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Tarantella : magnifique araignée !

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Abbaye-école de Sorèze. 15-VII-2007. La Tarantella : musiques de Giovanni Girolamo Kapsberger (1580-1651) ; Andrea Falconiero (1585-1656) ; Athanasius Kircher (1601-1680) ; Antonio Bertali (1605-1669) ; Arrangements d’Ambrogio Sparagna ; Matteo Salvatore ; Lucilla Galeazzi ; Marcello Vitale. Lucilla Galeazzi, chant ; Anna Dego, danse ; Ensemble l’Arpeggiata, direction : Christina Pluhar.

Festival des Lumières

Joël Suhubiette a eu une idée extraordinaire en invitant ce captivant spectacle à Sorèze. Il a semblé idéalement adapté au lieu et même au vent d’autan qui a forcé au repli, dans un lieu couvert, un concert qui devait se donner en plein air dans la cour des Rouges. Alliant musique, chant, et danse ce spectacle, qui a déjà eu beaucoup de succès, a connu un tonitruant triomphe dans l’austère abbatiale de l’abbaye-école de Sorèze. a conçu une véritable résurrection de l’exorcisme de la tarentule. Cette araignée qui inocule la folie par sa piqûre est aussi à l’origine de la danse (la tarentelle) et de la musique qui permet de la soigner depuis la nuit des temps. Soirée rituelle alliant la musique la plus exquisément subtile à la vocalité naturelle, rauque et sauvage de , et la danse violente et douloureuse d’Anna Dego. Cette symbiose du civilisé et du sauvage convient parfaitement à l’» abbaye-école de Sorèze », lieu de culture battu ce soir, comme souvent, par un violent vent d’autan.

La perfection des instrumentistes complices réunis par dans son Arpeggiata est tout simplement ahurissante. Il n’est pas si fréquent d’entendre un violon baroque aussi sensuel, des guitares aussi vives, des percussions si virtuoses et drôles à la fois, des luths aussi féroces sur leur basse continue immuable mais souple, un psaltérion si subtil et vif, une contrebasse aussi joueuse et un clavecin si doux. Une telle subtilité laisse béat. Et quelle belle capacité d’improvisation chez tous ces instrumentistes ! Mais que cette délicatesse-là se mette au service de la voix si naturelle et rauque de et accompagne la sauvagerie de la danse d’Anna Dego, c’est un bonheur des plus rares. Quelle entente, quelle écoute entre tous ces artistes !

Bien plus que d’un simple concert ou même d’un spectacle total, il s’agissait d’une séance intemporelle de réconciliation entre l’esprit et le corps, semblant venir du temps immémorial des Dionysos et Bacchus. Une sorte de rituel d’union du féminin et du masculin. Si la parité exacte des sexes est respectée par ces dix artistes, ce sont pourtant les femmes qui prennent les choses en main. La musique est l’affaire de Christina qui, intransigeante sur le rythme, construit l’espace sonore. La poétique des mots, diffusée par Lucilla, s’impose d’évidence et nous imprègne, tandis que le corps torturé qui cherche à se libérer par les mouvements de danse d’Anna nous fascine pour longtemps. Rien de tel n’a jamais été montré à ce niveau d’excellence. Car la démarche musicologique – c’est presque un détail – est exemplaire, également didactique et précise.

Tapant des pieds, comme en transe, le public a exigé deux bis, la salle participant même à la danse et au chant, en fin de soirée. Les morceaux de feuilles vertes apportés par le vent, passant à travers le toit, ont ajouté un aspect de magie festive à cette soirée hors du commun. L’auguste abbaye-école ne s’en est pas encore remise !

Crédit photographique Anna Dego © DR

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Abbaye-école de Sorèze. 15-VII-2007. La Tarantella : musiques de Giovanni Girolamo Kapsberger (1580-1651) ; Andrea Falconiero (1585-1656) ; Athanasius Kircher (1601-1680) ; Antonio Bertali (1605-1669) ; Arrangements d’Ambrogio Sparagna ; Matteo Salvatore ; Lucilla Galeazzi ; Marcello Vitale. Lucilla Galeazzi, chant ; Anna Dego, danse ; Ensemble l’Arpeggiata, direction : Christina Pluhar.

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