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Le public en délire pour Yo-Yo Ma

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 10-V-2007. Franz Schubert (1797-1828), Ouverture de Rosamunde D. 644, Symphonie n. 9 en ut majeur « La Grande » D. 944. Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Concerto pour violoncelle et orchestre n. 1 en mi bémol majeur op. 107. Yo-Yo Ma, violoncelle. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Si Schubert a été le maitre incontesté du Lied, sa musique symphonique s’est souvent trouvée un peu moins privilégiée. Composée en 1820 et publiée en 1827 par l’éditeur Leidesdorf, l’ouverture de Rosamunde est en réalité l’ouverture de la musique de scène de La Harpe enchantée. Cette œuvre à peine connue et presque pas jouée, son ouverture est pourtant maintenue à l’affiche des concerts. Les idées musicales témoignant de l’imagination sonore de Schubert, de son élégance mélodique et de sa vitalité rythmique sont charmantes, mais leur développement suit un cours plus incertain. Cependant elle révèle déjà la qualité d’un génie et son intimisme romantique. L’intensité calme de son expression et de son émotion ont touché le public, le préparant au moment le plus attendu de toute la soirée : le Concerto pour violoncelle n° 1 de , rendu spectaculaire par la présence de . Crée par , c’est au souvenir de ce dernier, récemment disparu, que le violoncelliste l’a dédié.

La partie de soliste de ce concert met en valeur toutes les particularités de l’instrument. L’extraordinaire variété de structures formelles, de traits stylistiques et expressifs révèlent en même temps le caractère méditatif du concert et sa subtile mélancolie. Le premier mouvement est à la fois tendu, souple et concentré. Son dynamisme provient de la cellule de quatre notes (sol, mi, si, sib) annoncée par le soliste. Cette idée domine la scène jusqu’à sa variante (do, si, mib, re) du motif-signature DSCH de Chostakovitch. Un solo de cor assume un rôle important pendant tout le concert. La cadence du deuxième mouvement gagne lentement en rapidité. , conciliant virtuosité et lyrisme avec une grande simplicité et une charge émotionnelle indescriptible, a poussé le public dans un véritable délire. Sa recherche du timbre et tous les expédients techniques (sons harmoniques, sons sur le pont, glissandi, etc. ) ne sont jamais une fin en soi mais relèvent d’un sens de sobriété expressive et d’autonomie créatrice. Après une référence au thème principal, nous sommes plongés dans le dernier mouvement caractérisé par un humour féroce et primitif où le motif épigrammatique du début revient sur le cor solo, amenant le mouvement à une conclusion réprobatrice. Dommage que l’orchestre n’ait pas toujours été à même de suivre le rythme du violoncelle…

La Symphonie de Gmunden-Gastein dite la Grande de Schubert représente la synthèse d’esprit romantique et classique propre à Schubert et semble un accomplissement de ses Symphonies n° 4 et n° 6. De par ses remarquables dimensions, c’est à son propos que Schumann parle de « céleste longueurs » : une ampleur comparable à la Symphonie n° 9 de Beethoven.

Après une lente introduction où les cors à l’unisson appellent comme au lointain, nous plongeant dans la forêt germanique, l’entrée brusque de l’allegro construit sur deux thèmes nous fait retourner au classicisme. Le scherzo joyeux et même voluptueux succédant à un andante rêveur et pastoral prépare à l’allegro vivace du final. Sur ce chef-d’œuvre du répertoire germanique, Masur livre sa vision pleine de force et de sens, mettant en évidence toute l’invention harmonique de Schubert et son lyrisme romantique. L’orchestre souligne bien le foisonnement de thèmes mélodiques et lyrique, les passages rapides du majeur au mineur, les modulations hardies, les notes altérées, les accords irrésolus, la fréquence des dissonances.

Dommage qu’au final : l’accord (complètement faux – les vents !-) ait obligé le Maestro à couper soudainement la dernière « couronne »…

Crédit Photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 10-V-2007. Franz Schubert (1797-1828), Ouverture de Rosamunde D. 644, Symphonie n. 9 en ut majeur « La Grande » D. 944. Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Concerto pour violoncelle et orchestre n. 1 en mi bémol majeur op. 107. Yo-Yo Ma, violoncelle. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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