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La Pie voleuse, véritable régal

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Gioachino Rossini (1792-1868) : La Gazza Ladra. Mise en scène : Michael Hampe. Décors et costumes : Mauro Pagano. Lumières : Hans Tœlstede. Avec : Carlos Feller, Fabrizio ; Nucci Condo, Lucia ; David Kuebler, Giannetto ; Ileana Cotrubas, Ninetta ; Brent Ellis, Fernando ; Alberto Rinaldi, Il Podestà ; Elena Zilio, Pippo ; Erlingur Vigfusson, Isacco ; Eberhard Katz, Antonio ; Klaus Bruch, Giorgio ; Ulrich Hielscher, Ernesto ; Francisco Vergara, un colonello. Chœurs de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Hans Wolfgang Schmitz) Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Bruno Bartoletti. Réalisation : José Montes-Baquer. 1 DVD Arthaus 102. 203. Enregistré en 1987 à l’opéra de Cologne. Sous-titrages en anglais, allemand, français, espagnol. Toutes zones. Durée : 182’

 

Mise à part sa prodigieuse ouverture, reprise à l’envie dans les dessins animés, publicités télévisées et autres émissions vidéogaguesques, la Pie voleuse est loin d’être l’opéra le plus joué et le plus enregistré de Rossini. Une version CD de référence chez Sony en 1989, avec rien moins que Katia Ricciarelli, et Samuel Ramey, et le présent DVD datant de 1987, qui eut même les honneurs d’une diffusion en prime time en 1992 à la télévision française, pour les festivités du bicentenaire de la naissance de Rossini, pas grand chose de plus. Mais ces deux enregistrements, excellents, suffisent à notre bonheur.

Peut-être ce désamour est-il dû au livret, de style larmoyant (dit encore «à sauvetage») qui fit la grande fortune de l’opéra comique français de la fin du XVIIIe siècle (Nina ou la folle par amour de Dalayrac) et de l’opéra semiseria italien (Nina pazza per amore de Paisiello, repris du précédent, jusqu’à Linda di Chamounix de Donizetti) dont le principe est simple : une fragile jeune femme est victime de terribles coups du sort, jusqu’à ce qu’elle succombe à sa douleur, mais elle est sauvée à la dernière minute par un événement inattendu, et tout se termine dans l’allégresse générale. Ce genre a donné lieu à des livrets assez insupportables de nos jours. Dans le cas présent, l’histoire est tirée d’un fait divers (hélas) véridique : accusée à tort d’avoir volé des couverts en argent, une jeune servante fut pendue dans les environs de Paris, avant qu’on ne retrouve ces objets dans le nid d’une pie. La Gazza Ladra présente cependant une caractéristique de taille : alors que les opéras semiserie mettent en scène à la fois des personnages nobles et des figures bouffes, celui-ci ne comprend que des héros ou d’infâmes salauds qui ne font pas rire, dans une tonalité uniformément noire. Certaines scènes, comme celle de la prison, ou la marche funèbre ouvrant le finale du 3ème acte sont véritablement angoissantes.

Rossini a composé quelques opéras semiserie : L’inganno felice, Matilda di Shabran… mais cette Gazza ladra composée en 1817, année d’autres chef-d’œuvres, La Cenerentola et Armida, et juste après Il Barbiere di Siviglia et Otello en 1816, est, dans ce genre précis, son coup de maître. Cependant, si cette œuvre comporte beaucoup de belle musique, aucun morceau, à part l’enivrante ouverture, ne marque l’esprit comme certains extraits des œuvres précédemment citées. Est-ce l’explication, jointe à la désuétude du livret, à la durée (trois heures) et au nombre important de personnages, de la quasi-disparition de La Gazza Ladra ?

Un dernier détail peut aussi surprendre l’auditeur moderne. L’œuvre ne comporte pas de vocalises débridées, de difficultés vocales spectaculaires, et ne nécessite donc pas particulièrement de grands virtuoses spécialistes du chant rossinien, comme d’ailleurs l’équipe ici réunie.

Dans le rôle principal, crève l’écran. Son charme, sa fraîcheur, sa force fragile, la beauté et l’engagement de son chant en font la Ninetta idéale.

On dira un peu moins de bien du reste de la distribution, mais il faut préciser que la somme vaut mieux que les parties, et que la troupe réunie est idéale d’engagement et de crédibilité scénique. Il n’y a rien à reprocher à la technique vocale de son fiancé, Giannetto, interprété par , mais que le timbre est laid ! est un père noble parfait, contrairement au Podestat d’, toujours à l’extrême limite de ses moyens, mais scéniquement parfaitement libidineux. La vivacité d’ en Pippo fait oublier une émission vraiment bizarre, tout comme les dons d’acteur de font passer un timbre usé jusqu’à la trame. Nucci Condo campe une bonne Lucia. mène tout son petit monde à bon port sans encombre.

La mise en scène date du temps (vingt ans tout rond, déjà !) où le fait de dire qu’elle vient d’un théâtre allemand ne fait pas frémir d’horreur à l’avance. Tout au contraire, les décors sont vraiment ravissants, notamment une cour de ferme et une place de village ensoleillées, méditerranéennes à souhait, les costumes à l’avenant, et la direction d’acteur, précise et dynamique. Un véritable régal.

Un joli DVD d’une œuvre rare, à ne pas manquer.

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