Svetlanov, l’intégrale, la suite !

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Modeste Moussogsky (1839-1881) : Tableaux d’une Exposition (orchestration de Maurice Ravel)  ; Chants et danses de la mort (orchestration de Dimitri Chostakovitch) ; Golitsyn Train, extraite de l’acte IV de Khovantschina et Marche triomphale extraite de Prise de Kars. Irina Arkhipova, mezzo-soprano ; Orchestre symphonique d’Etat de la fédération de Russie, direction : Evgueny Svetlanov. 1 CD Warner 5101 14511-2. Enregistré en 1974 et 1989 dans la grande salle du conservatoire Tchaikovsky de Moscou. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 80’36.

 

Warner nous offre une nouvelle fournée de sa colossale collection consacrée à Evgeny Svetlanov. Pour mémoire, cette entreprise démesurée prévoit l’édition de plus de 100 titres jusqu’en 2010 alors que le cap des vingt parutions vient juste d’être dépassé ! Cette présente livraison nous propose des classiques, des raretés et un plantureux chemin de traverse de la discographie du maestro

Grand classique du répertoire de Svetlanov, les Tableaux d’une Exposition sont proposés dans un enregistrement de 1971. Alliant la clarté et la pâte russe, cette interprétation est l’un des sommets de la discographie du grand chef. S’appuyant sur un orchestre possédant encore une véritable identité sonore russe, le maestro tisse un véritable enchantement sensoriel dans les tableaux méditatifs, alors qu’il fait rugir ses musiciens dans l’explosion de la grande porte de Kiev. On regrette juste le manque de relief de la prise de son, typique des enregistrements Melodiya. En complément, le chef tend un accompagnement tellurique et dramatique aux Chants et Danses de la mort. Toute aussi engagée que le maestro dans une interprétation noire et fantomatique, la grande Irina Arkhipova parvient à faire passer au second plan son imposant vibrato. Ce programme se termine avec deux extraits d’opéras tout aussi incendiaires, qui couronnent avec bonheur ce disque. Nous devons juste regretter un mauvais découpage des plages dans Les Tableaux d’une Exposition.

(1861-1906) : symphonie n°1 en Si mineur, Op. 4  ; symphonies n°2 en La majeur, Op. 22  ; Variations sur un thème de Tchaikovsky, Op. 35a  ; Suite n°1 en Sol mineur Op. 7  ; Suite n°2 «silhouettes», Op. 23  ; Suite du ballet «Les nuits égyptiennes», Op. 50a  ; Suite n°3 «variations» en Ut majeur, Op. 33  ; Fantaisie «Marguerite Gautier», Op. 9  ; Ouverture de l’opéra «Rêve sur la Volga», Ouverture de «Raphaël» ; Ouverture de l’opéra «Nal et Damajanti» ; Intermezzo pour cordes en sol mineur, Op. 13  ; Marche «À la mémoire de Savorov» en Ut mineur. Orchestre symphonique d’Etat de la Fédération de Russie, direction : Evgeny Svetlanov. 3 CD Warner 2564 64378-2. Enregistré en 1983-1987 et 1990 à Moscou. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 3h 36’09.

Sans équivalent au disque, ce coffret consacré à nous permet de nous faire une idée de ce compositeur au style poétique et romantique. Directeur du Chœur Impérial de Saint-Pétersbourg et professeur réputé au conservatoire de Moscou où il enseigna à Scriabine, Rachmaninov et Gretchaninov, Arenski possédait le talent de l’artisan mais pas celui du génie. Bien orchestrées, ces pièces sont jolies à entendre. Certaines, comme les deux symphonies de 1883 et 1889, s’avèrent flatteuses. Mais on reste un peu plus circonspects devant les suites pour orchestre et les miniatures proposées en complément. Le coup de cœur de ce coffret réside dans la suite du ballet «Les Nuit égyptiennes». Composée pour un ballet chorégraphié par Mikhail Fokine en 1900, cette musique, regroupée ici en une suite, est brillante et colorée. Il faut tout le charisme d’un Svetlanov pour transcender cet imposant corpus. Rompu à cet exercice et jouant dans son arbre généalogique, l’Orchestre d’Etat de Russie est au diapason de son chef.

(1824-1896) : symphonie n°8 en ut mineur. Orchestre Symphonique d’Etat de la fédération de Russie, direction : Evgueny Svetlanov. 2 CD Warner 2564-64384-2. Enregistré en concert dans la grande salle du conservatoire Tchaikovsky de Moscou le 17 mars 1981. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 63’34.

Le chemin de traverse de la série est représenté par une exécution publique de la symphonie n°8 de Bruckner. Curieusement, les grands chefs russes du siècle dernier n’ont pas fréquenté les symphonies du maître de Saint Florian et Svetlanov pratiqua les trois dernières symphonies plutôt tardivement dans sa carrière. Choisissant l’édition Nowak de 1955, le chef d’orchestre surprend au niveau des tempi. Alors que l’on s’attendait à un torrent de lave en fusion, Svetlanov choisit des tempi assez amples, qui laissent la musique s’écouler. Les deux premiers mouvements, plutôt retenus, flattent l’oreille par un très beau travail sur les dynamiques, mais il manque à cette version un abandon et un mysticisme lunaire. Le long Adagio est très bien mené avec un superbe climax. Le cas du finale est plus simple, réussissant à allier un sens de l’épopée et un certain dramatisme, Svetlanov met enfin le feu à son orchestre avec une coda véritablement cataclysmique. Comme on pouvait si attendre, l’Orchestre d’État de Russie, n’est pas la formation la plus idoine dans ce répertoire, les cordes sonnent avec une chaleur toute russe alors que les bois et les cuivres sont assez verts et criards ! Mais l’orchestre tient le coup sur la longueur et les «pains» sont quasiment aux abonnés absents. C’est une belle prestation pour une phalange qui devait découvrir cette œuvre à l’occasion de ce concert ! En dépit d’une prise de son assez précaire pour un enregistrement de 1981, ce disque est des plus intéressants pour son apport à notre connaissance de l’art du maestro.

En conclusion, cette fournée, de haut niveau artistique et pertinente dans les choix de répertoire, nous donne envie d’entendre la suite.

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