolete, El Guito, Javier La Torre, il passa sept ans dans la compagnie de Cristina Hoyos, excusez du peu. Le public fit un bond au cœur du flamenco. Accompagné de deux chanteurs et deux guitaristes, Ogalla offrit un spectacle dépouillé mais de très haut niveau. Preuve est faite si besoin est qu’il n’y a pas besoin d’en rajouter pour offrir un grand spectacle où l’émotion et la puissance du flamenco étaient particulièrement présentes. Tango, Buleria, Siguiriya s’enchainèrent. Ogalla savait laisser la place à ses complices pour qu’ils puissent s’exprimer pleinement, ce qui nous permis d’apprécier des musiciens à la hauteur du danseur. Quant au bailaor, on se trouve très vite captivé par ses jambes dont la rapidité et la précision sont impressionnants. Puissance alterne avec délicatesse, et rapidité se marie avec maîtrise et précision. Un danseur remarquable particulièrement bien accompagné. On remarquera des chanteurs investis qui savent toucher l’âme et offrir une belle complicité avec les guitaristes et le danseur. Un spectacle a ne pas manquer s’il passe près de chez vous.

Crédit photo : © Philippe Odent

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