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La voix de Caruso restaurée pour un récital rêvé à Vienne

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Divers compositeurs : Caruso, le récital rêvé. Enrico Caruso (1873-1921), ténor. Orchestre symphonique de la radio de Vienne, direction : Gottfried Rabl. 3 CD Sony BMG Music Entertainment LC 00316. Enregistré en 2007. DDD. Notice en français. Durée : 2h 50’.

 

Enrico Caruso, célébré comme l’interprète le plus génial du répertoire lyrique de tous les temps, continue à vivre aujourd’hui grâce à la magie de la technologie. Bénéficiant d’une voix «restaurée», il se produit virtuellement avec l’orchestre symphonique de la Radio de Vienne, dans un récital qui fera sans doute la joie de tous les amateurs de lyrique, et ceux de bel canto, en particulier. Les trois CDS, dont deux d’airs d’opéras et un de chansons napolitaines, montrent bien la diversité de cette voix qui lui vaut d’être apprécié encore aujourd’hui comme un prodige sans pareil.

D’origine napolitaine, Caruso débute au théâtre San Carlo de Naples, le véritable temple du chant de l’époque, à l’âge de vingt et un ans, dans le genre de la chanson napolitaine, qui d’après lui, a connu un succès mondial jamais démenti. Le CD propose dix-sept mélodies, dont certaines traditionnelles comme Vieni sul mar, Santa Lucia ou Fenesta che lucive et d’autres, d’auteurs tels que Tosti  : ‘A Vucchella, D’Annunzio, ou De Curtis et Barbieri : Senza nisciuno.

Cheval de bataille de Caruso, O sole mio écrit en 1898 par Di Capua et enregistré en 1916, célébration d’une journée de soleil après un orage, où «l’air frais est déjà une fête», cette chanson mêle le folklore local de la mandoline avec les atmosphères espagnoles (mémoires de la domination hispanique sur la ville de Naples) des castagnettes. Elle est également l’expression de la beauté de la Parthénope enchantée, pour laquelle le chanteur garde la fierté et la mélancolie de l’artiste expatrié. Sa voix module finement les multiples sentiments éprouvés, la parfaite articulation et prononciation des mots, ainsi que le style jamais banal (ou pire, mièvre comme dans la plupart des interprétations), restitue aux textes leur poésie et toute la grandeur des sentiments et des images qu’évoque cette ville. L’orchestre de Vienne qui accompagne – expérience unique – la voix enregistrée du chanteur disparu, nous fait toucher de l’oreille toute la chaleur de l’inspiration musicale napolitaine.

L’immense répertoire de Caruso embrasse indifféremment chansons populaires et opéras, dont on retrouve ici trente enregistrements différents. Daté de 1902, son premier grand succès à la Scala, dans le rôle de Loris de Fedora de Umberto Giordano, n’est que le premier pas vers la célébrité mondiale qui l’amènera dans les théâtres les plus prestigieux de l’époque. Après la représentation de La Bohème de Puccini à coté de Nelly Melba, et de Rigoletto au Covent Garden, Caruso s’installe à New York. Dès sa première performance au Metropolitan Opera House, il devient la première vraie star masculine du lyrique. Sa voix mêle à la douceur du timbre du ténor, la chaleur du registre de baryton. Mémorable est son interprétation dans Pagliacci de Leoncavallo où le rôle de Canio amplifie la richesse de ses effets vocaux. Deux différentes versions de Vesti la giubba, dont l’une originale, enregistrée en 1907 (en 78 tours/mn) et l’autre réactualisée. Les auditeurs les plus attentifs remarqueront une petite différence de durée entre les deux. En fait, la pièce originale a été complétée par l’orchestre de Vienne en ajoutant quelques mesures d’accompagnement instrumental. Cela est appliqué également à d’autres airs, pour niveler certaines options du chanteur pas parfaitement conformes à la partition.

Doué d’un fort tempérament musical, Caruso a parfois pris des libertés d’interprétation extrêmes, grâce à sa voix exceptionnelle, qui s’est toujours prêtée aussi bien aux grands phrasés qu’aux vigoureuses expressions dramatiques, comme le montre bien la sélection d’airs d’opéra proposée dans ce «récital rêvé».

Il a été le premier ténor de l’histoire à enregistrer sur disque et le premier interprète d’Adriana Lecouvreur de Cilea et de la Fanciulla del West de Puccini. Dommage qu’on n’en retrouve aucune trace dans ce coffret.

Cependant, l’idée audacieuse de marier la voix la plus fameuse de ce siècle avec la sonorité brillante d’un orchestre moderne fait revivre la force suggestive des interprétations irrésistibles (jusqu’à la dernière, de 1920) de ce mythe du monde lyrique prématurément disparu.

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Divers compositeurs : Caruso, le récital rêvé. Enrico Caruso (1873-1921), ténor. Orchestre symphonique de la radio de Vienne, direction : Gottfried Rabl. 3 CD Sony BMG Music Entertainment LC 00316. Enregistré en 2007. DDD. Notice en français. Durée : 2h 50’.

 
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