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Georges Enesco, pur musicien humaniste parmi les purs

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Les Souvenirs de Georges Enesco. Bernard Gavoty. Éditions Kryos, Collection domaine roumain, Paris. 150 pages. Prix pour la France : 10 €. ISBN : 2-915518-05-X. Dépôt légal : septembre 2006.

 

1955 vit la triste disparition de deux géants qui avaient choisi Paris comme ville d’adoption : le suisse Arthur Honegger et le roumain . Si après un injuste purgatoire l’importance du premier est maintenant universellement reconnue et espérons-le définitivement acquise, surtout grâce aux efforts de sa fille Pascale Honegger ainsi que par les publications de Harry Halbreich, le second demeure encore pour beaucoup en priorité le violoniste d’exception et accessoirement l’auteur d’une Rhapsodie Roumaine (n°1, bien entendu !) ce que d’ailleurs Enesco a déploré toute sa vie, se considérant d’abord comme musicien, ensuite compositeur, puis chef d’orchestre, et enfin instrumentiste… Aussi, tout comme Halbreich l’avait fait pour Honegger, il convient de manifester chaleureusement notre gratitude aux Éditions Fayard et à son auteur Alain Cophignon pour avoir publié Georges Enesco, cette étude magnifique et exhaustive relative au compositeur roumain.

L’ouvrage sous rubrique, qui ne prétend pas concurrencer le précédent, lui est finalement le digne et indispensable complément : il s’agit en fait d’une réédition bienvenue d’une publication Flammarion datant de 1955, et l’on s’en serait bien douté, puisque l’auteur nommé Clarendon n’est autre que le fameux critique musical du Figaro littéraire – et accessoirement organiste et propriétaire d’un domaine vinicole provençal – Bernard Gavoty. Le document ayant servi de base à ce petit volume était le texte des vingt « Entretiens avec  » diffusés en 1951, puis en 1953, par la chaîne nationale de la Radiodiffusion Française. Si Gavoty a probablement guidé Enesco dans la rédaction du texte, sa lecture ne donne aucunement l’impression d’une intervention extérieure à celle du compositeur même, hormis bien évidemment la préface due à Gavoty : il ne s’agit donc pas ici d’un ensemble de questions-réponses tel que Clarendon l’avait transcrit pour Je suis compositeur d’Arthur Honegger, mais bien une constante méditation poétique du compositeur roumain sur les événements successifs de sa vie : son enfance, l’éveil à la musique, Vienne et Paris villes de sa formation musicale, les temps difficiles et les deux guerres, le métier de violoniste et la carrière de compositeur, ses musiciens-dieux, et finalement l’opéra Œdipe, le point culminant de son activité créatrice.

On sort de la lecture de cet ouvrage touchant, envahi d’un réel attachement à la personnalité et à l’humanité profonde de cet être d’exception qui a œuvré toute sa vie avec simplicité et génie, et qui avoue humblement avoir donné des concerts et des récitals de violon à travers le monde dans le but de se retirer le plus tôt possible en Roumanie et, sans aucun soucis matériel, se consacrer uniquement à la composition. Les deux guerres – la première l’ayant ruiné, la seconde n’ayant rien arrangé – en ont décidé autrement en cassant ses espérances, et Dieu seul sait les chefs-d’œuvre dont elles nous ont stupidement et irrémédiablement privés.

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Les Souvenirs de Georges Enesco. Bernard Gavoty. Éditions Kryos, Collection domaine roumain, Paris. 150 pages. Prix pour la France : 10 €. ISBN : 2-915518-05-X. Dépôt légal : septembre 2006.

 
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