Concerts, La Scène, Musique symphonique

Murray Perahia, pianiste et chef d’orchestre

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Paris. Salle Pleyel. 15-V-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n. 31 en ré majeur « Paris » K. 297, Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concert pour piano n. 2 en si bémol majeur op. 19, Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n. 104 en ré majeur « Londres ». Murray Perahia, piano ; Academy of St Martin-in-the-Fields, direction : Murray Perahia.

, connu dans le monde entier comme l’un des pianistes les plus appréciés de notre temps, s’est imposé depuis quelques années comme chef d’orchestre. Doté d’une rare sensibilité musicale, il s’est produit à la salle Pleyel avec l’Academy of St Martin-in-the-Fields, dans un programme caractérisé par les œuvres des plus grands compositeurs du classicisme musical, Haydn, Mozart et Beethoven. Leurs recherches à l’égard du langage et de la cohérence de la forme ont donné vie à des chefs-d’œuvre s’appuyant sur deux dimensions inséparables : le temps (loi de successivité) et l’espace (relations permanentes entre tous les mouvements). La direction de Perahia, alliant le passé du « classicisme » formel et le présent de chaque moment qui recèle une part d’éternité, nous a montré l’immortalité de ces œuvres.

La symphonie n. 31 de Mozart représente un des rares succès que le compositeur ait remporté à Paris. C’est délibérément que Mozart ouvre son mouvement d’introduction brillant et solennel sur ce « premier coup d’archet » si prisé des français, de même qu’il confie le début du finale vivace aux seuls violons dans la nuance piano, au lieu de commencer sur un puissant unisson, comme on aurait pu s’y attendre. L’ particulièrement renommée pour ses enregistrements de Mozart (depuis 2002 elle est ensemble résident du Festival Mostly Mozart au Barbican Centre de Londres), a fait de cette symphonie un succès grâce à son esprit divertissant et jamais austère. L’explosion fulgurante du tutti au bout de huit mesures dans le troisième mouvement s’est élevé comme le plus grand tribut au génie de Salzbourg. La symphonie terminée, les applaudissements se sont superposés à la joie manifeste de Perahia qui a remercié le public à plusieurs reprises.

Quoique brillant et précis dans la direction d’orchestre, c’est au piano que le pianiste/chef d’orchestre enthousiasme le plus le public avec le concert n. 2 de Beethoven (déjà enregistré avec l’Orchestre du Concertgebouw sous la direction de Bernard Haitink).

Ce concerto, daté 1795, est en réalité le premier que Beethoven a écrit. Plusieurs fois révisé, il a fini par être publié en second. Son invention musicale, sa fraicheur, la tonalité en si bémol majeur, l’orchestre réduit (pas de timbales ni de trompettes ou de clarinettes) se ressent de l’influence du dernier Concert pour piano K. 595 de Mozart. L’interprétation de (qui a exécuté la cadenza de Beethoven) déborde de verve classique. Conciliant de façon très spontanée la direction d’orchestre et l’interprétation solistique, le pianiste se délecte des diverses transformations rythmiques et il semble encourager l’orchestre à s’amuser, notamment dans le troisième mouvement du concert. Ce dernier se caractérise par un thème d’allure populaire facile à graver dans la mémoire. L’écriture pianistique relevant la virtuosité de Perahia, l’orchestre est mené par lui-même à une constante recherche du timbre raffiné ce qui lui vaut, à la fin du concert des longues minutes d’applaudissements. Perahia concède à son public le bis : le Nocturne n. 1 en fa majeur, op. 15 de Chopin dont la particularité est l’élément élégiaque, développé de manière narrative et dramatique. Quoique le tempo choisi pour ce nocturne ait pu paraître un peu trop rapide, l’important est de rendre la grandeur de l’expression de cette musique, et la violente passion avec laquelle le pianiste aborde les longs passages de sixtes relève la profondeur de son inspiration.

La symphonie n. 104 de Haydn est la dernière que le compositeur a écrite. Sa vie toujours animée de « fièvres méditatives », d’abstraction, de visions d’un pur lyrisme et des explorations infatigables de sa conscience d’artiste, connaît avec cette symphonie la popularité. La dignité de même que la discrétion, l’ironie supérieure et la sublime harmonie en sont les traits caractéristiques. Les cordes de l’Academy of St Martin exploitent bien la ligne aimable du premier thème de l’Allegro en ré majeur à laquelle suit un tutti militaire, avec les timbales, de grand effet. L’orchestre met en évidence le profond lyrisme de Haydn, surtout dans l’Andante qui semble être une claire anticipation de la mélancolie propre à la musique romantique. Le Menuet à caractère « agreste » (où le hautbois, la flute et le basson se lancent dans des successions de croches) précède l’Allegro spirituoso qui conclut la symphonie. Le thème principal est présenté sur une pédale de violoncelles et contrebasses qui rappelle une cornemuse et donne le caractère d’une danse écossaise populaire. Le travail quotidien de Haydn, son génie animé d’une longue patience marque cette symphonie libérant toutes ses ambitions planétaires. Bravo à l’orchestre qui a si bien exprimé la combativité qui anima Haydn sa vie durant.

Crédit photographique: © DR

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Paris. Salle Pleyel. 15-V-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n. 31 en ré majeur « Paris » K. 297, Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concert pour piano n. 2 en si bémol majeur op. 19, Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n. 104 en ré majeur « Londres ». Murray Perahia, piano ; Academy of St Martin-in-the-Fields, direction : Murray Perahia.

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