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François Piolino, ténor passionné

Ténor passionné et passionnant, sillonnant les Opéras de France, d’Allemagne et du Japon, , après une carrière baroque, poursuit actuellement son chemin dans des rôles aussi divers que Sebas du Roi Candaule, Valzacchi, ou encore Monostatos. Après un passage à la Guildhall School of Music de Londres et de prestigieuses collaborations avec les plus grands chefs du moment (William Christie, Jean-Claude Malgoire, Yvan Fischer,…), il s’apprête aujourd’hui à retrouver le baroque et Monteverdi.

« La carrière lyrique s’est plus ou moins imposée à moi, sans que ce soit un choix délibéré ou une volonté de toujours. »

ResMusica : A quoi ressemble votre planning en ce moment ?

 : Je suis actuellement à Tourcoing pour le Retour d’Ulysse de Monterverdi, avec Jean-Claude Malgoire : je chante Télémaque et Jupiter (un retour aux sources baroques !) ; je pars ensuite directement à la Staatsoper de Berlin, pour chanter Goro dans Madama Butterfly ; puis c’est Carmen au Châtelet, et ensuite la Flûte enchantée à Hyogo, au Japon, sous la direction de Yutaka Sado.

RM : Quand on regarde votre biographie, on s’aperçoit que vous avez chanté dans les plus grands opéras du monde, à la Scala de Milan, à Bastille, à la Staatsoper untern den Linden, au Teatro Colòn… Pouvez-vous nous décrire en quelques phrases votre chemin artistique jusqu’à aujourd’hui ?

FP : La carrière lyrique s’est plus ou moins imposée à moi, sans que ce soit un choix délibéré ou une volonté de toujours. Cela s’est produit de par la suite des évènements ; j’ai bien sûr fait un choix : celui d’arrêter les études universitaires pour entrer au conservatoire, et ensuite, la vie a fait que j’ai réussi une carrière dans le chant. J’ai décidé de prendre des cours de chant vers dix-huit ans, à la suite d’un « Grand échiquier » (émission culturelle mythique de France 2) qui était consacré à Ruggiero Raimondi ; après quelques années (deux ou trois, je ne sais plus ) à l’école de musique, j’ai choisi de faire le conservatoire ; ça a d’abord été dans la ville où je vivais, Delémont, dans le Jura, en Suisse, puis je suis parti à Lausanne, où j’ai obtenu le « Diplôme d’enseignement du chant », qui correspond à un Premier Prix de conservatoire français (en effet, en Suisse, toutes les études comportent de la pédagogie, et les diplômes sont des diplômes d’enseignements). Je suis parti à Londres, à la Guildhall School of Music and Drama, mais je n’y ai fait qu’un séjour éclair, car l’école organisait une production de Fairy Queen de Purcell, dirigée par William Christie : il m’a tout de suite demandé de rejoindre les Arts Florissants ; je suis donc venu m’installer à Paris, où j’ai travaillé presque exclusivement avec cet ensemble spécialisé dans la musique baroque française, et ce pendant onze ans. L’année 2000 marque un tournant dans ma carrière, car j’ai abandonné (un peu par la force des choses) le monde baroque pour entrer dans celui de l’opéra : depuis, je chante, surtout en France, sur des scènes aussi variées que Marseille, Strasbourg, Nancy, Garnier, Bastille, Châtelet, et à l’étranger, à Londres, Liège, Berlin ou au Japon.

RM : Quelques mots sur les grands chefs qui ont accompagné votre carrière : William Christie, Jean-Claude Malgoire, Marc Minkowski… Quelles sont leurs particularités avec les chanteurs, ont-ils des méthodes de travail et d’approche très différentes ?

FP : Chaque chef a ses particularités et ses attentes, et c’est la diversité de leurs personnalités qui rend ce métier si intéressant. Ces chefs que vous citez, ainsi que d’autres avec qui j’ai travaillé, Philippe Jordan, Dan Ettinger, Yvan Fischer ou Bernhard Kontarksy, ont tous le même point commun : l’amour de la voix et de l’opéra. Leur exigence va de pair avec leur talent, et chanter sous leur baguette est toujours une expérience enrichissante. Leur approche du travail est certes différente : l’un va répéter en détail chaque phrase et dire très précisément ce qu’il veut ; un autre va laisser la musique se faire selon votre propre sensibilité ; un autre encore va vous donner quelques indications, mais c’est surtout sa baguette qui vous en dira le plus. Au final, chaque chef obtient ce qu’il désire par des chemins très différents.

RM : Si on vous demandait de choisir les trois moments les plus forts de votre carrière, quels seraient-ils et pourquoi ?

