Karl Böhm, brucknérien à son apogée

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (version 1878-80, édition Leopold Nowak 1953). Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Karl Böhm. 1 CD Decca « The Originals » 4758403. Code barre : 028947584032. Enregistré en novembre 1973 dans la Sofiensaal à Vienne. ADD. Notices trilingues (anglais-français-allemand) bonnes. Durée : 68’10’’

 

Cette interprétation par de la Symphonie n°4 « Romantique » d’ n’a jamais quitté le catalogue et a fait l’objet de plusieurs rééditions en CD chez Decca (notamment dans sa série « Legends » 466374), et celle-ci, dans la série « The Originals », en constitue la plus récente qui vient de paraître. Mais pourquoi donc toutes ces rééditions d’un même enregistrement analogique de 1973, alors qu’il existe un grand nombre d’enregistrements digitaux de cette œuvre par les plus grands chefs actuels ? La réponse est évidente : écoutez donc la magnifique Philharmonie de Vienne sous la baguette de l’un de ses chefs les plus inspirés, et vous comprendrez.

Tout comme Bruckner, (1894-1981) est autrichien, et peut-être est-ce là une des raisons qui donnent à sa vision ce naturel, cette élégance et cette noblesse si caractéristiques de ce chef immense et modeste : sensibilité, autorité et dévouement total à la musique caractérisent ce musicien qui a toujours tendu à s’effacer devant l’œuvre qu’il dirige.

Mais il existe une autre raison de cette profonde affinité avec l’œuvre de Bruckner : dès 1936, Böhm réalisa chez EMI–Electrola le premier enregistrement sans coupure de l’histoire du disque d’une symphonie complète du maître de Linz, précisément la Symphonie « Romantique », dans sa version de 1881 (édition Robert Haas), avec les musiciens de la Staatskapelle de Dresde. Geste d’autant plus remarquable si l’on considère qu’à cette époque, Bruckner était un simple nom, même moins connu que Mahler, et que les très rares exécutions de concert de sa musique étaient basées sur des partitions édulcorées commises par des chefs dont le moins qu’on puisse dire est que le talent se situait bien en-dessous du génie du compositeur dont ils massacraient la musique.

Dans le cas qui nous occupe, il n’y a bien entendu rien de tout cela, et pour cet enregistrement de 1973, Böhm utilise l’édition de Leopold Nowak (1953), virtuellement identique à celle de Robert Haas qui édita la partition de la version de 1878-1880 publiée en 1936 par la Société Internationale Bruckner. Le résultat est au-dessus de toute espérance. Jouée dans un tempo modéré, jamais cette admirable symphonie n’a sonné de manière aussi naturelle, aussi ample, majestueuse, aussi subtile, le chef laissant toute liberté à ses instrumentistes. Résultat d’une collaboration fructueuse dès 1933, quarante années d’admiration et de respect mutuels entre la Philharmonie de Vienne et son chef transparaissent dans cet enregistrement : écoutez ces cordes, écoutez ces bois, ces cuivres – les cors admirables ! – qui jamais ne forcent le discours ni les sonorités. Quel interprète a donc fait mieux depuis ? Aucun ! Quant à l’enregistrement, d’une dynamique extraordinaire, on se demande souvent s’il est vraiment analogique, tant aucun bruit de fond ne se manifeste à l’audition des pianissimos les plus ténus. Voici donc une version qu’il sera bien difficile non seulement de dépasser, mais tout simplement d’égaler. Présentation très originale du CD dont l’image reproduit la célèbre ancienne étiquette FFSS (Full Frequency Stereophonic Sound) du microsillon original.

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