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Journées de Lagraulet 2007 : les secrets d’atelier des Maîtres

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Lagraulet. Eglise. 20 et 21-VII-2007. Alain Planès, piano ; Leontina Vaduva, soprano, Eloise Urbain, accompagnatrice. Tom Grimaud, Paul Beynet, élèves en classe de piano ; Raquel Calais, Jeanne Wenzel, Rany Bœchat, Johanna Brault, Paul Cremazy, Julien Veronèse, élèves en classe de chant.

 Master Class de piano et de chant

Lagraulet n’est décidément pas un festival ordinaire. Si certains d’entre eux semblent avoir perdu leur âme avec le temps, ici, l’esprit qui préside est celui du respect de l’autre, du plaisir du partage et du don, du désir de faire de son mieux. On le retrouve partout, lors des concerts, lors des repas sous les platanes (succulentissimes, qui mériteraient les éloges de critiques gastronomiques !), lors des Master Classes. Pour les concerts les invités sont prestigieux et leur demander des Master Classes tombe sous le sens. De même qu’il réside dans ces journées un humanisme rare, les Classes de Maître sont de fait des leçons de musique. Il n’y aura pas de pianiste dédaigneux et condescendant ou de diva sadique en mal de bénéfices narcissiques. Si, si cela c’est vu…ailleurs…

A Lagraulet , le lendemain de son extraordinaire concert et avant de rentrer à Paris où d’autres élèves l’attendent, a reçu deux très jeunes pianistes. Certes il ne s’agit que d’une rencontre avec le maître, mais probablement une de ces rencontres qui marquent et transforment. Un maître de musique qui d’abord écoute puis de mémoire revient sur les passages à travailler, propose, raconte, se met au piano, explique son point de vue, toujours avec respect, courtoisie et humour. Tom a choisi de jouer Ondine de Ravel, excellent choix. Il a ainsi reçu de précieux conseils en droite ligne du compositeur. Ravel a beaucoup expliqué ses souhaits à , qui lui-même a été le professeur d’. Il est peu de dire que le jeune homme buvait les paroles et en a intégré l’esprit dans son jeu avec une rapidité confondante. Bien sûr il a aussi été question, et même beaucoup, de technique, mais toujours dans la recherche de l’esprit du compositeur et au service de l’expression musicale. Paul s’est lancé à corps perdu dans une périlleuse Etude de Chopin. Après une écoute attentive Alain Planès lui beaucoup parlé de nuances, de phrasé, de doigté, d’énergie à réserver. Donc de musique dans une pièce avant tout virtuose. Toujours la petite anecdote qui fait mouche, le détail qui fait sens, avec cette courtoisie délicieuse, d’où naissent des sourires complices. Cette rencontre a dû lui sembler trop courte, comme au public d’ailleurs.

Leontina Vaduva revient cette année à la demande générale. Jane Berbié, Gabriel Baquier et Robert Massart, toutes personnes de cœur, l’avaient précédé. La diva adorée à Toulouse, qui chante sur les plus grandes scènes, est telle qu’on la connaît sur scène. Gracieuse, souriante, généreuse, sensible. Très attentive au bien être des ses élèves, ses conseils visent à trouver la liberté du son, dans un corps à l’aise et un esprit serein, seuls gages de beauté. Là aussi il sera beaucoup question de technique (que c’est compliqué le chant !) Attentive à chacun, elle entraîne ses élèves à se dépasser, n’hésitant pas à chanter à pleine voix, mais pas pour impressionner et intimider, pas du tout en rivale, plutôt en grande sœur passée par ces épreuves, témoignage vivant qu’on peut y arriver. L’effet sur les élèves, loin de les inhiber, les stimule. Il s’agit d’un compagnonnage, d’un véritable travail d’atelier, sans rivalité, chaque membre du groupe soutenant l’autre. Leontina Vaduva sait créer autours d’elle une dynamique positive peu commune. Elle n’hésite pas à aller au plus près de ses élèves, ne reculant devant aucune acrobatie pour être au niveau de ses élèves les plus grands. L’effet sur la manière de chanter des élèves est rapidement perceptible, et souvent le public n’a pu retenir ses applaudissements. La difficile place de pianiste accompagnatrice a été tenue avec gentillesse, humour et une grande musicalité par .

Tous les chanteurs sont d’excellent niveau avec des voix déjà travaillées, tous ont été ou sont élèves de conservatoire. Au nombre de six, autre signe de générosité, ils sont tous invités et chouchoutés au quotidien par Nicolas Méliet et sa sympathique équipe. A ce propos il faut rendre hommage à Pierre Storti, responsable artistique de ces journées, qui avec une oreille sûre et un goût admirable, assure une extraordinaire qualité musicale partout, jusque dans le choix des élèves. Inutile de dire que les demandes ont été très nombreuses pour participer aux Classes de Maître et que la sélection a dû être très sévère. Mais le gage d’un travail de qualité passe par l’artisanat, le sur mesure, le petit nombre.

C’est probablement le message à retenir : sans humilité, beaucoup de travail, de l’entraide et un esprit artisanal, la naissance d’un artiste n’est pas possible.

 

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Lagraulet. Eglise. 20 et 21-VII-2007. Alain Planès, piano ; Leontina Vaduva, soprano, Eloise Urbain, accompagnatrice. Tom Grimaud, Paul Beynet, élèves en classe de piano ; Raquel Calais, Jeanne Wenzel, Rany Bœchat, Johanna Brault, Paul Cremazy, Julien Veronèse, élèves en classe de chant.

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