« Tirannique empire »… ou l’inconstance de l’amour

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Jean-Baptiste Stuck (1680-1755) : Cantates : L’Impatience ; Mars Jaloux ; Héraclite et Démocrite. Michele Mascitti (1664 ?-1760)  : Sonate XI à Deux violons & basse. François Duval (1672-1728) : Sonate Héraclite et Démocrite. Les Lunaisiens : Jean-François Novelli, taille ; Arnaud Marzorati, basse taille. Stéphanie Paulet et Bérengère Maillard, violons ; Benoît Toïgo et Marine Sablonnière, flûtes ; Isabelle Saint Yves, violoncelle ; Bertrand Cuiller, clavecin. 1 CD Alpha Réf. Alpha 111. Code barre : 3 760014 191114. Enregistrement à Paris, Eglise Notre-Dame du Liban en juin 2006. Notice bilingue (français, anglais). Durée : 66’23.

 

Que la fête commence ! fut musicien au service du Régent, ce prince mélomane, ami des Arts et de la vie. Il ne pouvait espérer meilleur mécène à une époque où les princes donnèrent le ton. Né en Toscane de parents autrichiens, Stuck arriva en France en 1705 et dès 1707 entra au service de Philippe d’Orléans.

Les Lunaisiens nous offrent ici la possibilité de le redécouvrir, après un long oubli, dans un enregistrement qui nous donne un aperçu de son évolution musicale. Il nous apparaît ainsi comme l’un des représentants de ce que Couperin appelait les « goûts réunis ». Fusionnant les styles français et italien, son œuvre tient une part importante dans l’élaboration de la cantate française.

Si l’Impatience remet en cause la démarche de Lully et où l’on ressent très nettement les influences ultramontaines c’est dans Héraclite et Démocrite que l’équilibre subtile des styles participe à la création d’une nouvelle esthétique, d’un nouveau goût. Les cantates de Stuck rencontrèrent à son époque un immense succès. Reflet d’une société qui cherche à fuir les contraintes d’un rituel de cour et à s’amuser pour mieux oublier la précarité de la vie, cette musique oscille entre rire et pessimisme, nous offrant l’image d’un art de vivre à la française.

Amoureux du baroque voilà un disque qui vous apportera encore bien du bonheur et cela grâce à l’insatiable curiosité et aux talents réunis de jeunes artistes. La jalousie est le thème émergeant de ces sonates qui nous « parlent » de l’inconstance de l’amour. et nous offrent ici un plaisir total à travers une interprétation d’une apparente spontanéité. Dans le rôle de Tirsis puis d’Héraclite, le ténor endosse le rôle de l’homme sensible aux failles et aux faiblesses de l’amour. Son timbre est riche, son chant élégant, sa diction parfaite. Tandis que le baryton, , dans le chant de Mars de Démocrite, se révèle un combattant d’une grande vaillance, se riant des sentiments. Un très beau timbre, un grave somptueux : on est séduit. Se retrouvant dans les merveilleux duos d’Héraclite et de Démocrite, les deux chanteurs nous offrent un moment de pure splendeur vocale et d’une « présence » surprenante de réalisme. Ils sont accompagnés par un merveilleux continuo, assuré par des musiciens piquants d’à propos, apportant par le charme des instruments anciens un dialogue plein de verve et un soutien sans faille à la douce saveur du phrasé français baroque.

Faisons comme Jean-Jacques Rousseau qui « allai[t] chantant tout le long du chemin », se souvenant « qu’[il] chantai[t]une cantate de Batistin (J. B. Stuck) »

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