Trilogie Monterverdi Vol III : la sommation du tout

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Claudio Monteverdi (1567-1643) : Il ritorno d’Ulisse in patria. Mise en scène, réalisation et décors : Jean-Pierre Ponnelle. Costumes : Pet Halmen. Avec : Werner Hollweg, l’Humana Fragilità / Ulisse ; Werner Gröschel, il Tempo ; Renate Lenhart, la Fortuna / Giunone ; Klaus Brettschneider, Amore ; Jozsef Dene, Giove ; Hans Franzen, Nettuno ; Helrun Gardow, Minerva ; Trudeliese Schmidt, Penelope ; Francisco Araiza, Telemaco ; Simon Estes, Antinoo ; Peter Straka, Pisandro ; Paul Esswood, Anfinomo : Peter Keller, Eurimaco ; Janet Perry, Melanto ; Philipe Huttenlocher, Eumete ; Arley Reece, Iro ; Maria Minetto, Ericlea. Das Monteverdi-Ensemble des Opernhaus Zürich, direction : Nikolaus Harnoncourt. 1 DVD Deutsche Grammophon 00440 073 4268. Enregistré en 1979. Sous titrages en italien, anglais, allemand, français, espagnol et chinois. Zone 0. 153’

 

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Ce dernier volet de la trilogie Monteverdi, Harnoncourt et Ponnelle a encore plus de prix que les autres, car il n’a jamais été mis en vente en vidéo, malgré les demandes pressantes d’éventuelle clientèle ! Il avait été cependant diffusé à la télévision à une époque où les magnétoscopes étaient encore un produit d’avant-garde cher et réservé aux happy few, et les heureux possesseurs d’une cassette la couvaient et la chérissaient au nom de son extrême rareté. Anomalie réparée près de trente ans après, voici donc dans les rayons Il ritorno d’Ulisse in patria.

Très curieusement, cet opéra est le moins souvent représenté des trois de Monteverdi, pourtant la musique en est d’une suffocante beauté, et le livret, s’il ne présente pas le côté sulfureux du Couronnement de Poppée, est à la fois héroïque et poétique, présente des scènes d’action haletante, des moments de pur comique, et un duo d’amour final cent fois plus émouvant que le « Pur ti godo » du Couronnement, d’autant plus que celui-ci est sincère !

Est-ce la force de la musique ou l’expérience acquise avec les deux premiers volets ? On a l’impression ici que se montre plus tempétueux, plus nerveux que dans ses prestations précédentes, et cette fois-ci la distribution, principalement du côté masculin, est vraiment à la hauteur !

Par la présence d’abord de , absent des autres volets, interprétant tout d’abord la Fragilité Humaine puis Ulysse, dessinant un héros viril, mûri par les épreuves, et véritablement touchant. Par celle du très poétique , déjà pâtre remarquable dans l’Orfeo, en Télémaque. Par celle du fort joli et bondissant en Eurimaque, aussi excellent qu’il l’avait été en pâtre puis en valetto. Par celle d’un Iro () truculent, et d’un Neptune sonore (). Remarquons pour terminer dans le rôle d’un prétendant.

Les prestations de certains autres protagonistes dont Le retour d’Ulysse fourmille, méritent un silence poli, même si aucune n’est catastrophique ou même simplement mauvaise. On ne peut pas cependant manquer d’évoquer Pénélope, figure centrale de l’opéra. Nous avions jusqu’à présent évité prudemment de mentionner Trudeliese Schmidt, précédemment Musica et Ottavia. Disons simplement que la cantatrice n’est pas une monstrueuse erreur de casting et qu’elle dessine une Poppée passionnée, et physiquement belle dans les somptueux costumes de .

C’est avec ce dernier volet que se dévoilent enfin tous les liens tissés par tout au long de cette trilogie. Nous retrouvons en décor la même cour de château, dont la porte en haut des escaliers s’ouvre parfois sur l’armure et l’arc d’Ulysse, parfois sur la mer, parfois sur la végétation d’Ithaque. Les Dieux de l’antiquité sont absents du Couronnement de Poppée, vraiment trop amoral pour eux, mais on croise dans L’Orfeo Apollon, Proserpine et Pluton, voici dans Le retour d’Ulysse Neptune, Jupiter, Junon et Minerve, avec tous un air de famille plus ou moins « gothique » dans leurs costumes, leurs coiffures et leur maquillage, leur façon d’observer les turpitudes humaines dans des petites loges de coté, leurs gestes galants. Nous retrouvons également les mêmes figures allégoriques, l’Amour et la Fortune du Couronnement, confiés aux mêmes interprètes. Même les personnages s’en mêlent ! La nourrice d’Ulysse, servante de Pénélope, est l’ex-nourrice d’Ottavia, l’ancienne amoureuse Drusilla est métamorphosée en légère Melanto, courtisée par l’ex-Valetto ayant abandonné sa Damigella ! Oui, vraiment, tous les personnages se correspondent et tissent des liens d’un opéra à l’autre, et il est bien dommage que l’on n’ait pas confié Eurydice avant Poppée à , comme c’était le cas sur scène à Zürich.

Il en est parfois de certaines productions de même que de certaines très belles femmes : le temps passe, les rides se creusent et on trouve sur un visage aimé les marques du temps, qui le rendent plus beau encore, d’une beauté moins normée. C’est le cas de cette trilogie, et tout particulièrement de ce Retour d’Ulysse.

Lire les articles sur les deux autres DVD Monteverdi – Harnoncourt – Ponnelle : l’Orfeo et l’Incoronazione di Poppea.

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