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Vladimir Jurowski, l’ivresse des sommets

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vladimir-jurowskiÉvénement à Bruxelles : l’Orchestre Symphonique de la Monnaie accueille . Fils du chef d’orchestre Michael Jurowski, ce jeune musicien s’impose au fil des concerts et des disques comme l’une des jeunes baguettes les plus fascinantes du moment.

« Ce n’est pas facile d’être un enfant de musicien quand on se destine à ce métier et c’est encore moins facile d’être chef d’orchestre quand son père l’est. »

ResMusica  : Vous êtes issus d’une famille de musiciens et votre père est un chef d’orchestre réputé. Avez-vous toujours voulu être chef d’orchestre ?

 : Non, mais cette orientation a été décidée assez tôt. A quinze ou seize ans, j’ai découvert la musique de Gustav Mahler puis j’ai assisté à un concert avec l’Orchestre des jeunes du Schleswig-Holstein sous la conduite de Leonard Bernstein. Ces deux événements ont scellé ma décision de devenir chef d’orchestre.

RM : Je suppose qu’il n’est pas aisé d’être un jeune musicien dans une famille de musicien. Est-il encore plus délicat d’être chef d’orchestre quand son père est lui-même chef d’orchestre ? 

VJ : En effet, ce n’est pas facile d’être un enfant de musicien quand on se destine à ce métier et c’est encore moins facile d’être chef d’orchestre quand son père l’est. Mais bon, il y a d’autres cas dans l’histoire et donc je ne suis pas seul dans cette curieuse situation.

RM : Quelle a été son influence sur vous et sur votre développement de chef d’orchestre ?

VJ : J’ai observé mon père diriger dès mes cinq ans. Ensuite, il m’a donné mes premières leçons de direction, j’ai aussi été son assistant pendant quelques années. Au fond, j’ai essentiellement appris avec lui pendant mon enfance, mon adolescence et puis un peu ensuite.

RM  : Vous dirigez autant d’opéras que de concerts. Cette double activité est devenue rare à une époque où les stars du podium se concentrent presque exclusivement sur le concert. Pensez-vous que l’alternance lyrique / symphonique est importante pour un musicien ?

VJ : Certainement et c’est très important pour moi ! Je sens que ces deux faces de ma vie de chef d’orchestre sont le complément l’une de l’autre. C’est ainsi qu’agissaient les chefs d’orchestre du passé. Au fond, voyez-vous, je suis très « vieille école » !

RM : Vous êtres chef principal du London Philharmonic (LPO) et premier chef invité de l’Orchestre National de Russie (RNO). Pouvez-vous nous présenter les caractéristiques de ces deux phalanges ?

VJ : Cela prendrait des heures ! En résumé, ils sont très différents et j’aime travailler avec tous les deux. Le son, la mentalité – tout est dissemblable, et tout est évidemment défini par le pays auquel chaque orchestre appartient. Quoique le London Philharmonic soit traditionnellement le plus « germanique » des orchestres londoniens (à cause des directions successives de chefs comme Bernard Haitink, Georg Solti, Klaus Tennstedt et Kurt Masur). L’Orchestre National de Russie possède de tous les orchestres russes, la mentalité la plus proche des formations symphoniques américaines, mais sa sonorité est intensément russe.

RM : Votre disque Chostakovitch frappe par ses teintes sombres et son pessimisme, et cela même dans la bondissante symphonie n°1. Quelle est votre vision de ce compositeur ?

VJ : Cela prendrait aussi des heures ! J’ai tendance à replacer Chostakovitch dans le contexte de son temps, qui était sombre comme nous savons tous. Le compositeur avait cette capacité étonnante de sentir et d’exprimer la souffrance d’autres personnes – des milliers, des millions d’entre eux. Un peu comme Mahler, mais peut-être même plus. Donc sa musique est sombre même quand il semble plus heureux ou plus flamboyant dans son style. Même les Suites de jazz sont tout à fait mélancoliques dans leur mélange d’humour et la mélancolie. Comme quelqu’un a dit, les futures générations étudieront l’histoire du vingtième siècle sur l’exemple de la musique de Chostakovitch…

RM : Quels sont vos différents projets en matière de DVD et CD ? 

VJ : Je continue la série de DVD de Glyndebourne où je suis directeur musical du festival d’opéra. Au niveau des CD, j’ai terminé un disque Prokofiev avec le RNO pour Pentatone. Il s’articulera autour de la symphonie n°5. En décembre dernier, j’ai enregistré le Concerto pour piano n°5 de Beethoven avec Hélène Grimaud et la Staatskapelle de Dresde pour DGG.

Crédits photographiques : © Hiroyuki Ito

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