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La gourmandise est un vilain défaut

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 30-I-2007. Brett Dean (né en 1961) : Amphitheatre (création en France). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en la mineur op. 77. Igor Stravinsky (1882-1971) : le Sacre du Printemps. Sarah Chang, violon. Melbourne Symphony Orchestra, direction : Oleg Caetani.

Tournée européenne de l’Orchestre Symphonique de Melbourne

On a un peu tendance à l’oublier, mais Charles Mackerras, Richard Bonynge, Nellie Melba, Joan Sutherland ou David Helfgoot viennent d’Australie. La « Terra Incognita » est, malgré ses dimensions continentales, un pays fort actif, doté d’un opéra de renommée internationale (Sydney) et de plusieurs orchestres de haut niveau. Fondé en 1906, le est de ceux-là, et comme bien de ses homologues britanniques ou américains, il aborde sans complexes un répertoire allant du XVIIIe siècle au cross-over, en passant par le grand répertoire symphonique, la musique de film ou celle… de jeux vidéos ! A l’instar de ses collèges anglophones, il joue donc de tout et de manière plutôt uniforme.

Amphitheatre de est aussi à l’image de ce qu’on imagine en France de la création anglo-saxonne dans sa globalité : une œuvre brillante, fort bien écrite, qui ne se refuse pas à certains réflexes de tonalité. Conçue comme un vaste mouvement lent, désagrégation de l’accord violent initial, cette œuvre est parsemée d’éléments thématiques récurrents souvent confrontés ou opposés sans verser dans le minimalisme répétitif. Amphitheatre donne envie de mieux connaître la musique de , qui reste d’une esthétique traditionnelle sans verser – pour une fois ! – dans le passéisme réactionnaire.

Toute de rose vêtue, maquillée à la perfection, sa chevelure noire tenue en queue de cheval négligemment jetée sur son épaule droite, pendant le Concerto n°1 de Chostakovitch passe de l’image de la poupée de porcelaine à celle de la Gorgone en furie. Une lecture bien curieuse de cette œuvre, nos oreilles étant habituées aux sonorités rauques de son créateur David Oistrakh et ses « successeurs » Maxim Venguerov ou Vadim Repin. opte pour une vision toute en retenue, le son presque étouffé – sans jamais être couverte par l’orchestre – tel une métaphore sur la destinée de ce concerto, resté plusieurs années au fond des cartons, le compositeur ayant été victime de l’oukase de 1948 sur le « formalisme petit-bourgeois ». La violoniste bénéficie du soutien sans faille d’, accompagnateur attentif dont nous avons pu prendre toute mesure de son talent lors de ses rares venues en France (Strasbourg, Toulouse et Paris). L’orchestre, s’il obéit de manière très disciplinée, reste toutefois en retrait de l’esprit désespéré de l’œuvre.

Seulement jouer ce concerto de Chostakovitch est pour une formation symphonique un vrai défi, tant l’écriture en est complexe. La pièce initiale de Brett Dean ne donnait pas non plus dans la simplicité. Terminer ce programme déjà bien dense par le Sacre du Printemps relève de l’appétit pantagruélique… et la digestion ne fut pas vraiment bonne. Manque de préparation ou fatigue d’une tournée elle aussi bien remplie, l’Orchestre Symphonique de Melbourne et son chef réussirent le tour de force de rendre ennuyeuse cette partition phare de l’histoire de la musique. Les instrumentistes à vent – dès le solo de basson initial – donnent de sérieux signes de fatigue. cherche en vain à privilégier le pupitre de cordes mais sa battue lourde écrase tous les plans sonores sous d’implacables fortissimos. Cette tournée européenne se voulait être le témoin sur le vieux continent de l’activité musicale du nouveau monde austral. Il aurait peut-être mieux valu se montrer moins gourmand…

Crédit photographique : © DR

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 30-I-2007. Brett Dean (né en 1961) : Amphitheatre (création en France). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en la mineur op. 77. Igor Stravinsky (1882-1971) : le Sacre du Printemps. Sarah Chang, violon. Melbourne Symphony Orchestra, direction : Oleg Caetani.

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