FP : Depuis dix neuf ans que je fais carrière, j’ai eu beaucoup de moments forts, les premiers avec les Arts Florissants : des concerts inoubliables à la chapelle royale de Versailles, ou des tournées dans le monde entier ; plus particulièrement, je citerais mes débuts à l’Opéra de Paris, dans Hyppolite et Aricie, dans le rôle de Tisyphone : chanter pour la première fois sur la scène mythique de l’Opéra Garnier était un moment très fort. Le couronnement de Poppée à Aix-en-Provence, sous la direction de Marc Minkowski : une grande émotion de se retrouver soliste sur ce plateau que j’avais pratiqué avec les chœurs des Arts Florissants, de plus pour chanter un duo avec Anne-Sophie von Otter…La découverte de la partition du Roi Candaule (Der König Kandaules) de Zemlinsky a été un choc : l’orchestre flamboyant, les sonorités enveloppantes et sensuelles, la palette des couleurs, la conduite de la ligne vocale, … tout vous submerge et vous vous abandonnez à l’érotisme sulfureux de cette musique. Un grand compositeur, malheureusement trop méconnu, mais qui est heureusement en train d’être réhabilité.

RM : Votre répertoire est extrêmement varié, d’Offenbach à Zemlinsky, en passant par Bizet, Richard Strauss et Mozart. Etes-vous aussi à l’aise dans chacun des répertoires (français, allemand, contemporain, …), avez-vous des préférences de rôles ?

FP : Etant né à Bâle, j’ai fait une partie de mon école primaire, ainsi que toutes mes études universitaires en allemand ; mais nous avons toujours parlé français à la maison ; j’ai donc grandi bilingue, avec deux cultures, la musicale étant plutôt allemande, la littéraire, française. Mon cœur se porte donc plus volontiers vers la musique allemande, qui me parle plus et que j’affectionne particulièrement ; mais je chante aussi beaucoup de musique française : vivant en France, le répertoire français est plus présent. C’est un répertoire qui m’est moins connu et que je découvre avec beaucoup de plaisir. Pour ce qui est des rôles, mon rôle « fétiche » est Monostatos de la Flûte enchantée : je l’ai chanté cinquante neuf fois en cinq ans ! J’aime beaucoup Valzacchi du Chevalier à la rose, ou Franz des Contes d’Hoffmann : ce sont des rôles de caractère, qui demandent de beaucoup jouer, et qui permettent de s’amuser énormément en scène.

RM : Dans les rôles que vous avez incarnés, y a-t-il une mise en scène qui ait été très difficile pour vous ? Lesquelles vous ont laissé un souvenir particulier, et pourquoi ?

FP : Je n’ai jamais eu de difficulté pour une mise en scène ; les rôles que je chante n’étant pas des premiers plans, leur durée n’est pas très longue et ils ne sont pas trop éprouvants vocalement ; en revanche, ils sont en général assez physiques : il faut bouger, sauter, courir… j’ai même chanté en dansant et en faisant le poirier sur un sofa ! Le plaisir de chanter ces rôles vient autant de la musique que de l’engagement physique : il faut toujours inventer quelque chose de nouveau sur scène.

RM : Y a-t-il un rôle que vous rêvez d’interpréter, et pourquoi ?

FP : Oui ! Je veux absolument chanter Loge de L’Or du Rhin et Mime de Siegfried ! J’ai la voix et le physique de ces rôles, et chanter Wagner est pour moi un but que j’adorerais atteindre très prochainement !

RM : Quels sont vos projets pour les saisons à venir ?

FP : Parmi les projets, il y a L’Etoile de Chabrier à l’Opéra-Comique, sous la direction de Sir John Eliot Gardiner, Le Songe d’une nuit d’été à l’Opéra National de Lorraine et Falstaff à l’Opéra du Rhin, à Strasbourg.

RM : Quand vous n’êtes pas sur scène, ou quand vous ne travaillez pas votre voix, quelles sont vos passions et loisirs ?

FP : La vie de chanteur est faite de beaucoup de voyages, de longs séjours dans des hôtels ou appartements, et d’attente ; il faut donc s’occuper. Pour ma part, je visite toujours le musée des beaux arts, dans chaque ville où je suis, et j’y fais la tournée des antiquaires et brocanteurs répertoriés sur les Pages Jaunes : cela permet de s’éloigner des grandes rues commerçantes et de découvrir des quartiers où on ne serait pas allé, et, qui sait, de dénicher la perle rare…Pour les heures passées dans les trains, les DVD sont bien agréables, ainsi que les mots croisés. Par goût du travail manuel minutieux et requérant de la patience, j’ai beaucoup brodé, dans les trains et les appartements, mais en ce moment, je n’en ai plus trop envie : le travail est très long, il faut des mois pour terminer un ouvrage. J’ai donc remplacé la broderie par le tricot : les réalisations (écharpes, bonnets, pulls, …) font des cadeaux bien plus utiles que les objets brodés ! De plus, le résultat est plus rapide : quelques jours pour faire une écharpe ou un bonnet. J’emmène donc mon tricot partout, même dans la loge.

Crédits photographiques : © D.R.

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