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Zoroastre par Christophe Rousset et les Talens Lyriques

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zoroastre. Mise en scène : Pierre Audi. Avec : Anders J. Dahlin, Zoroastre ; Evgueniy Alexiev, Abramane ; Sine Bundgaard, Amélite ; Anna Maria Panzarella, Erinice ; Lars Arvidson, Zopire/La Vengeance ; Markus Schwartz, Narbanor ; Gérard Théruel, Oromasès/Ariman ; Ditte Andersen : Céphie. Les Talens Lyriques en collaboration avec les Chœur et orchestre du Drottningholm Court Theatre, direction : Christophe Rousset. Réalisation télévisée : Olivier Simonnet. 2 DVD Opus Arte, référence : OA0973D. Filmé au Drottningholms Slottsteater, 19, 21 et 23 juillet 2006. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. Toutes zones. Durée : 227’. Code barre : 8 09478 00973 3

 

Tragédie lyrique exhumée par William Christie, l’édition DVD de la production de Drottningholm et des Talens Lyriques est l’occasion de redécouvrir Zoroastre, qui pour ne pas être le plus célèbre n’est pas le moindre des opéras de Rameau, annonçant les Boréades. Comme dans les Boréades, l’action se passe au royaume de Bactriane. L’argument en est la lutte qui oppose à Zoroastre, l’instituteur des mages, Abramane, le prêtre des idoles. Ils aiment tous deux la princesse Amélite, elle-même secrètement amoureuse de Zoroastre. Jaloux, Abramane s’associe à Erinice, amoureuse ignorée du héros, pour vaincre ceux qui les délaissent. Pourvu d’un talisman, tel Tamino armé de sa flûte, Zoroastre sort victorieux des épreuves qui lui sont imposées et conquiert le trône qu’il partagera avec Amélite. L’esprit des Lumières souffle sur le livret de Louis de Cahusac, et son Zoroastre n’a pas attendu le Sarastro mozartien pour évoquer la lutte entre la lumière et les ténèbres ainsi que les épreuves initiatiques inspirées du monde maçonnique. A l’originalité du sujet – il n’est tiré ni de la mythologie ni d’une épopée médiévale – s’associe celle de l’écriture : absence de prologue, quasi-abandon de l’aria da capo en voie d’essoufflement et opposition des vents violents aux douces interventions des clarinettes qui sont autant de moments hors du temps où la vivacité de l’action semble suspendue.

L’association des phalanges est remarquable et les chœurs sont bien préparés. Ce que d’aucuns appelleraient sécheresse du son est en réalité dépouillement et simplicité du mouvement, sans fioritures, et fidélité à l’esthétique française. Dans le rôle-titre, fait preuve d’une voix claire et homogène, d’une prononciation aisée et d’un legato à même de négocier sans heurt les changements de registre – n’oublions pas que le créateur du rôle, Pierre Jelyotte, fut également celui du rôle-titre de Platée ! Le haute-contre est aussi élégant vocalement que plein de prestance. Il sait gérer sa voix pour arriver sans peine au bout d’une représentation émaillée d’airs de bravoure. Sine Bundgaard n’est pas toujours une diseuse idiomatique mais la chanteuse est habile (ariette « Non ce n’est pas toujours ») et vocalise avec grâce (ariette « Sur nos cœurs »). La diction d’ est à peu de chose près excellente et sa maîtrise de l’art dramatique en fait un Abramane machiavélique pour qui la fin justifie les moyens. ne déçoit pas – on connaît la voix riche et bien menée de cette habituée du répertoire. Elle incarne une méchante dont la palette expressive semble sans limite ! Elle est tour à tour le désespoir du dépit amoureux incarné, puis la haine farouche pour finalement se montrer touchante au prélude de l’acte V. Rameau lui réserve certaines de ses plus belles mélodies, fidèle à sa doctrine selon laquelle « la vraie musique est le langage du cœur ». est une valeur sûre, elle incarne une confidente bien en place, discrète mais efficace lors de ses interventions avec notamment un fort bel aigu. La troupe est dans son ensemble rompue à la déclamation et les seconds rôles sont bien tenus avec une mention particulière pour Lars Arvidson.

Cette production trouvait son écrin idéal dans le théâtre du château de Drottningholm, dont l’antique machinerie, toujours en état de marche, permet une scénographie à l’ancienne avec apparition de nuages, de bosquets, de colonnes en quelques secondes. De plus, la réalisation télévisée d’Olivier Simonnet est des plus réussies. Il multiplie les plans : vues surplombantes, gros plans, plans d’ensemble qui permettent d’apprécier la scénographie avec également d’intéressantes caméras du fond de scène. Lorsque Abramane descend ex machina au sens propre du terme pour apparaître dans un nuage noir, la caméra le montre d’abord sur la machine, au milieu des cintres, puis de face, de la façon dont le spectateur doit le voir, donc plus réaliste. Un montage qui exhibe ainsi les moyens matériels de la dramaturgie baroque, puis donne à voir l’effet qui était alors recherché. Et l’on ne peut que se rendre à l’évidence, c’était la façon la plus intelligente de mettre en scène l’opéra baroque, sans sacrifier l’effet de reconstitution ni actualiser et finalement appauvrir. La mise en scène de est riche et réussie, impressionnante parfois, avec un léger bémol pour le goût douteux avec lequel est introduite (IV, 6) l’allégorie de la Vengeance, représentée en mort-vivant, ce qui ne manque toutefois pas de faire son petit effet ! Parmi les plus beaux moments de théâtre, on admire l’habile mise en scène du duo (I, 2) entre Abramane et Erinice qui illustre parfaitement l’étrange relation d’attraction et de répulsion qui naît entre deux êtres qui ne s’aiment pas mais s’unissent dans leur but commun de vengeance. La production artistique contemporaine n’est pas en reste, avec le travail du chorégraphe sur les nombreux passages dansés, efficace dans l’ensemble, même si certains mouvements pour meubler rondeaux et gavottes conservent une signification parfois hermétique. Le produit fini est très réussi : la production répartie sur deux disques permet une image de haute qualité. Qu’ajouter de plus sinon que la poésie des costumes et la finesse des lumières viennent ajouter encore au charme de cette parution majeure ?

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zoroastre. Mise en scène : Pierre Audi. Avec : Anders J. Dahlin, Zoroastre ; Evgueniy Alexiev, Abramane ; Sine Bundgaard, Amélite ; Anna Maria Panzarella, Erinice ; Lars Arvidson, Zopire/La Vengeance ; Markus Schwartz, Narbanor ; Gérard Théruel, Oromasès/Ariman ; Ditte Andersen : Céphie. Les Talens Lyriques en collaboration avec les Chœur et orchestre du Drottningholm Court Theatre, direction : Christophe Rousset. Réalisation télévisée : Olivier Simonnet. 2 DVD Opus Arte, référence : OA0973D. Filmé au Drottningholms Slottsteater, 19, 21 et 23 juillet 2006. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. Toutes zones. Durée : 227’. Code barre : 8 09478 00973 3

 
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