Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bonnes intentions mais moyens un peu justes

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 15-V-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Hermann et Dorothée, ouverture op. 136 ; Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97  ; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines farhenden Gesellen ; Wolfgang Holzmair, baryton  ; Ensemble Orchestral de Paris, direction : John Nelson.

L’avaient-ils prévu de longue date ? Toujours est-il que jouer l’ouverture Hermann et Dorothée de Schumann basée sur le thème de La Marseillaise la veille de l’intronisation de notre nouveau Président de la République ne pouvait qu’être de circonstance. Pourtant l’inspiration y est totalement romantique, issue, non de la Révolution française, mais du poème idyllique du même titre, de Gœthe. Publiée à titre posthume en 1857, cette ouverture aurait dû être suivie d’une œuvre complète (oratorio ou singspiel) mais la mort du compositeur nous en a privés. Il nous reste aujourd’hui une ouverture d’une dizaine de minutes, assez peu jouée ou enregistrée, pourtant fort plaisante à entendre, même si on est en deçà d’un chef-d’œuvre tel que l’ouverture Manfred. L’interprétation de ce soir était assez réussie, allante, sans être pour autant transcendante. En quelque sorte à l’image de l’ouverture elle-même.

Les quatre Lieder eines farhenden Gesellen furent interprétés comme à leur création à Berlin en 1896 par un baryton, en l’occurrence l’autrichien Wolfgang Holzmair. Sa voix au timbre très viril, a manqué un peu de subtilité et de nuance, notamment dans sa couleur trop uniforme, pour rendre pleinement l’émotion de ces lieder. Néanmoins on a pu apprécier certaines qualités dans l’interprétation du chanteur qui a toujours essayé de faire vivre chaque phrase, parfois en accentuant un peu le sforzando au détriment de la couleur. Il a eu l’intelligence de jouer avec ses moyens qui résidaient plus dans la dynamique que dans la couleur et la subtilité du timbre. L’accompagnement attentif de a parfaitement soutenu le discours du chanteur, sans jamais le couvrir, au prix d’un soupçon de retenue qui nous a privés d’un poil d’animation supplémentaire, ce qui n’aurait pas fait de mal. Néanmoins, ce fut dans l’ensemble fort bien fait, même si pas forcément mémorable.

Reliquat de l’année Schumann oblige, c’est le troisième orchestre parisien à nous donner sa version de la Symphonie « Rhénane » après l’Orchestre de Paris et Le National. Si le premier était quelque peu passé à côté, le deuxième l’avait bien mieux réussi sous la direction de Kurt Masur, faisant de cette soirée le meilleur concert Schumann que nous ayons entendu cette saison. Disons que et son orchestre s’en sont plutôt bien tirés, compte tenu de leur moyens, même si la réussite de Kurt Masur est restée hors de portée. A leur crédit, un engagement et une vigueur qui ont su animer le premier mouvement évoquant les flots du Rhin, un tempo en général assez rapide rendant l’interprétation vivante, surtout dans ses passages vifs, un phrasé jamais lourd. En contrepartie, il a manqué un peu de poids, de puissance, d’intensité à cette lecture. Et bien que l’orchestre eût manifestement renforcé son effectif habituel, il n’a pas montré une capacité à sonner « grand orchestre symphonique », ce qu’il n’est pas, à la base. En particulier, les cordes n’ont pas toujours résisté à la puissance des cuivres et l’assise dans les basses était bien absente (les quatre contrebasses quasiment jamais audibles). Cela fait que les parties lentes, notamment le 4ième mouvement Feierlich, étaient moins réussie ; et que le dernier mouvement (fatigue ?) n’a pu démarrer de façon jubilatoire mais légèrement « petit bras ». Entre parenthèses et à propos de bras, un grand bravo à Nathalie Gantiez, timbales solo, qui fut remarquable pendant tout le concert, où on a eu le sentiment que l’esprit de l’interprétation allait dans le bon sens, mais que les moyens de l’orchestre n’ont pas permis d’aller jusqu’au bout.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 15-V-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Hermann et Dorothée, ouverture op. 136 ; Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97  ; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines farhenden Gesellen ; Wolfgang Holzmair, baryton  ; Ensemble Orchestral de Paris, direction : John Nelson.

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