Le retour attendu de Seiji Ozawa à l’Orchestre National de France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 04-X-2007. Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane pour une Infante défunte ; Henri Dutilleux (né en 1916) : Mystère de l’instant ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique op. 14 ; Orchestre National de France, direction : Seiji Ozawa.

C’est un en pleine forme, souple et félin comme à ses plus beaux jours, que le public parisien a retrouvé après quelques années d’absence, à la tête de l’Orchestre National pour un concert entièrement consacré à la musique française. Et à le voir ainsi bondir sur son podium et courir entre les pupitres pour venir saluer un public enthousiaste et un orchestre aux anges, on se dit que les récents ennuis de santé du chef japonais âgé aujourd’hui de 72 ans sont manifestement oubliés. Ainsi donc Ravel, Dutilleux et Berlioz étaient successivement conviés à la fête, avec comme plat principal du menu du soir la Symphonie Fantastique, cheval de bataille de Charles Munch, chef cher au cœur de , auquel il a d’ailleurs succédé à quelques onze années d’intervalle au poste de directeur du Boston Symphony Orchestra entre 1973 et 2002.

S’il y avait un mot à retenir pour qualifier l’ensemble de ce concert, ce serait assurément « harmonie » tellement les trois pièces ainsi dirigées baignaient dans une ambiance lumineuse, douce, heureuse, bref harmonieuse. Idéal pour la Pavane pour une Infante défunte qui ouvrait le concert, jouée toute en nuances (très beaux pianissimi du quatuor), ce style nous a donné une Fantastique étonnante, peu courante, presque étrange à force d’être harmonieuse. Dans une récente interview au Figaro, Ozawa disait « Munch était inimitable dans la Fantastique. Il était unique, c’était un géant. Il ne dirigeait jamais deux fois de la même façon, ce qui n’est pas mon cas : j’essaie au moins de faire au concert la même chose qu’à la répétition ! ». Double vérité car la Fantastique de l’aîné (et même « les Fantastiques devrait-on dire) est radicalement différente de celle du cadet, opposée même, la première toute en punch, en énergie, en inspirations fulgurantes si ce n’est en dérapages contrôlés, voire en rudesse, orientée vers l’avancée narrative et sa fameuse idée fixe, la seconde impeccablement mise en place, toute en souplesse, en nuances, musique pure et de pure beauté, remarquable exploit du chef et de son orchestre dans une œuvre qu’on n’imaginait pas s’y prêter à ce point. Certes, la fameuse « idée fixe » est du coup quelque peu passée au second plan, l’attention de l’auditeur étant captée par une mise en place sonore phénoménale où tous furent excellents. En particulier la balance sonore obtenue sur les cordes était par moment magique : rarement on a pu distinguer aussi bien le chant de chaque groupe d’instruments, spécialement alti et violoncelles, et même les contrebasses n’étaient pas ce soir aux abonnées absentes. Le hautbois et le cor anglais ont su magnifiquement ouvrir une Scène aux champs où l’influence beethovénienne issue de La Pastorale s’est fait clairement entendre, tout comme des passages tellement harmonieux qu’on aurait cru du Mozart. Etonnant ! Essayez de chercher Beethoven et Mozart chez Munch, vous n’y trouverez que du Berlioz pur jus, comme chez tous les autres d’ailleurs. Finalement cette vision originale, harmonieusement hédoniste, ravissante voire fascinante, un peu éloignée du programme prévu par , songe sous opium d’un jeune musicien au paroxysme du désespoir amoureux, nous a parfois plongé dans un soupçon de perplexité. Mais c’était fait avec tellement de conviction, de classe, d’élégance, de charme et porté par une performance orchestrale remarquable (on a clairement senti que les musiciens s’étaient donnés à fond pour leur chef), qu’on s’est dit, pendant les applaudissements enthousiastes d’une salle comble, au diable l’orthodoxie berliozienne et bravo Ozawa.

Juste avant l’entracte nous avons entendu une excellente interprétation de Mystère de l’instant de Dutilleux, succession en quelques quinze minutes de dix « instants musicaux » sensé raconter, ou illustrer le temps musical. De prime abord cela peut paraître un peu abstrait, mais la direction inspirée et toujours aussi harmonieuse d’Ozawa a rendu cette œuvre limpide. , comme de coutume présent dans la salle, a été chaleureusement applaudi par le chef, l’orchestre et le public.

Crédit photographique : ©DR

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