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Impossible de ne pas aimer Brahms ainsi !

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Johannes Brahms (1833-1897) ; trios avec piano et cordes : n°2 en ut majeur op. 87, n° 3 en ut mineur op. 101 ; Graf Mourja, violon ; Françoise Groben, violoncelle ; Peter Laul, piano ; 1 CD Intégral Classic : INSO 221. 334 ; Enregistré en Mars 2005 à Paris ; Notes en français, traduction en anglais et en allemand ; Durée totale : 46’28’’.

 

Voilà de jeunes interprètes qui ne manquent pas d’air. Il souffle, sur ces deux trios, un air des plus purs et des plus vivifiants. Tel un félin bondissant hors de sa cachette, nos trois interprètes attaquent le trio n°2 en nous laissant pantelants et hagards.

Passée la première surprise, on essaye de se reprendre en se disant que les musiciens ont tout mis dans cet effet-là et qu’ils ne tiendront pas la distance, tel le guépard qui compte sur son effet de surprise et sa vitesse mais ne peut perdurer. Eh bien non, les sonorités fauves, ardentes, presque rauques du début vont évoluer, se développer et les nuances vont se faire subtiles, la dynamique, inouïe. Il s’agit plutôt d’un trio de panthères. Ce choix de sonorités inhabituellement musquées est un choix audacieux, très éloigné de l’habituelle beauté léchée des interprétations connues de ces trios.

Brahms n’est pas, ici, l’homme bien élevé, sentencieux, sérieux tel qu’il apparaît barbu et bedonnant dans ses portraits de la maturité. Au contraire il est vif, véritablement romantique, échevelé, débordant d’émotions non contenues comme il apparaît dans de superbes portraits de jeunesse.

Après cet allegro energico pris au mot, « le presto » qui suit est une course tout en souplesse et débordante d’une vie qui passe sans regrets. L’» andante gracioso » est un pur moment de paix ; les félins connaissant des moments de tendresse qui font oublier leur férocité.

L’allegro molto n’est pas en reste. On pensait ne plus pouvoir être surpris par ces interprètes. C’était sans compter sur leur intelligence musicale et la parfaite compréhension qu’ils semblent avoir de cette musique. Leur écoute mutuelle des phrases qui passent de l’un à l’autre nous permet de suivre avec bonheur les superbes mélodies et les rythmes appuyés, bien différenciés des moments de fusion des timbres. Le piano, à certains moments, chante comme les cordes, qui elles-mêmes deviennent à d’autres moments instruments à percussion. C’est vertigineux.

Le trio n° 3 commence plus en douceur, mais est également très construit et nos interprètes en détaillent les merveilles tout en assurant une vison d’ensemble d’une largeur exceptionnelle. La complexité de composition de ce superbe trio, loin de les impressionner, décuple leurs audaces interprétatives, toutes plus séduisantes les unes que les autres. Ces choix sont certainement discutables mais tellement convaincants ! Il est impossible de tout détailler, sachez toutefois que les larmes montent facilement aux yeux.

Il est difficile de croire que Graf Mourja, Françoise Groben et , qui tous trois sont de superbes solistes, ne travaillent ensemble que depuis 2002 tant leur lecture est aboutie, leur entente évidente et leur équilibre si proche de la perfection. Certains Trios de renom ont mis bien des années à atteindre un résultat si enthousiasmant. Si ce Trio n’a pas encore de nom il a bien mieux que cela, il a une « patte », oui, pattes de félin puissantes ou délicates mais toujours pleines de vie ! Voilà un disque qui fera certainement grand bruit dans la discographie brahmsienne.

Un Trio à suivre qui offrira certainement beaucoup de joie à son public, qu’on lui souhaite nombreux, car un disque étant toujours moins vivant qu’un concert, il est facile d’imaginer l’effet de telles interprétations en public…

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Johannes Brahms (1833-1897) ; trios avec piano et cordes : n°2 en ut majeur op. 87, n° 3 en ut mineur op. 101 ; Graf Mourja, violon ; Françoise Groben, violoncelle ; Peter Laul, piano ; 1 CD Intégral Classic : INSO 221. 334 ; Enregistré en Mars 2005 à Paris ; Notes en français, traduction en anglais et en allemand ; Durée totale : 46’28’’.

 
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